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Meapasculpa: Bonnes résolutions

Mis en ligne le 05.01.2017 à 05:57

© Matthias Rihs



Isabelle Falconnier

Avant, je prenais de bonnes résolutions que je ne tenais pas, et je culpabilisais. J’ai donc décidé de ne plus prendre de résolutions, bonnes ou mauvaises. Depuis, je culpabilise de ne plus en prendre. Chaque nuit, la longue liste des résolutions que je n’ai pas tenues vient me hanter en cortège lugubre et narquois, et je me réveille obsédée par une question lancinante: ne pas prendre de bonnes résolutions est-il un signe de courage, de faiblesse ou de lucidité?

Je viens de revoir pour la dixième fois, tradition familiale oblige, Happy New Year de Garry Marshall, dans lequel le personnage joué par Michelle Pfeiffer, vieille fille et secrétaire d’un patron imbuvable, se décide enfin à entamer, quelques heures avant les douze coups de minuit, la première de ses bonnes résolutions de l’année, soit «Démissionner».

Suivent: «Faire le tour du monde», «Sauver une vie», «Aller à Bali» et «Etre épatée». Comme on est au cinéma, un petit malin trouve évidemment le moyen de lui faire faire tout cela en un tour de main et sans quitter New York. Dans la vraie vie, c’est différent.

Ma résolution d’arrêter les résolutions avait été prise à la suite de deux constats: d’abord, seules les résolutions positives, soit n’impliquant pas le renoncement au plaisir, ont la moindre chance d’être tenues. Tous les sondages le disent: plus de 90% des gens ont l’intention de prendre de nouvelles résolutions. Mais quasi 90% de ces 90% ne les ont pas tenues un an plus tard. La seule résolution que j’ai tenue de ma vie est «Faire un voyage en Amérique», case cochée depuis longtemps heureusement.

Je suis entourée de filles qui année après année reprennent la même liste: se (re)mettre à la course à pied, perdre cinq kilos, arrêter de fumer, dépenser moins, boire moins, se coucher plus tôt, travailler plus, ou travailler moins. Autant dire qu’on se remet les dix commandements dans le pif! Comment se motiver avec des ordres culpabilisants laissant entendre que nous ne sommes que des grosses nulles se comportant comme des feignasses?

Le second constat fut de remarquer qu’autour de moi seules des filles, justement, prenaient, ou tentaient de prendre, de bonnes résolutions. Que jamais je n’avais vu de ma vie un homme se prendre la tête en rédigeant les dix points de son chemin de croix à venir.

Qu’une fois de plus, les femmes cherchaient à s’améliorer, à faire évoluer leur vie et celle de leur couple ou de leur famille, tandis que les hommes attendaient tranquillement que leur femme améliore la vie de tout le monde. J’y ai clairement vu un reliquat des raisons diverses et variées qui ont fait que les femmes de Suisse ont attendu 1971 pour avoir le droit de vote.

Ne pas prendre de bonnes résolutions est un signe de courage, de faiblesse ET de lucidité.


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