Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous vous informons que le dernier numéro de L'Hebdo paraîtra exceptionnellement le vendredi 3 février 2017.

En vous remerciant de votre compréhension.

Texte plus petit Texte plus grand Imprimer cette page

Livre: Claire Genoux poétesse «Orpheline»

Mis en ligne le 19.05.2016 à 05:55

Isabelle Falconnier

En littérature, on se fout de l’authenticité. C’est bon pour les documents chocs et les témoignages qui font pleurer dans les chaumières. On est d’accord avec Cendrars, qu’il ait pris ou non son Transsibérien importe peu. En littérature, on veut que ça sonne juste, ce qui n’est pas la même chose. En littérature, on se fout de la forme. Roman, nouvelles, poésie: l’important est la puissance évocatrice, le décollage immédiat, ou pas, qui se fait en plongeant dans le texte.

Orpheline, le nouveau livre de Claire Genoux, née à Lausanne en 1971, Prix Ramuz de poésie 1999, sonne juste, extrêmement juste. Vous lisez ses mots et, instantanément, vous adhérez. Vous savez ce qu’elle veut dire. Vous éprouvez ces émotions puissantes que sont le chagrin, et son corollaire l’espérance, vous sentez l’odeur des lieux, vous enterrez sa mère avec elle. Et après avoir lu son livre, qui est de fait un recueil d’une centaine de poèmes courts répartis en neuf chapitres, vous ne savez plus vraiment si vous avez lu un roman, ou des nouvelles, ou vu un film, ou fait un rêve.

C’est très troublant. Et clairement dû à la puissance de la plume de Claire Genoux. Ce que vous savez, c’est qu’une mère est morte, que sa fille l’a accompagnée dans la maladie, puis la mort, dans sa maison entourée d’arbres, l’a enterrée avec ses deux sœurs dans un cimetière où, très vite, les enfants ont couru entre les tombes, et qu’elle apprend peu à peu à penser à elle sans pleurer.

Claire Genoux parle de l’écriture du deuil («Ecrire est ma réponse/à ces deux corps/jadis greffés l’un à l’autre»), de la séparation («Ça pourrait rendre fou/d’avoir été abandonnée comme ça»), de ce qu’on doit, ou pas, aux morts («Je te promets/je me souviendrai de tout»), des rituels de la mort («On a fait ça ensemble/nous/tes filles/on l’a fait comme si on avait toujours su/qu’un jour on le ferait»), des grands orphelins («L’âge qu’on a quand tu pars/maman/quarante-deux ans/personne ne songe à le demander»). Sa langue est vertiges, respirations, simplicité, corps, lumière et douleur. On pense à Duras, Jaccottet, Woolf, Chessex, Ramuz. Orpheline est poignant, pudique et impudique, fluide, condensé. Aimant.


Hebdo » Culture


Ajouter un commentaire

Pour commenter les articles de L'Hebdo et des blogs, vous devez être connecté. Créez un compte ou identifiez-vous.
L'Hebdo

Cette semaine
dans l'hebdo

ePAPER


Idées & débats

Réactions



Projecteurs

Le Forum des 100



Les rendez-vous du Forum



Nos Hors-séries

Voyages


Prix des lecteurs