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La presse, exception culturelle?

Mis en ligne le 03.02.2017 à 05:47

© Hebdo



Isabelle Falconnier

Analyse. «L’Hebdo» cesse de paraître faute de rentabilité financière à court terme. N’est-ce pas une raison absurde pour une activité à forte valeur socioculturelle ajoutée?

La presse, le journalisme, un journal, un magazine sont-ils de la culture? Oui. Le soutien de l’Etat, des villes, des cantons, de la Confédération est-il pertinent? Oui. Voici pourquoi.

La culture est l’expression d’une région. La culture raconte un monde, les hommes et les femmes qui le font vivre, le commente, l’analyse, le critique, en débat, fait entendre des voix diversifiées, voire divergentes, le construit. Un journal, un magazine, la presse fait cela.

A l’époque des Lumières, et jusqu’au XIXe siècle, le journal et le livre ne sont pas, comme aujourd’hui, des objets fondamentalement différents. Entre les deux médias, les rapports sont alors fluides et constants. Livres et périodiques sont produits avec les mêmes procédés et les dimensions de l’objet-journal sont les mêmes que celles de l’objet-livre.

Depuis quelques années, la mémoire nous revient et les frontières s’estompent de nouveau. L’on voit apparaître des «bookazines», mi-livres, mi-magazines, des «mooks», mi-magazines, mi-livres, consacrés à la culture autant qu’à la politique, à l’économie, au reportage, à la société.

Des laboratoires

Les quotidiens éditent des suppléments du week-end qui ont tout du magazine, voire encartent des magazines dans leur édition du week-end. L’arrivée du numérique a encore accéléré ce brouillage des frontières entre les différents types de presse et leur rythme de lecture. En Suisse romande, le bien nommé Salon du livre et de la presse de Pierre-Marcel Favre a réuni il y a plus de trente ans les acteurs des deux domaines sous l’évident prétexte qu’éditeurs de presse et éditeurs de livres parlent aux mêmes lecteurs.

Si dans notre pays l’on juge bon que le paysage culturel comporte des orchestres, des troupes de théâtre, de danse, des musées, des archéologues, des historiens, des peintres, la presse en fait partie. D’autant plus que, aujourd’hui, qui dit culture dit médiation culturelle, un domaine dont l’importance est reconnue à tous les niveaux de fonctionnement et de soutien à la culture. Et qu’est-ce qu’un magazine sinon un formidable outil de médiation des acteurs de la culture d’une région?

Ainsi qu’un formidable employeur de créateurs? Ecrivains, photographes, artistes, dessinateurs: des générations d’artistes ont pu trouver, grâce à L’Hebdo et à sa volonté de se faire l’écho d’un milieu artistique, un lien avec leur public, un début ou une suite de reconnaissance, un tremplin. La presse, façonnant un paysage culturel, en fait naturellement partie.

Viviers de nouveaux métiers, les médias doivent pouvoir fonctionner comme des laboratoires de la médiation de l’information, de l’image et du récit, quel que soit le support. Qui inaugure son nouveau centre d’impression cette semaine? L’ECAL, l’Ecole cantonale d’art de Lausanne, établissement étatique s’il en est. Tout un symbole, et la preuve que le support papier appartient autant au futur qu’au monde de la création.

On a depuis longtemps reconnu à la culture, aux activités culturelles leur pouvoir intégrateur, leur importance en matière de lien social. Un journal, c’est exactement cela. Combien de lettres reçues de lecteurs allemands, français, américains établis en Suisse romande qui disent avoir appris à connaître leur région d’adoption à travers notre titre de presse? Combien de mots de Suisses de l’étranger qui expliquent que ce magazine a été leur lien pour savoir ce qui se passait en Suisse romande de manière approfondie et synthétique?

Enfin, l’Etat, c’est quoi? C’est vous, c’est moi. L’autre mot pour «Etat», c’est «collectivités publiques». Le collectif, soit «nous». Nos impôts. Je veux que mes impôts financent autant des routes, des écoles, des hôpitaux, des musées que de la presse. Les 2,8 milliards de paiement direct au monde paysan suisse ne gênent pas plus que cela la classe politique ni la population. Un journal comme L’Hebdo fait partie du projet de société que nous souhaitons.

Ces pistes à explorer

Redevance élargie, fonds socioculturels, soutien à l’innovation, financements participatifs, déductions fiscales, aide à la diffusion ou au portage: les pistes à explorer pour une collaboration saine, intelligente, efficace entre les pouvoirs publics et le monde de la presse ne manquent pas. Sans parler des divers modèles de partenariats public-privé à imaginer.

Un soutien financier de l’Etat ferait perdre leur indépendance aux médias? Quelle blague! Lorsque les ressources d’un média ne lui permettent plus d’envoyer un seul journaliste maison en reportage ou en enquête, est-ce cela, l’indépendance? Entendez-vous les artistes suisses, les théâtres, les salles de musiques actuelles, les écrivains se plaindre d’avoir perdu de leur indépendance créatrice?

Tous les pays d’Europe de l’Ouest financent directement la presse, à l’exception de l’Irlande, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la Suisse, indiquait Manuel Puppis de TA-Swiss au Matin Dimanche.

Les modèles nordiques ne sont pas liés au contrôle du contenu mais conditionnés à un certain type d’organisation. Ainsi, au Danemark, 50% au moins de la publication doit être du rédactionnel, un tiers du contenu doit être réalisé à l’interne et le titre doit employer au minimum trois postes de journalistes à temps complet. Qu’est-ce qu’on attend? 


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