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L’enjeu suprarégional du Musée d’art et d’histoire de Genève

Mis en ligne le 28.01.2016 à 05:45
PROJET Le Musée d’art et d’histoire de Genève comme il devrait se présenter à l’horizon 2021-2022, si la votation municipale du 28 février donne le feu vert à sa rénovation et à son agrandissement.

PROJET Le Musée d’art et d’histoire de Genève comme il devrait se présenter à l’horizon 2021-2022, si la votation municipale du 28 février donne le feu vert à sa rénovation et à son agrandissement.

© Atelier de Jean Nouvel / Ville de Genève / Imagina



Luc Debraine

Décodage. Au-delà du vote qui décidera du sort du musée genevois se dessine l’offre culturelle commune de l’arc lémanique.

«Vous voyez, elle donnera sur Genève!» sourit Pascal Broulis en montrant des images de la future buvette du Parlement vaudois, aujourd’hui en reconstruction. Ce qui pourrait n’être qu’une boutade vaudoise prend un tout autre sens à la lumière de l’actualité culturelle dans l’arc lémanique. Si le ministre des Finances remarque que les grandes baies vitrées du Parlement seront orientées sur Genève, c’est parce qu’il pense à la fois au Pôle muséal de Lausanne et, au bout du lac, au Musée d’art et d’histoire. Lequel sera agrandi et rénové si le vote municipal du 28 février penche en faveur de ce grand projet.

Pour Pascal Broulis, la levée des oppositions au Pôle muséal de la gare de Lausanne, ainsi que le début, ces jours, des travaux de ce quartier des arts, pourraient donner une impulsion positive au résultat du vote genevois. Comment imaginer que l’un se crée alors que l’autre se meurt à petit feu si le non l’emporte dans un mois? C’est une question d’orgueil municipal et cantonal posée sur une réalité récente: Lausanne s’impose toujours davantage comme capitale romande des arts et du divertissement.

Elle le sera encore plus si Genève devait connaître le sort funeste d’avoir le dernier grand musée d’Europe avec une façade noircie, des cheminées et corniches qui menacent de tomber sur les visiteurs, des incontinences d’eau dévastatrices, des salles qui ferment par grand froid ou grande chaleur, le tout sans ascenseur. Alors même que Bâle, Coire ou Zurich s’apprêtent à ouvrir des extensions ou agrandissements de leurs propres musées d’art. Or, dans le même temps, si le scrutin du 28 février est négatif, le musée encyclopédique de Genève devra fermer ses portes pour cause de péril pour ses visiteurs et ses collections.

Déclencheur de prospérité

Cela est bien sûr une vision négative, partielle et partiale (Lausanne contre Genève!) de la tournure des événements culturels dans la métropole lémanique, qui s’étend d’Hermance à Villeneuve. Mais c’est bien à celle-ci que pensent des édiles comme Pascal Broulis, Sami Kanaan, responsable de la Culture à la Ville de Genève, et François Lonchamp, président du Conseil d’Etat du canton de Genève.

«Tout ce que fera l’un profitera à l’autre, note François Lonchamp en parlant de Vaud et de Genève. Le Musée d’art et d’histoire donnera le change, dans un sens positif, au Pôle muséal. Ensemble, nous avons la taille d’une grande agglomération européenne où la culture est de plus en plus perçue comme un important déclencheur de prospérité. Avoir une double offre muséale de cette ampleur sera un atout notable pour l’offre touristique. Elle sera un signe supplémentaire du dynamisme d’une région, l’arc lémanique, qui ne cesse d’accroître ses coopérations académiques, scientifiques, économiques, culturelles ou internationales. Dès lors, dans cette région qui a confiance en elle et en son avenir, allez imaginer le gros point noir d’un musée en ruine! Ce serait catastrophique.»

«Soixante kilomètres entre deux musées de cette ampleur, c’est ridicule à l’échelle européenne, ajoute Sami Kanaan. Il faut cesser de penser en termes de concurrence, surtout à l’heure où la croissance du nombre de pendulaires dans l’axe Vaud-Genève est la plus forte de Suisse. Mieux vaut réfléchir en termes de possibles communautés tarifaires, d’expositions communes, de prêts réciproques d’œuvres d’art. Tout en respectant bien sûr ses spécificités propres. Même si, là encore, les uns doivent être à l’écoute des autres. Nous voulons par exemple mettre en valeur notre patrimoine photographique. Mais cela ne se fera pas sans concertation avec le Musée de l’Elysée, à Lausanne, le plus important du genre en Suisse romande.»

Pascal Broulis donne un exemple de circulation culturelle déjà en acte: les navettes de bus entre Genève et le théâtre de Vidy. Gratuits, car financés par une fondation genevoise privée, ces bus ont commencé leurs allers et retours en 2014 à l’occasion du Festival de la Bâtie, à Genève. Puis ils ont été proposés l’an dernier aux Genevois pour les spectacles de Vidy, avant de circuler en sens inverse vers les propositions des théâtres genevois. Avec un succès croissant. Le bus gratuit Lausanne-Genève prévu pour le prochain spectacle de Krzysztof Warlikowski au BFM-Genève s’est rempli si rapidement qu’un second véhicule est d’ores et déjà prévu pour les spectateurs vaudois.

«Tout est parti du constat que les Genevois faisaient péniblement le trajet de Vidy le soir avec une autoroute saturée ou des retours difficiles en bus et en train après les spectacles, remarque Vincent Baudriller, directeur du Théâtre de Vidy. Notre ambition, c’est aussi de faciliter la vie de nos spectateurs, d’où qu’ils viennent au sein d’un territoire à l’offre culturelle riche. Après tout, la durée d’un trajet Lausanne-Genève est comparable à un déplacement dans une grande métropole entre deux lieux culturels importants.

L’essentiel est que l’état d’esprit de la région face à la culture est en passe de changer. Il se porte toujours plus vers la découverte, la curiosité pour l’inconnu, la confiance envers des institutions culturelles comme la nôtre, capables de proposer des expériences inédites et novatrices. Je suis frappé par ce changement à l’échelle de la métropole lémanique. Quelque chose de magnifique et d’encourageant est en train de se nouer devant nous, en ce moment.» Et Vincent Baudriller de penser, déjà, à des navettes vers Thonon ou Annemasse pour conforter ce nouvel esprit culturel lémanique.

Mise en valeur du passé

Cette dynamique serait d’autant plus attrayante, à l’évidence, avec un Musée d’art et d’histoire enfin capable de mettre en valeur ses extraordinaires richesses artistiques. Sait-on vraiment, du côté de Lausanne ou de Vevey, que l’institution occupe le premier rang suisse dans l’Antiquité de la Méditerranée? Au point que le nouveau MuCEM de Marseille, dédié à la même mer, organise fréquemment ses expositions en puisant dans les collections genevoises? Et que, pour rester dans le même registre archéologique, la collection Gandur d’œuvres gréco-romaines est la principale dans le monde à être en mains privées?

Si celle-ci rejoint le Musée d’art et d’histoire, grâce à l’accord passé avec le mécène Jean Claude Gandur, le musée encyclopédique n’en sera que plus attractif. Si les urnes en décident autrement, elle s’en ira ailleurs. Par exemple à l’Institut du monde arabe, à Paris. Son président, Jack Lang, se livre, paraît-il, à une superbe danse du ventre devant Jean Claude Gandur pour l’attirer vers la Ville lumière… 


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