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Cinéma suisse: les films les plus subventionnés sont alémaniques

Mis en ligne le 17.03.2016 à 06:00
TÉLÉFILM Financé à hauteur de 5,73 millions de francs par la SSR, «Gotthard» (avec Carlos Leal, à gauche) sera diffusé en décembre prochain par la RTS.

TÉLÉFILM Financé à hauteur de 5,73 millions de francs par la SSR, «Gotthard» (avec Carlos Leal, à gauche) sera diffusé en décembre prochain par la RTS.

Christian Jungen, Regula Freuler, Denise Bucher, Sandra Smolcic

Enquête. La Confédération, la SSR et la Fondation zurichoise du film soutiennent aujourd’hui les productions suisses à hauteur de près de 60 millions de francs par an. Voici les réalisateurs et producteurs qui touchent le plus.

En Suisse, l’aide au cinéma s’est notablement renforcée ces quinze dernières années, avec l’apparition de nouvelles institutions telles que la Fondation zurichoise du film (Zürcher Filmstiftung) ainsi que la romande Cinéforom. Comme la branche a connu une forte croissance, la guéguerre autour de la répartition de la manne se montre plus âpre que jamais. Selon une étude de l’Office fédéral de la statistique (OFS), la Suisse recensait en 2013 pas moins de 715 sociétés de production actives. Et depuis lors, il s’en est ajouté des dizaines. Toutes veulent une tranche du gâteau et surveillent attentivement qui touche quoi.

Alors qu’aux Etats-Unis, en France ou en Allemagne il existe des chiffres sur les budgets et des classements au box-office, il est pratiquement impossible d’avoir une vue d’ensemble en Suisse. Nous avons donc dépouillé toutes les subventions de l’Office fédéral de la culture (29,5 millions de francs par an), de la SSR (22,4) et de la Fondation zurichoise du film (9,2) entre 2006 et 2015. Nous avons inclus aussi bien de petits montants pour scénarios que d’imposantes contributions à la production. Sans ­compter ce que les producteurs ont empoché au titre de l’encouragement du cinéma, lié au succès rencontré par un film, et qu’ils réinvestissent dans de nouveaux projets. Notre collecte de données englobe ainsi 3835 paiements: 1830 proviennent de la SSR, soit de ses antennes régionales, 1572 de l’Office fédéral de la culture (OFC) et 433 de la Zürcher Filmstiftung.

L’analyse de ces données a permis de déterminer les réalisateurs, producteurs et films les plus subventionnés. Comme pour toute statistique, cette évaluation n’est pas irréprochable: pour dresser un bilan complet, il aurait fallu intégrer Cinéforom. Mais cette institution romande n’existe que depuis mai 2011. Aussi, 2012 marque sa première année complète d’activité. Or nous voulions que nos observations portent sur une période de dix ans, afin qu’elles soient plus pertinentes.

Résultat: la reine des subsides se nomme Sabine Boss. L’Argovienne trône loin en tête de liste des cinéastes, avec des financements de 15,3 millions. Du côté des sociétés de production, c’est C-Films qui mène la danse avec des aides d’un total de 31,4 millions, notamment pour sa participation à nombre de téléfilms comme Das Geheimnis von Murk, de Sabine Boss.

À qui profitent les productions de la télévision

Très critiquée ces derniers temps, la SSR figure parmi les institutions les plus munificentes avec des investissements annuels de 22,4 millions de francs dans le cinéma suisse. Par ses commandes, elle permet à des réalisateurs comme Sabine Boss, Tobias Ineichen ou Markus Imboden de travailler en continu. Ce sont d’ailleurs ces trois créateurs qui caracolent aux premiers rangs de notre inventaire. Des cinéastes prestigieux tels que Markus Imhoof et Fredi M. Murer n’apparaissent pas en revanche dans le top 30 car, par principe, ils ne tournent pas de films pour la télévision. Si leur choix peut susciter de l’admiration, il faut cependant admettre que leur filmographie est congrue.

La domination des 50 à 60 ans

L’étude démontre également que, au cours de ces dix dernières années, ce sont des cinéastes de 50 à 60 ans qui ont le plus reçu de soutiens. Parmi eux, Sabine Boss (née en 1966) et Christoph Schaub (1958). Une génération au sein de laquelle se trouvent des réalisateurs qui occupent les cinq premiers rangs de notre liste, ainsi que le chef de la section cinéma de l’Office fédéral de la culture, Ivo Kummer, né en 1959. Aussi, l’instrument de l’encouragement du cinéma doit veiller à ne pas favoriser seulement les cinéastes établis et à tenir compte davantage des jeunes réalisateurs.



Les femmes touchent moins

Si Sabine Boss est la plus subventionnée, le top 30 ne compte ensuite que quatre réalisatrices: Bettina Oberli (Lovely Louise) au 17e rang, Petra Volpe (Traumland), Ursula Meier (L’enfant d’en haut) et Barbara Kulcsar (Tête-à-tête). Ce qui a incité l’Office fédéral de la culture à mener actuellement une analyse des budgets et des cachets pour comprendre les raisons de cette situation, d’autant que les femmes sont très présentes dans le cinéma suisse.

Beaucoup de sous, peu de succès

Dans notre analyse, la société C-Films ne se démarque pas seulement par sa capacité à percevoir le plus de subventions mais aussi par ses choix: elle a produit des films à succès comme L’enfance volée et Une cloche pour Ursli. Une réussite que d’autres sociétés n’ont pas connue. Dschoint Ventschr a certes, en la personne de Samir, un patron aussi doué artistiquement que commercialement mais, ces dix années passées, elle n’a pas sorti de film apte à séduire plus de 150 000 spectateurs, ni concouru dans les grands festivals comme Cannes, Venise ou Berlin. Même principe pour HesseGreutert, qui a disparu après la séparation, en 2015, de ses deux associés. Les productions coûteuses de cette maison ont déçu. One Way Trip (3D) a attiré 21 000 spectateurs, Clara und das Geheimnis der Bären 14 500 seulement.

Pas de favoritisme pour les romands

Contrairement à ce qui se dit dans les milieux du cinéma zurichois, la Suisse romande n’est guère favorisée par l’Encouragement du cinéma, même si les chiffres révèlent une légère distorsion à la proportionnalité: la région francophone, qui ne constitue que 22,8% de la population nationale, obtient 25,9% des subventions. Mais, vu le succès de réalisateurs comme Ursula Meier, Jean-Stéphane Bron et Lionel Baier, cette différence est parfaitement justifiée. Et les Romands réalisent plus de films que les Alémaniques, alors qu’ils ont des budgets plus restreints.

Quant aux Suisses alémaniques, ils représentent 65,6% de la population et touchent 65% des subventions; les cinéastes italophones perçoivent 8,5% des subventions pour un bassin totalisant 8,4% de la population; enfin, le 0,6% restant est destiné aux Romanches. La répartition est équitable. 

©Frame
Traduction et adaptation Gian Pozzy


Hebdo » Culture


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