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Le nouveau souffle de la pipe

Mis en ligne le 05.01.2017 à 05:52
STYLE  Le mouvement hipster a contribué à relancer la pipe.

STYLE Le mouvement hipster a contribué à relancer la pipe.

© Luca Sguazzini / Instagram



Julien Calligaro

Zoom. Malgré l’image vieillotte associée à la pipe, ses adeptes rajeunissent. La fumer relève plus souvent du plaisir occasionnel que de l’addiction compulsive.

Devant les bars les plus en vue, lors des vernissages ou à la pause café, les fumeurs de pipe marquent un retour discret mais bien réel. Et détonnent: ils n’ont rien à voir avec l’image du grand-père d’antan, sauf peut-être la barbe. «Depuis quelques années, de plus en plus de jeunes voulant s’essayer à la pipe passent la porte de la boutique», observe Richard Fara-Danna, employé de Tabac Rhein, à Genève. Même constat chez le fabricant de cigares Oettinger Davidoff:

«Nos détaillants constatent que les moins de 35 ans s’intéressent davantage à la pipe, indique Giovanni Samperi, qui gère le marché de la pipe chez Davidoff. La tendance est particulièrement forte en Suisse alémanique.» La consommation globale de pipe reste toutefois assez faible: elle concerne seulement 2% des fumeurs, selon le Monitorage suisse des addictions.

Comment expliquer ce retour en grâce? Le mouvement hipster constitue un élément de réponse, analyse Sébastien Decoppet. Avec sa longue barbe parfaitement taillée et sa pochette de costume à pois, le propriétaire de Tabac Rhein remarque que «fumer la pipe permet d’avoir un certain style.

L’objet est synonyme d’élégance, de raffinement: il donne l’air d’être un dandy.» Léandre Berret, un Jurassien de 27 ans qui fume occasionnellement la pipe, avoue avoir commencé pour son originalité: «Cela faisait discuter les gens. Et c’est aussi beaucoup plus classe que la cigarette.»

N’importe quel amateur le dira: on ne fume pas la pipe de la même manière qu’une cigarette. «Elle se savoure, comme un bon plat ou une excellente bouteille de vin, s’enthousiasme Richard Fara-Danna. Il faut prendre son temps, déconnecter, regarder la fumée s’échapper…» Rien à voir avec l’addiction compulsive des fumeurs de cigarettes. Si elle est fumée correctement, une pipe peut durer jusqu’à une heure: «C’est un moment privilégié pendant lequel on peut réfléchir et s’éloigner du quotidien», ajoute Léandre Berret.

Les codes

La préparation de la pipe est une tâche longue, nécessite des instruments adéquats. En fait, «elle se mérite», lance Jesus Villalon, conseiller de vente chez Davidoff Genève. Le spécialiste, qui préfère se considérer comme un «amoureux de la pipe», met en garde: «Les premières bouffées peuvent être déconcertantes, il n’est pas simple de les apprécier.» Pour la première fois, il est conseillé d’utiliser une pipe droite plutôt que courbée: le tirage ainsi que le nettoyage en seront facilités. Si elle ne l’est pas déjà, une pipe neuve doit être culottée.

Pour ce faire, il faut en fumer quelques-unes en remplissant le foyer de tabac aux trois quarts et utiliser un bourre-pipe pour le tasser régulièrement. Une couche de carbone se déposera alors au fond du foyer. Le fin connaisseur s’équipera également d’un briquet à flamme latérale (pour éviter de se brûler) et d’un cure-pipe (aussi appelé chenillette) afin de nettoyer le tuyau après chaque utilisation.

Le prix d’une pipe varie énormément: les modèles de base commencent à quelques dizaines de francs, tandis que les plus sophistiqués peuvent aller jusqu’à plusieurs milliers. Une différence qui s’explique surtout par le matériau avec lequel la pipe est fabriquée: la plupart d’entre elles sont composées de bois de bruyère, mais il en existe aussi en écume de mer ou en maïs.

Côté tabac, le choix est vaste: l’encyclopédie collaborative consacrée à la pipe, Pipedia, recense près de dix sortes «de base». Un dernier conseil? «Toujours utiliser le même tabac avec la même pipe, car le matériau s’imprègne de l’odeur», assure Jesus Villalon.

Par ailleurs, la fumée de la pipe ne s’avale pas, elle se garde en bouche. Attention: «Cette particularité augmente les risques de cancer de la bouche, de la gorge et de la langue», alerte Jean-Paul Humair, médecin directeur du CIPRET-Genève (Centre d’information et de prévention pour le tabagisme). Et gare aux fausses croyances: «Le tabac est nocif, il l’est encore plus s’il est brûlé, que ce soit pour fumer la pipe ou la cigarette.» 


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