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Littérature romande: génération 2014

Mis en ligne le 28.08.2014 à 06:00

Isabelle Falconnier

Rentrée. Ils s’appellent Bastien Fournier, Claire Genoux, Anne-Frédérique Rochat, Florian Eglin, Max Lobe ou Noëlle Revaz. Ils représentent la sève vive et l’espoir de la littérature romande. «L’Hebdo» a aimé leur nouveau livre et les a réunis dans un lieu hautement symbolique de l’histoire de la vie culturelle romande, le Café Romand à Lausanne, pour une photo événementielle.

Découvrez les coulisses du shooting photo. 

Lausanne, Café Romand, dimanche 24 août. Anne-Frédérique Rochat a adopté le chapeau de Florian Eglin, qui n’a pas oublié le cigare parce qu’on est entre plumitifs. Stéphane Bovon verse le blanc et fait pouffer ses voisines. Olivier Sillig s’amuse d’être l’ancêtre du jour. Dunia Miralles a apporté son plus bel éventail rose, Max Lobe son pull rouge. Claire Genoux sourit à tout le monde. Ils se claquent des bises, ravis de se retrouver dans ce haut lieu de l’histoire culturelle et littéraire de Suisse romande. Aux petits soins, le patron du Café Romand Christian Suter, qui a repris l’établissement il y a trois ans au départ à la retraite de la mythique patronne Christiane Péclat, amène les cafés et le chasselas St‑Amour de Lavaux à cette bohème version 2014.

Ils sont douze écrivains romands. Ce ne sont plus des débutants mais ils ont encore la vie et leur carrière devant eux. Ils ont 30, 40 ans. Ils habitent Vevey, Genève, Lausanne, Yverdon, Bienne, Ollon ou La Chaux-de-Fonds. Ce sont eux qui font vivre la littérature romande aujourd’hui, qui la feront vivre demain en racontant les histoires que leur vie et leur imaginaire, respirant l’air d’ici, leur murmurent tout bas. Ils sont le cœur, les tripes et la vigueur d’une région francophone pour qui l’expression écrite a toujours été essentielle. Chacun d’eux publie cette rentrée un nouveau roman que L’Hebdo a aimé. Disparates, au premier regard: Bastien Fournier met les pieds dans le plat avec un polar mettant en scène l’assassinat d’un avatar de Freysinger, Noëlle Revaz livre une satire du monde de l’édition, Max Lobe une chronique amoureuse et filiale douce-amère, Valérie Gilliard met en scène un fait divers tragique, Olivier Sillig un prof de latin confronté à la mort d’une jeune junkie aussi cabossée que les héros de Dunia Miralles. Et pourtant: quelle liberté de ton, quelle créativité thématique, quelle exigence littéraire décomplexée en commun, quelle belle santé. A sa table du Café Romand, Jacques Chessex se frotte les mains: après lui, ce n’est pas le déluge.

Ces auteurs, hormis Claire Genoux et Bastien Fournier, signeront leur ouvrage au Livre sur les quais à Morges (5-7 septembre). Sur www.hebdo.ch, découvrez le making of de la photo.


(1) Claire Genoux
La lumineuse, douée et discrète Claire Genoux, née à Lausanne en 1971, Prix de poésie Ramuz en 1999, a la poésie dans le sang avant tout. Elle se lance dans la fiction avec les nouvelles de Poitrine d’écorce en 2000. Elle vit à Lausanne avec sa fille Margaux. 

La barrière des peaux
Beau récit poétique, le premier roman de Claire Genoux raconte l’histoire de Luna et Rémi, qui attendent leur nouvelle maison, et de Luna et sa mère, qui est partie quand elle était petite. Lorsqu’elle tombe enceinte, la mécanique de son cœur et de sa vie se grippe. IF
Bernard Campiche, 208 p. 


(2) Max Lobe
Voix et personnalité joliment attachantes, Max Lobe est né à Douala, au Cameroun, en 1986. Il est arrivé en Suisse à l’âge de 18 ans et vit à Genève. Son premier roman, 39, rue de Berne (Zoé), a gagné le Roman des romands cette année. Il irrigue joyeusement la littérature romande.

La trinité bantoue
Le deuxième roman de Max Lobe fait mouche avec un récit aussi drôle que poignant mêlant une tendre romance entre garçons, la quête décourageante d’un travail et l’accompagnement d’une mère qui a le cancer. Le tout porté par un narrateur joyeusement désabusé à la langue bien pendue. IF
Zoé, 208 p. 


(3) Philippe Testa
Rockeur dandy et rageur viré prof dans un collège secondaire de Lausanne et écrivain, né en 1966, père de famille lausannois, Philippe Testa a publié son premier roman, Far West/Extrême-Orient en 2004 chez Navarino. Il publie Love en 2006 et Sonny en 2009.

Le crépuscule des hommes
Le quatrième roman de Philippe Testa suit deux amis lausannois plus ou moins mariés qui philosophent avec un cynisme de bon aloi sur les raisons qui les poussent à ne pas tout à fait désespérer, soit l’amour, la nature, le sexe et la poursuite du bonheur. Par ailleurs le plus beau visuel de couverture de la rentrée. IF
L’Age d’Homme, 363 p. 


(4) Bastien Fournier
Inventif et ambitieux, né à Sion en 1981, enfant de Fully installé à Vevey après des études à Paris, le brillant esthète est l’auteur prolifique d’une dizaine de romans ou pièces de théâtre baroques, dont Pholoé, La fugue ou Salope de pluie.

L’assassinat de Rudolf Schumacher
Voilà un livre malin. Détournant le genre du polar, Bastien Fournier imagine un homme politique beau parleur et portant catogan retrouvé assassiné devant sa télévision, quelque part dans un pays de vallées. Meurtre politique ou passionnel? C’est l’attachant inspecteur Armand Fauchère qui s’y colle. Piquant, téméraire, portrait vitriolé d’un homme et d’un milieu politique peu goûtés par l’auteur. IF
L’Aire, 160 p.


(5) Valérie Gilliard
La belle et classieuse Valérie Gilliard est née à Lausanne en 1970. Enseignante au gymnase d’Yverdon après quelques pérégrinations américaines, elle publie un premier roman en 2009, Le canular divin (L’Aire), confession de Zora, ex-gamine des années 70 qui donne sa démission pour vivre un illusoire Ailleurs. 

Le canal
Un vendredi à 16 h, une fillette et sa poupée tombent dans le canal de la Thièle à Yverdon. Tour à tour, les témoins plus ou moins compatissants – le pêcheur, le passant, la baby-sitter, la mère – donnent leur version du drame. Qui, par la grâce d’une écriture lumineuse et fine, laisse la place à un conte de fées bienfaisant, à l’écoute d’une rivière qui devient le personnage central et magique. IF

L’Aire, 120 p. 


(6) Anne-Frédérique Rochat
Née à Vevey en 1977, sortie du Conservatoire de Lausanne en 2000, la pétillante, chaleureuse et fine comédienne et dramaturge (Apnée, Les éoliennes) se lance dans le roman avec Accident de personne en 2012. Bonne nouvelle: sa voix musicale et son sens de la narration font mouche.

A l’abri des regards
Anaïs a 36 ans, un mari, un métier et deux petites filles. Un matin, elle craque, quitte la maison, prend une chambre en ville chez un vieux taxidermiste. Excellent, le troisième roman d’Anne-Frédérique Rochat plonge avec empathie dans une crise existentielle qui mettra à jour un secret de famille bouleversant et habilement amené... IF
Luce Wilquin, 320 p.


(7) Julien Bouissoux
Né en Auvergne en 1975, Julien Bouissoux a vécu à Londres, Toronto, Seattle et Budapest avant de s’établir en Suisse. Plutôt cohérent, pour l’auteur de Voyager léger ou d’Une odyssée, ses premiers livres publiés à L’Olivier. Il est aussi coscénariste du film Les grandes ondes (à l’ouest), de Lionel Baier.

Une autre vie parfaite
Neuf nouvelles sur la déglingue des sentiments, avec une prédilection pour les quadragénaires cabossés et gaffeurs. Des vies qui attendrissent, au moment où elles basculent et se froissent. Comme des courts métrages alliant la mélancolie et la drôlerie d’un Charlie Chaplin. JB
L’Age d’Homme, 109 p. 


(8) Olivier Sillig
Venu à l’écriture sur le tard, le prolifique Lausannois né en 1951 aime prendre des risques. Bricoleur de génie, cinéaste et écrivain, il touche à tous les genres (historique, érotique, science-fiction…) avec des succès inégaux mais une frénésie réjouissante. Ses coups de maître: Bzjeurd (Folio) et Skoda (Buchet Chastel).

Le poids des corps
Un ex-prof de latin recueille une jeune droguée. Elle sera retrouvée morte. Ce polar intimiste explore les sentiments les plus sombres, les plus humains. Comme souvent chez Sillig, il est question de dévoration. La vie de ses héros, vue au ralenti, devient «picturale» et acquiert une beauté spectrale. JB
L’Age d’Homme, 165 p.


(9) Noëlle Revaz
La mystérieuse Valaisanne née en 1968 a fait une entrée fracassante en littérature en publiant Rapport aux bêtes en 2002 chez Gallimard. Le texte a été depuis adapté au théâtre et au cinéma. Installée à Bienne où elle enseigne à l’institut littéraire, elle a publié un deuxième roman, Efina, chez le même éditeur en 2009.

L’infini livre
La vie d’une écrivaine dans un futur proche. Une fable d’anticipation dans un monde devenu absurde, où plus personne ne lit les livres, devenus des objets de consommation sans contenu. On pense à Orwell ou à Bradbury. Drôle, grinçant et claustrophobique, ce conte finit par une échappée belle. JB
Zoé, 320 p.


(10) Dunia Miralles
La Neuchâteloise qui vit à La Chaux-de-Fonds est comédienne de formation. Elle gratte l’os des névroses contemporaines, qu’elles soient glauques ou ordinaires (Swiss Trash, Fille facile).

Inertie
La chute de Béa, quadra agoraphobe qui perd son travail. Sa vie, à La Chaux-de-Fonds, et celle de ses voisins, martelées par des phrases courtes qui disent la violence de la dépression nerveuse. Une spirale d’autodestruction, marquée toutefois par de belles rencontres (Prune, une petite fille, et Fluvio, un immigré italien). Une littérature en prise avec les réalités sociales. JB
L’Age d’Homme, 274 p.


(11) Stéphane Bovon
Employé de commerce devenu enseignant, Stéphane Bovon, né en 1970, est un éditeur d’objets littéraires non identifiés. Il a fondé à Vevey les Editions Castagniééé puis Hélice Hélas. Fan de Louis de Funès, il est également illustrateur de BD sous le pseudo de Macbe.

La lueur bleue
Enquête aux Dents-du-Midi sur l’assassinat de Shriptar Ruchet, et recherche des ruines d’une antique capitale celte. C’est le deuxième volume d’un cycle volontiers potache dont la générosité n’a pas d’équivalent en Suisse romande. Ce «roman initiatique et
grand-guignol» est avant tout une aventure du langage, avec de beaux dessins. A la fois enquête policière et caricature de l’Helvétie. JB
Gérimont II, Olivier Morattel, 274 p.


(12) Florian Eglin
Beau judoka au style littéraire souple et violent, cet enseignant genevois né en 1974 a publié l’an passé son premier roman:  Cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal. 
(Roman brutal et improbable).

Solal Aronowicz: une résistance à toute épreuve… Faut-il s’en réjouir pour autant?
Délicatement rétro dans l’écriture (les titres à rallonge et les clins d’œil aux lecteurs), voici pourtant un roman au contenu cash, ironique et volontiers provocateur. Ce sont les «exploits» de Solal, héros subversif et prédateur, un «salopard» fini, qui avance dans des phrases de velours. La mi-temps d’une trilogie qui dépeint en creux notre société vorace. JB
La Baconnière, 300 p.


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