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Livetrotters: Ariane et Bassel, «digital couple»

Mis en ligne le 11.08.2016 à 05:57

Raphaël Surmont

Reportage. Elle est Française, il est Egyptien, ils se sont connus il y a seize ans au Caire. Travailleurs numériques indépendants, ils parcourent le monde. Raphaël les a rencontrés à Rouen, en Normandie.

Le climat suffocant d’Athènes est un lointain souvenir lorsque je débarque, un peu par hasard, à Rouen. C’est ma première fois dans cette belle région de Normandie. Les mouettes – la mer n’est pas loin –, les rues désertes, des églises gothiques de taille pharaonique et des bâtisses boisées, à colombages, pleines de couleurs. Un prêtre catholique a été assassiné en son église le 26 juillet, à Saint-Etienne-du-Rouvray, dans la banlieue rouennaise, attentat revendiqué par l’Etat islamique. Pour autant, je ne ressens aucune tension particulière dans les rues du chef-lieu de la Seine-Maritime. L’armée et la police ne se signalent pas par leur omniprésence. Comme si rien ne s’était passé.

Je suis en ville pour quelques jours, le temps de rencontrer Ariane et Bassel, un couple proprement atypique: lui est Egyptien, parle arabe, anglais et français; elle est Française, parle français, anglais et espagnol. Ils parcourent le monde tout en travaillant comme digital nomads depuis plus de quinze ans. J’ai découvert ce couple via leur page Facebook, 2Digitalnomads, lorsque j’étais dans l’une des périodes les plus difficiles de mon voyage.

La désillusion était bien réelle, je n’arrivais pas à trouver de «migrants numériques» dans les espaces de coworking berlinois et je me désespérais. Je songeais à changer de stratégie mais, dans un subit élan d’esprit positif, je suis reparti à la recherche de couples ou de groupes qui voyagent et travaillent ensemble pour aller les questionner sur cette vie d’itinérance.

Après quelques messages échangés avec 2Digitalnomads, nous convenons d’un rendez-vous pour un premier contact par vidéoconférence. Des plus concluants. Ariane et Bassel, je m’en rendrai compte, ont tout d’un couple passionné et passionnel, animé d’un même enthousiasme pour le voyage et la liberté. A mon retour d’Athènes, je pars à leur rencontre. C’est aussi ça, être digital nomad, une flexibilité géographique qui n’a de limites que ses envies, son moral et son budget… Me voici donc à Rouen, où la Française et l’Egyptien sont pour l’instant établis.

Toronto, 25 novembre 2010

Direction le Now Coworking, logé dans les anciens locaux d’une grande marque de production de yogourts, complètement rénovés par les deux associés et fondateurs du lieu: Pascal Givon et Edouard Laubiès. Cet espace dédié au cotravail est le plus grand de Rouen. J’y suis accueilli chaleureusement par Chris, gestionnaire des lieux. L’endroit comprend de nombreux espaces de travail plus originaux les uns que les autres ainsi qu’une grande surface commune bénéficiant de la lumière naturelle diffusée par un toit vitré. C’est là qu’a lieu l’entretien avec les fondateurs de 2Digitalnomads.

Bassel est user experience, UX dans le riche et fourni jargon numérique. Designer indépendant, il s’occupe, entre autres activités, d’optimiser le parcours des utilisateurs sur un site web. Ariane, quant à elle, est prof de FLE (français langue étrangère). C’est grâce à ses activités liées à l’internet que ce couple finance ses voyages sans relâche depuis plus de dix ans. Tout a commencé, entre eux, par une rencontre, il y a seize ans, au Caire, en Egypte. Un ami suisse de Bassel avait facilité les choses. En 2001, au début de leur histoire, donc, Ariane et Bassel sont des employés lambda, avec des horaires standard, «9 to 5», comme on l’entend dire en anglais. L’envie de changement les taraude fortement.

Saisissant une occasion professionnelle qui s’offre à eux au Canada, et bien qu’ayant tous deux la quarantaine à l’époque, ils se lancent dans la grande aventure, créent 2Digitalnomads et partent d’Egypte pour rejoindre le continent américain. Bassel a entre-temps quitté son emploi salarié d’UX, devient indépendant dans le même secteur. Et comme, de son côté, Ariane peut enseigner par internet, plus rien ne les retient en Egypte.

Arrivés au Canada, à Toronto, le 25 novembre 2010, pensant rester deux ans dans le pays, ils commencent par le sillonner d’un bout à l’autre tout en menant de front leurs activités professionnelles. Souhaitant partager leurs expériences de la route, nos deux néonomades tiennent un blog. Leur carnet de voyage se transforme progressivement en véritable «guide du routard», suivi par plusieurs centaines de personnes. Le succès aidant, ils parviennent à générer un petit revenu, grâce à des affiliations (promotions commerciales).

Google maps ou café?

Le couple étend ses voyages au reste du continent américain. Ils pratiquent un slow travel, un tourisme qui prend son temps, visitent les Etats-Unis et l’Amérique du Sud, alimentent leurs réseaux sociaux et deviennent, sans le savoir, de véritables précurseurs du nomadisme numérique, qu’ils pratiquent maintenant depuis quinze ans. Quand on les écoute, on aperçoit leur côté fusionnel: chacun complète la phrase de l’autre, de mêmes idées surgissent dans leur tête au même moment.

Les inévitables défis et obstacles rencontrés en chemin ont mis leur couple à rude épreuve. Ariane et Bassel ont appris à vivre ensemble jour et nuit, à se prêter mutuellement attention, à mener la barque à tour de rôle, à faire des concessions, à prendre des décisions et à travailler main dans la main. En Amérique du Sud, c’est Ariane qui, comme elle parle l’espagnol, a pris la direction des opérations, le «lead», dit-elle. Voyager n’est pas que du bonheur, c’est aussi du stress.

Dès l’arrivée dans un lieu déterminé, il faut s’assurer des besoins fondamentaux (se nourrir, se loger) et, surtout, trouver un lieu connecté au réseau pour travailler – les affres de la logistique. N’allez pas croire que ce sont là des vacances, c’est un style de vie où l’indépendance contient, on s’en doute, des contraintes.

Question travail, Ariane et Bassel ne sont pas des usagers assidus des espaces de coworking, hélas un peu trop chers pour eux. Ils préfèrent travailler depuis leur Airbnb ou leur chambre d’hôtel.

Quand on voyage seul, Bassel recommande d’utiliser les réseaux ou groupes de digital nomads sur Facebook pour se créer des contacts. C’est même la première démarche à entreprendre. Le couple n’est pas branché boulot uniquement. Nouer des liens, fussent-ils éphémères, avec les gens des pays traversés, c’est essentiel. «La meilleure façon d’y arriver, ce n’est pas en gardant son nez collé à Google Maps, mais en entrant dans un café», rappelle Ariane. Fréquenter les mêmes endroits durant plusieurs jours permet de créer une routine et, l’air de rien, de faire partie de la vie locale. Ariane et Bassel ne rencontrent pas à tous les coups des nomades numériques sur la route.

Néanmoins, c’est souvent chez ces derniers qu’ils trouvent où se loger, via la plateforme Couchsurfing ou, bien sûr, Airbnb. Après l’Egypte, le Canada, les Etats-Unis, l’Equateur, la Bolivie, la Thaïlande, le Laos, la Malaisie, l’Espagne et d’autres pays d’Europe, Ariane et Bassel visent l’Afrique dès 2017. Comme toujours, ils partageront aventures et conseils sur leurs réseaux sociaux à l’adresse 2Digitalnomads.

C’est avec un petit pincement au cœur que je les quitte au terme de deux merveilleuses journées passées à visiter le centre historique de Rouen aux côtés de ces deux experts du voyage, sans me douter qu’un des soirs mêmes de ma présence dans cette ville un nouveau drame la frappait: vendredi 5 août, treize jeunes de ma génération perdaient la vie dans le terrible incendie du sous-sol d’un bar.


Où sont les autres livetrotters? que font-ils?

Bilbao
Jacqueline Pirszel

Elle a quitté le bord de la Baltique pour une façade maritime plus au sud: Bilbao. Au Pays basque, la concurrence asiatique a fait un mal fou à l’activité navale, à l’industrie du fer en général, dont le musée Guggenheim, appelé familièrement ici la Niche du chien, est un témoignage.

Catane
Nina Seddik

Elle nous entraîne dans un néoréalisme sicilien, fait de rapports ambigus et parfois malsains entre locaux et migrants érythréens. D’autres réfugiés s’adonnent à un commerce humain qui ne dit pas son nom. A Catane, comme dans beaucoup d’endroits du monde, place aux règles rudes de la survie. 

Athènes
Marie Romanens

La semaine dernière dans les Cyclades, la voici à Athènes, où elle fait la connaissance de Giannis. Cet ovni de 31 ans a gardé foi en son pays frappé par la crise et soumis à une sévère cure d’austérité. Il travaille, de chez ses parents, à un projet de jardin potager en ville, appelé Urban Hydroponics. 

Madrid
Aude Haenni

Marlène est partie de Saint-Imier, dans le Jura bernois, il y a trente ans, et vit depuis lors avec Mariano à Madrid. Ils ont deux enfants et tiennent La Fondue de Tell, un restaurant suisse qui fait moins recette par 35 degrés l’été en terre castillane, mais a déjà vingt ans d’existence et de nombreux habitués. Le récit d'Aude. 


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