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Une aubaine pour la Chine

Mis en ligne le 10.11.2016 à 05:57
PORT D'OAKLAND, Californie Le nouveau président a promis d’introduire une taxe de 45% sur les importations en provenance de Chine.

PORT D'OAKLAND, Californie Le nouveau président a promis d’introduire une taxe de 45% sur les importations en provenance de Chine.

© Beck Diefenbach / Reuters



Julie Zaugg

Eclairage. Au premier abord, la victoire de Donald Trump est une mauvaise nouvelle pour Pékin. Mais, dans les faits, ce sont plutôt les intérêts américains en Asie qui en pâtiront. Tout comme l’image de la démocratie.

Durant la campagne, il l’a répété à l’envi: «Les Chinois nous volent nos emplois.» Cette vision sous-tend l’ensemble de la politique de Donald Trump face à l’Empire du Milieu. «Il est convaincu que le yuan est maintenu 15 à 40% en dessous de sa valeur, ce qui donne un avantage concurrentiel injustifié aux exportateurs chinois», explique Kevin Lai, analyste chez Daiwa Capital Markets. Pour redonner vie au made in America, il a promis d’introduire une taxe de 45% sur les importations en provenance de ce pays.

Cela aurait un impact énorme sur l’économie chinoise. «Les exportations vers les Etats-Unis pourraient chuter de 87%, ce qui aurait pour effet de supprimer 4,8% du PIB chinois», pense Kevin Lai. Mais cela pourrait aussi se retourner contre les Etats-Unis. «Trois quarts des téléphones portables et 93% des tablettes et laptops vendus sur sol américain viennent de Chine, relève Mark Williams, analyste chez Capital Economics. Or, il n’existe pas vraiment de substituts bon marché pour ces produits.» Leur prix pourrait augmenter de 10% outre-Atlantique.

Pékin ne se laisserait pas non plus plumer sans réagir. «La Chine se mettrait sans doute à imposer lourdement les biens en provenance des Etats-Unis, ce qui aurait un impact très négatif sur les marques américaines», juge Shen Jian Guang, économiste chez Mizuho Securities. Boeing, Starbucks, General Motors et Nike ne sont que quelques-uns des noms qui verraient leur chiffre d’affaires s’effondrer s’ils n’avaient plus accès au 1,3 milliard de consommateurs chinois.

Le nouveau président américain a fait une autre promesse à ses électeurs: il a juré de répudier le Partenariat transpacifique, un traité de libre-échange qui inclut douze pays de la région, mais pas la Chine. «Cet accord a été spécifiquement conçu pour faire du tort à la Chine, dit Shen Jian Guang. Si Donald Trump le tue, il aura fait une fleur à Pékin.»

Sur le plan politique, l’ancien magnat de l’immobilier a évoqué son intention de rapatrier une partie des soldats américains déployés au Japon et en Corée du Sud car cela coûte trop cher. Cette politique isolationniste serait un véritable cadeau pour la Chine, qui pourrait poursuivre en toute quiétude sa conquête d’îlots disputés en mer de Chine.

La Démocratie écornée

Mais l’élection de Donald Trump aura aussi un impact à plus long terme sur l’image des Etats-Unis – et donc son soft power – en Chine. Assise dans un coin de Little Creatures, un bar à bière branché de Hong Kong, la section hongkongaise du Parti démocrate est abattue en cette première soirée postélection.

«Les Chinois auront désormais l’impression qu’ils ne doivent plus se préoccuper de nous, qu’ils peuvent régner sans partage sur l’Asie car nous sommes désormais un peuple affaibli», soupire Elsa Chan, une enseignante sino-américaine. Mercredi, un commentaire circulait sur les réseaux sociaux chinois: «Nous pensions que nous allions diriger le monde dans vingt ans, mais en fait nous allons le dominer déjà en janvier.»

Selon Steven Bossieux, un autre membre de la section hongkongaise des démocrates, c’est l’image même du suffrage universel qui pourrait en prendre un coup. «Les Chinois vont se dire que si nous avons élu un bouffon, alors la démocratie est une blague», glisse le banquier.

Sitôt le résultat du scrutin annoncé, le journal étatique People’s Daily s’est fendu d’un commentaire pour dire que l’élection du républicain était un signe du dysfonctionnement de la démocratie à l’américaine. Il y a quelques mois, le Global Times, une autre publication pro-Pékin, rappelait dans un article consacré à Donald Trump que «Mussolini et Hitler sont arrivés au pouvoir par le biais d’élections».

Reste que, malgré la jubilation de Pékin à l’idée de voir son grand rival à terre, dans les rues de Pékin, Shanghai ou Canton, Donald Trump a de nombreux supporters. Un sondage réalisé début novembre par le South China Morning Post a montré que 39% des Chinois auraient voté pour lui. Ils apprécient son sens des affaires, son rejet des élites et sa manière simple de s’exprimer.


Collaboration Clément Bürge


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