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Staccato: Victimes collatérales

Mis en ligne le 05.01.2017 à 05:59
Anna Lietti

Anna Lietti

© Hebdo



Anna Lietti

Les attentats se multiplient contre le père Noël. Il y a quelques semaines, un duo de chercheurs affirmait dans une prestigieuse revue de psychiatrie que le «mensonge de Noël» constitue une atteinte grave au lien de confiance entre enfants et parents (L’Hebdo du 8.12.16). L’attaque était déstabilisante, mais pas mortelle: après tout, les petits ne lisent pas les revues de psychiatrie.

Nettement plus sanglant est le coup porté par le chef d’orchestre italien Giacomo Loprieno, le 29 décembre dernier, en plein cœur de la magie de Noël. Les étoiles brillaient encore dans les yeux des bambins venus voir, à l’Auditorium de Rome, La reine des neiges avec orchestre live dirigé par le maestro.

Le spectacle s’achevait et un bon millier de cœurs tendres s’offraient à lui, grands ouverts, palpitants de ferveur innocente. Applaudissements, soupirs d’aise. Et vlan. Le traître empoigne un micro et lance: «De toute façon, le père Noël n’existe pas.» Cris, sanglots, huées. On n’est plus en sécurité nulle part, c’est effrayant.

Giacomo Loprieno a été licencié sur-le-champ et, le lendemain même, un autre chef dirigeait La reine des neiges, avec un invité d’honneur assis au premier rang: le père Noël en personne, preuve vivante de l’égarement du diabolique trouble-fête. L’histoire ne dit pas si une cellule de soutien psychologique a été mise en place pour accompagner les petites victimes du 29 décembre. Les parents, eux, s’organisent pour une action en justice contre le profanateur d’innocence.

Objet de l’opprobre général, le maestro trouve cependant quelques défenseurs sur les réseaux sociaux. Avec des commentaires du genre: «En Italie, si tu dis que le père Noël n’existe pas, on te licencie. Mais si tu dis que tu as vu la Sainte Vierge, on publie un livre sur toi.»

Curieusement, la question la moins débattue est: quelle mouche a piqué Giacomo Loprieno? Est-il animé de la foi purificatrice de ceux qui veulent débarrasser Noël du folklore païen et consumériste? Puise-t-il dans une enfance froide et malheureuse un irrépressible désir de casser de la boule?

La réponse est plus terre à terre: il a été exaspéré par le comportement des spectateurs qui, sans attendre les saluts, se précipitaient dehors pour éviter l’embouteillage à la sortie du parking. L’attentat tenait de la vengeance pure et visait les adultes. Nous voilà soulagés: comme d’habitude, les enfants ne sont que des victimes collatérales.

anna.lietti@hebdo.ch/ @AnnaLietti


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