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Jean-Claude Péclet: Ernst Beyeler et les chats

Mis en ligne le 03.02.2017 à 05:53
JEAN-CLAUDE PÉCLET  «L’esprit du magazine: une forme d’ambition. L’amour du beau. Une empathie pour celles et ceux qui font avancer les choses. L’envie de sortir des sentiers battus…»

JEAN-CLAUDE PÉCLET «L’esprit du magazine: une forme d’ambition. L’amour du beau. Une empathie pour celles et ceux qui font avancer les choses. L’envie de sortir des sentiers battus…»

© Martine Dutruit



Jean-Claude Péclet

Il a fait «L’Hebdo». Jean-Claude Péclet est l’un des pionniers du magazine, dont il fut rédacteur en chef de 1991 à 1996.

Fils de cheminot, Ernst Beyeler voulait devenir économiste. La Seconde Guerre mondiale l’ayant empêché de réaliser ce projet, il s’engagea comme apprenti chez le bouquiniste-antiquaire bâlois Oskar Schloss et reprit l’affaire en 1945. Passionné de peinture et de sculpture contemporaines, celui que le New York Times a qualifié de «plus grand marchand européen d’art moderne» réunit en quarante ans une collection inestimable qu’il souhaitait, au soir de sa vie, léguer à ses concitoyens par le biais d’une fondation.

Les plans du bâtiment, dessinés par Renzo Piano, étaient prêts. Mais il y avait un hic: non loin du parc où il devait s’ériger existait un… musée du chat dont les responsables goûtaient peu ce nouveau voisin; quelques habitants de Riehen craignant le trafic supplémentaire récoltaient des signatures pour un référendum.

Loin de s’offusquer de la petitesse humaine et des tracas procéduriers, le gentleman qu’était Ernst Beyeler répondit avec le sourire qu’il était heureux que la population locale puisse se prononcer sur ce projet et fit savoir qu’il se pliait d’avance à son avis souverain.

Quel rapport entre cette anecdote et L’Hebdo? Celui-ci: s’il en reste une trace, c’est parce que Ernst Beyeler lui-même l’a racontée à un groupe de lecteurs du magazine qu’il avait reçus dans sa galerie en 1993, quatre ans avant l’ouverture du musée qui porte son nom et qui a acquis la réputation internationale que l’on sait. Alors âgé de 72 ans, il avait pris tout le temps nécessaire pour répondre aux questions, parler de sa vie et de ses coups de cœur.

Lors de leur périple de deux jours à Bâle, les lecteurs de L’Hebdo avaient également arpenté la ville, appréhendé la subtilité de son tissu historique sous la houlette de Carl Fingerhuth, un des grands urbanistes suisses. Et ils avaient passé un long moment avec Jacques Herzog et Pierre de Meuron. Oui, les deux architectes dont l’inauguration de la Phil­harmonie de Hambourg, il y a quelques semaines, a eu un retentissement mondial.

Ces rencontres privilégiées avaient été possibles parce qu’une de ses journalistes, Francesca Argiroffo, qui vivait à Bâle à ce moment, les avait organisées de A à Z, avec patience et conviction, à côté des articles qu’elle préparait.

J’y vois l’esprit du magazine. Une forme d’ambition. L’amour du beau. Une empathie pour celles et ceux qui font avancer les choses. L’envie de sortir des sentiers battus. Le goût de l’histoire – vécue non comme un carcan paralysant, mais comme un fourmillement de destins et d’enjeux.

Dans la jungle des médias, un magazine est un animal particulier, il ne peut se nourrir de ce que chaque jour lui apporte; il doit trouver son territoire, s’y faire des alliés. Son écosystème est fragile. Jacques Pilet, homme d’intuitions, avait créé un tel écosystème, une communauté de valeurs, de lecteurs. On le voit aux réactions de ces derniers jours: une génération se reconnaît dans cet appétit de vie. Il lui appartient de l’entretenir.

Ce n’est pas la disparition de L’Hebdo qui me rend triste – le paysage des médias est suffisamment dévasté pour que l’on ne s’attarde pas sur tel cadavre en particulier – mais la naïveté de ceux qui n’y voient que l’ordre naturel des choses. «Combien d’éditeurs, obnubilés par le ciblage des produits et les synergies stratégiques, s’intéressent-ils encore à ce qui se publie dans leurs titres?» écrivais-je en 1991. A l’époque, il restait un grand éditeur romand, en voie de monopoliser le marché. Aujourd’hui, il faut aller chercher la réponse à Zurich, ou à l’étranger.

Où l’on vous répondra que pour gagner de l’argent, il faut parler de chats. 


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