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Le si joli temps des PTT

Mis en ligne le 03.11.2016 à 05:56
«Une vie  de facteur».  De Jean-Jacques Kissling. Editions Héros-Limite, 112 p. Vernissage le 3 novembre, 18 h, Payot Rive Gauche, Genève.

«Une vie de facteur». De Jean-Jacques Kissling. Editions Héros-Limite, 112 p. Vernissage le 3 novembre, 18 h, Payot Rive Gauche, Genève.

© Héros-Limite



Isabelle Falconnier

Témoin. Le facteur-photographe genevois Jean-Jacques Kissling traverse avec tendresse et colère dans «Une vie de facteur» trente-sept ans de service, stoppés par un licenciement.

C’était le joli temps des PTT où les facteurs s’arrêtaient pour boire le café ou l’apéro chez l’habitant, montaient les étages pour amener en personne les commandements de payer et consoler la veuve et l’orphelin ou aider à changer une ampoule. Puis sont arrivés les technocrates, les managers, les contrôleurs de rentabilité qui se sont mis à calculer la durée des tournées, parler rendement, faire passer des alcootests aux facteurs et licencier à tour de bras. 

Jean-Jacques Kissling a été l’un d’eux durant trente-sept ans dans le canton de Genève, avant qu’en 2014, on lui signifie son congé définitif à plus de 50 ans. Une vie de facteur n’est pas une vengeance: c’est une lettre d’amour à son métier. Son vrai métier: pas celui qu’il a quitté, certes la mort dans l’âme, mais désolé d’avoir assisté à la cruelle mutation de la régie fédérale en société de droit public qui délocalise une partie de ses activités au Vietnam.

Jean-Jacques Kissling a 8 ans lorsque son père, lui-même facteur dans le quartier des Eaux-Vives, meurt d’une pneumonie. Au dos de la photo de son père qu’il trimballe ensuite, un article tiré du journal La Suisse. Ondine, la rédactrice de la rubrique Qu’en pense-t-elle, rend hommage au disparu: «Grâce à lui, mon quartier a été pendant vingt ans un quartier heureux.»

En 1977, Jean-Jacques commence à son tour son apprentissage de facteur. Cointrin, Meyrin, Satigny, Vernier, Perly, il parcourt tous les chemins du canton en tant que SLED, Sans lieu d’emploi déterminé, statut flexible qui lui permet de collectionner les heures supplémentaires bien payées: parfait pour un passionné de voyages et de photographie comme lui. 

Feu les facteurs 

Mais au fil des ans et des réformes, au facteur qui se voyait comme un assistant social, un dépanneur, un confident, on ne demande plus que d’acheminer lettres et paquets le plus rapidement possible. La tournée de l’après-midi est supprimée, le courrier B fait son apparition, les salaires baissent, les bureaux des villages ferment, les acquis sociaux fondent, les machines font le tri, les cartes postales disparaissent du lot. Kissling se rebiffe, soutient avec inconscience que boire un verre avec la clientèle est bon pour l’image de l’entreprise.

Ce récit qu’il livre comme un «paquet de souvenirs» montre avec tendresse, brutalité, sans chichis ni effets de manches, avec mal-adresse et une candeur rageuse le choc entre un pragmatique humaniste et une entreprise qui ne peut plus, ne souhaite plus tenir compte des individualités. Sinistre paradoxe: il n’y avait pas plus loyal à son métier, à sa passion, à son entreprise que Jean-Jacques Kissling, qui pourtant se retrouve dans sa lettre de licenciement accusé de «déloyauté».

C’est un témoignage engagé, non une enquête: il n’y a qu’un seul point de vue, celui d’un facteur original, forcément blessé, fiérot, bohème. C’est pour cela qu’Une vie de facteur paraît dans la collection Tuta Blu des éditions genevoises Héros-Limite dirigées par l’engagé Alain Berset – Tuta Blu comme le «bleu de travail» de l’ouvrier d’usine, Tuta Blu qui entend rendre compte «des réalités du monde du travail, actuelles ou passées».

Ont déjà paru, avec succès, Le suppléant de l’Italien Fabrizio Puccinelli et Les deux bouts du Parisien Henri Calet, deux textes écrits dans les années 50. Avec Jean-Jacques Kissling, c’est donc la réalité suisse et contemporaine qui s’installe sans vergogne dans la collection.

Pour son dernier jour de travail, le 31 décembre 2014, Kissling enfile la casquette de son père, modèle 1954, avec l’insigne PTT en métal coiffé du drapeau suisse. Personne ne songera à lui organiser un pot de départ.


Hebdo » Culture


matahari Vous avez raison de rendre hommage à cette profession .Rares pourtant ceux qui ont offert des cafés faute de trop de portes d'entrées cadenassées transformant les habitats en prison personnelle
Ceux qui avaient leur propre maison pouvaient s'offrir leurs sourires et partager les potins du village .hélas tout fout le camp comme dirait celui qui une fois retraité s'est transformé en livreur à domicile pour aider sa fille ayant repris une ancienne épicerie .Grâce à ce genre de liens les isolé/es se sentent moins seul(es et tous sont ravis d'être sur la même longueur d'ondes avec des hommes de leur âge pour pouvoir enfin re papoter sur un passé partagé par tous
Cependant rien n'empêche de donner au facteur une bonne main de temps en temps ou de faire une pâtisserie pour ceux du guichet
Un peu de savoir vivre n'a jamais tué personne au contraire il favorise les liens entre humains
07.11.2016 - 09:19

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