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Donald Trump, bon pour l’art?

Mis en ligne le 05.01.2017 à 05:55

Luc Debraine

Création. Le 45e président des Etats-Unis n’aime pas la culture. Mais en taxant moins les riches il pourrait dynamiser le marché de l’art. Et encourager les artistes à radicaliser leur propos.

Dans les années 80, Andy Warhol avait réalisé une série de tableaux de la tour Trump à New York, bien sûr dans l’espoir que le magnat de l’immobilier les acquière à bon prix. Le futur 45e président des Etats-Unis avait renoncé à l’achat, trouvant les couleurs des tableaux «mal coordonnées».

Cette réaction est en revanche tout à fait coordonnée à l’image de philistin qui colle depuis longtemps à Donald Trump. Celui-ci ne s’intéresse pas à la culture, surtout pas à l’art contemporain. Contrairement à beaucoup de riches New-Yorkais, il n’a jamais ou à peine fait de dons aux musées de la ville, brillant de son absence dans les vernissages ou les salles de vente. S’il aime la peinture, c’est d’abord pour se voir lui-même représenté, en majesté.

Pour le milieu de la création contemporaine aux Etats-Unis, Trump est un croquemitaine. Au lendemain de son élection, des artistes ont défilé dans la rue à New York. Ils ont aussi créé le compte Instagram Dear Ivanka, pour s’adresser en désespoir de cause à la fille du prochain président, censée être plus ouverte à l’art que son père. Le fait que Trump voulait Sylvester Stallone à la tête de la NEA, le Fonds national pour les arts, n’a pas non plus rassuré grand monde. Stallone, pas fou, a refusé l’offre.

Et si tout le monde se trompait? Comme Wall Street s’est fait peur au moment de l’élection avant de réaliser que le nouvel ordre à Washington pourrait sans doute être bon pour le business?

Trump + Zika

C’est un peu ce qui s’est passé, en décembre dernier, à Art Basel Miami Beach, l’édition américaine de la fameuse foire alémanique d’art contemporain. Le jour du vernissage VIP, le climat était lourd et la fréquentation en baisse (−10%). On ne savait pas très bien qui de Trump ou du virus Zika, toujours présent en Floride, plombait le plus l’atmosphère.

Une minorité parmi les 269 galeries a réagi, exposant au dernier moment des œuvres ouvertement politiques. Comme les premières pages des éditions du New York Times parues après l’élection du 8 novembre, couvertes de slogans pessimistes par l’artiste Rirkrit Tiravanija.

D’autres présentations, conçues avant le sacre de Trump, trouvaient une résonance particulière à Art Basel Miami Beach. Comme l’installation réalisée pour le compte de la Fondation Beyeler par le duo de Toilet Paper. Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari ont créé un environnement kitsch, saturé de papiers peints et d’objets colorés, sous la gouverne d’une pensée de Tony Soprano: «You think it’s easy being the boss?»

Moins de taxes, plus d’art

Dans le même temps, Maurizio Cattelan installait un WC en or dans les toilettes du Musée Guggenheim à New York. Titre de cette œuvre parfaitement fonctionnelle et duchampienne: America. Même s’il a réalisé ses toilettes avant l’avènement de Trump, Cattelan devait bien admettre sur place qu’America prenait un sens supplémentaire avec les superpouvoirs donnés à un homme qui adore ce qui brille, en particulier dans ses nombreuses habitations.

Malgré son ouverture morose, la foire Art Basel Miami Beach s’est plutôt bien passée. La fréquentation totale (77 ooo visiteurs) était au niveau de l’édition précédente. Les galeristes se montraient dans l’ensemble contents de leurs ventes. Quelques-uns d’entre eux faisaient remarquer que les grosses fortunes américaines seront moins taxées à l’avenir, ce qui leur donnera d’autant plus de moyens pour collectionner l’art moderne ou contemporain.

«C’est effectivement ce qui se disait sur place, note Marc Spiegler, directeur d’Art Basel. Le plus intéressant était le comportement des galeries: elles avaient amené à Miami leurs meilleures œuvres et conçu des stands très cohérents, très qualitatifs. C’était une réaction face au malaise général: proposer des chefs-d’œuvre plutôt que des pièces de second ordre. Il fallait jouer gros pour convaincre les collectionneurs inquiets.»

Art politisé

Marc Spiegler a aussi regardé avec attention la réaction d’artistes comme Rirkrit Tiravanija: «L’art n’est jamais meilleur que lorsque la situation politique et économique est volatile. Avec ce qui s’est passé en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, et ce qui se joue actuellement en Europe, nous sommes dans une telle période de turbulences. Je m’attends à avoir, à la prochaine édition d’Art Basel en juin prochain, davantage d’art politique et moins d’art concentré sur les seuls enjeux formels.

Ce sera intéressant pour tout le monde: les visiteurs, les collectionneurs, les curateurs d’expositions, les directeurs de musées. Dans ces moments-là, la médiocrité est inopérante. Seules comptent la force du propos et la qualité des œuvres.» 


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