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La chronique de Jacques Pilet: Résistances

Mis en ligne le 03.02.2017 à 05:59
Jacques Pilet

Jacques Pilet

© Hebdo



Jacques Pilet

Tout est dit dans ces pages sur ce que fut L’Hebdo, sur l’attachement de ses lecteurs, sur leurs émotions devant cette fin qui ne paraissait pas inéluctable. Les bases étaient jetées pour un bel avenir en lien avec Le Temps et une forte présence sur le Net. Une stratégie voulue au départ par l’éditeur Ringier. Auquel, soit dit au passage, on peut être reconnaissant d’avoir lancé ce titre et de l’avoir soutenu dans les bons et les mauvais jours, dans un respect total de la liberté rédactionnelle.

Puis il en a été décidé autrement lors de l’arrivée du coéditeur Springer. Pour une raison simple: les propriétaires jugent que le rythme quotidien est plus prometteur que celui de l’hebdomadaire. Juste ou pas, on verra. Encore heureux que notre proche confrère survive. Mais il se sentira bien seul dans ce registre. Tous nos vœux de succès l’accompagnent.

Reste à dire notre immense gratitude pour toutes celles et ceux qui ont fait ce magazine. Chapeau à Alain Jeannet qui a si bien tenu la barre dans cette tempête et depuis quatorze ans! Gratitude surtout aux lecteurs et lectrices qui nous ont lus, un peu, beaucoup, passionnément*.Dans une adhésion extraordinaire, avec aussi des moments d’irritation. Car bien sûr il arrive aux journalistes de ne pas être à la hauteur des exigences du public.

Ils ratent des sujets importants, ils ne les traitent pas forcément avec la profondeur et l’audace souhaitées. Mais il y a un reproche ridicule: ce magazine serait mort parce que resté d’une sensibilité européenne. C’est au contraire notre fierté: une ouverture vers les autres, une curiosité qui dépasse les frontières. Il y a des humeurs diverses dans ce pays. Toutes doivent avoir voix au chapitre. Se féliciter de la mort d’un journal, comme l’ont fait certains, c’est insulter la démocratie.

Bien au-delà de cette péripétie, l’heure est venue de la résistance. Au conformisme. Aux schémas journalistiques ressassés. A la grande soupe que déversent sur nous les agences de presse. A la douche d’informations cliquetantes et gratuites qui nous inondent sans cesse. Tant d’entre nous sont devenus accros à ce vacarme qui donne l’illusion d’être informé.

Et soudain nous nous rendons compte que nous ne prenons plus le temps de réfléchir, d’aller au-delà des assertions préfabriquées et souvent manipulées, de nous interroger, de placer l’événement dans la perspective historique, d’imaginer ce qu’il annonce. Bref, de penser.

Résistance aussi à la tournure que prennent les débats politiques. Elle est caricaturale aux Etats-Unis. Elle est aussi inquiétante en Europe. Dans leur course au pouvoir, les acteurs jouent sur une scène de fiction, se fichant pas mal de la réalité factuelle ou l’exploitant pour en tirer des slogans. Ce qui compte, c’est faire à tout prix le «buzz», du mot anglais pour brouhaha. Le contraire de la pensée. La confrontation surchauffée de tirades archiconnues et partisanes, à la longue c’est lassant.

Résistance aux formules précuites du genre «Les jeunes ne lisent plus», «La presse papier disparaîtra», «Ailleurs ça va mal, mais chez nous tout va bien»… Ces affirmations ont leur part de vérité mais ignorent celle des contradictions et celle des retournements inattendus.

Résistance enfin au conservatisme. Il est vrai que demain rien ou à peu près ne sera comme avant. Ainsi, il est vain de refuser la plongée dans l’espace qu’ouvre la technologie. Il peut débecter, il peut apporter beaucoup aussi. Comme dit Gramsci, penseur italien mort en 1937, «le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres». On en connaît qui éructent déjà! Mais d’autres diablotins plus plaisants se manifesteront aussi.

Alors comment résister? D’abord en soignant sa tête. Lire des livres, refuges de la réflexion et de l’imaginaire. Se nourrir de toutes les formes de culture: il en est beaucoup qui échappent au conformisme. Lire de bons journaux. Il en reste. Sur papier ou écran, peu importe, mais en payant le prix du travail, de la qualité. Se parler, se rencontrer en vrai, rassembler les énergies.

Le vide que laisse L’Hebdo débouchera un jour sur un autre terrain de débats et d’informations. Diversité oblige. Un site internet rassembleur? Une nouvelle publication? Les deux? L’attente est grande. Quand quelque chose émergera, vous le saurez. Et vous y apporterez votre part.

On peut arrêter un magazine. On ne peut pas freiner la créativité des Romands ouverts sur le monde. 

* D’après la REMP, 155 000 lecteurs en 2016.


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Curieux On est toujours le conformiste de quelqu'un. Selon ma perception personnelle, depuis une quarantaine d'années le conformisme idéologique en Suisse romande a été incarné par le Nouveau Qotidien, puis par L'Hebdo et Le Temps. Mais Jacques Pilet, lui-même le pape de tout celà, nous le dit: il se perçoit lui-même comme un anticonformiste.
De son point de vue à lui, ça se comprend. C'est générationnel. Au fond de lui-même il se rappelle l'époque ou La Gazette, le Journal de Genève, et même la presse Ringier et Lamunière, baignaient dans un conservatisme libéral d'après guerre bon teint. Il aura voulu bousculer cela, et il l'a fait. Avec, reconnaissons-le, un certain talent et un certain charisme.
Ce faisant il a créé un nouveau conformisme dominant, tout aussi étouffant et beaucoup plus sectaire que celui qu'incarnait un Pierre Béguin. Plus exactement Pierre Béguin et ses semblables n'étaient pas du tout sectaires. La presse romande de l'ère Pilet l'aura été essentiellement, avec rage, de manière obtuse et mesquine. Elle n'a su qu'écraser de son mépris, dénigrer et vilipender tous ceux qui rechignaient à emboîter le pas à cette synthèse de gauchisme hédoniste et d'européisme béat dont elle se voulait l'étendard.
Un jour on écrira l'histoire de cette aventure et on y verra peut-être des similitudes avec la hargne iconoclaste des réformateurs protestants qui ont cassé toutes les statues de saints de nos églises. Jacques Pilet rappelle beaucoup ces reformateurs là et c'est un grand compliment que je lui fais en disant cela.
Visiblement le conformisme de L'Hebdo est passé de mode. Il appartient à une génération de baby boomers qui est en train de céder la place. Le nouveau conformisme qui vient sera peut-être l'antithèse de celui que Jacques Pilet vivait comme une libération.
Verra-t-on la revanche posthume de Colette Muret, de Georges Rigassi et René Payot, peut-être même de Georges Oltramare... ? L'avenir le dira. Je ne le pense pas, mais tout en saluant la figure de Jacques Pilet je me réjouis que le conformisme étouffant qu'il avait mis en place, se fissure et laisse champ libre à autre chose.
07.02.2017 - 05:38

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