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Des robots et des hommes

Mis en ligne le 28.01.2016 à 06:00

Alain Jeannet

On nourrit avec la technologie un rapport quasi religieux. Comme s’il n’y avait pas de limites à la capacité des ingénieurs à répondre aux problèmes de l’humanité. La Mecque se trouve à Silicon Valley. Et Google, comme nulle autre entreprise, incarne l’ambition de transformer les domaines de l’information, de la santé, de l’énergie, de la mobilité.

Ceux qui, à l’inverse, voient les développements des techniques et de la science comme l’œuvre irréversible de dieux malfaisants hurlent à l’évocation de la quatrième révolution industrielle.

A Davos, lors du World Economic Forum, les grands industriels et les banquiers, les pirates de la nouvelle économie, les politiques et les éminents chercheurs, tous étaient d’accord pour dire que cette fameuse évolution est avant tout sociale. On a évoqué le risque d’un fossé numérique croissant. On s’est gargarisé de l’augmentation des inégalités sans même tempérer le diagnostic. On parle beaucoup, mais, dans le même temps, rien n’est entrepris pour corriger le tir.

Si les robots sont en effet sur le point de détruire des dizaines de millions de jobs, si les programmes informatiques vont remplacer la plupart des tâches répétitives dans les usines mais aussi dans les bureaux, il faudrait aller au-delà des beaux discours, et vite.

Dans le passage de l’ère agricole à la société industrielle, il a fallu, pour répondre au choc de la transition, imposer l’éducation gratuite pour tous. Une idée radicale, on l’a oublié. Les pays qui ont le mieux réussi? Ceux qui ont mis en œuvre cette révolution le plus rapidement. Merci monsieur Pestalozzi, qui fut un pionnier en Suisse et en France.

Comment faudrait-il transformer l’école pour nous préparer à la quatrième révolution industrielle? Les futurs emplois exigeront plus de créativité, plus d’esprit d’entreprise, mais aussi plus de compétences sociales, notamment dans les soins à la personne. La discussion ne fait que commencer.

Pour pallier un chômage qui s’annonce massif, il faudra aussi oser des idées radicales. D’ailleurs, les entreprises de la Silicon Valley ont, encore une fois, une longueur d’avance. Elles engagent, comme chez Google, encore lui, des philosophes, des sociologues, des économistes. Il y aurait aussi pour les chercheurs en sciences humaines une infinité de sujets essentiels à empoigner.

Personne ne lui donne le début d’une chance, mais l’initiative sur le revenu de base inconditionnel, sur laquelle les Suisses voteront d’ici à la fin de cette année, aura au moins le mérite de nourrir la réflexion sur la création et la redistribution des richesses. En l’occurrence, les initiants sont ancrés à gauche. Historiquement, ce principe a plutôt été promu par des ultra­libéraux comme les économistes Friedrich von Hayek et Milton Friedman.


Au final, seul compte le mérite des idées. Quel que soit leur ancrage idéologique. Il faut tout faire pour ne pas régresser dans une forme de Moyen Age 4.0.


Hebdo » Edito


Claudec Nous entrons résolument dans l'ère de la robotisation. Après avoir conquis des pans entiers de l'industrie et des sciences, où ils accomplissent des exploits interdits à ceux qui les ont précisément conçus pour cela, partout les robots investissent notre quotidien. D'abord affectés à des tâches hautement spécialisées, ils peuvent en accomplir bien d'autres, plus banales, dans d'innombrables domaines de la vie courante. Où cela s'arrêtera-t-il ? Ils se substituent même aux animaux domestiques, dans l'accomplissement des tâches les plus ingrates que leur réservait encore l'homme ; les condamnant au chômage et à l'abattoir. À propos de chômage : les adeptes de robotique restent assez discrets sur celui des multitudes que les robots remplacent d'ores et déjà, et qui n'en croissent pas moins pour autant. Mais l'objet de ce commentaire n'est pas d'inciter à un remake de la révolte des canuts*. Laissons cela aux Chinois, peuple parmi les premiers concernés par les questions de surpopulation et pourtant client majeur de la robotique. Il est toutefois permis de se demander si les robots parviendront à une autonomie suffisante ; s'ils seront un jour assez intelligents et puissants pour devenir des opérateurs susceptibles d'aider les hommes à s'affranchir des problèmes d'emploi qu'ils risquent au contraire d'aggraver ?

Conçu par l'homme, le robot serait promis à être un jour en mesure de se reproduire et de se perfectionner de lui-même, ce qui en ferait un acteur à part entière de l'activité et du progrès, en attendant de devenir un véritable partenaire social – À quand les syndicats de robots revendiquant l'insertion de leurs adhérents dans la pyramide sociale (à moins d'en faire l'effectif qui manque à nos syndicats actuels) ? Ils devraient alors, du moins dans un premier temps, se contenter d'en rejoindre la base, puisqu'en principe indifférents à la richesse, et se satisfaire du niveau zéro de cette dernière. Reste à savoir s'il en résulterait un surclassement des êtres humains qui s'y trouvent. Le robot saura-t-il accomplir ce en quoi l'homme échoue depuis toujours : vaincre la pauvreté ? Quoi qu'il en soit, il est permis de douter que son avènement puisse annoncer davantage de justice sociale.

Ce sera encore pour longtemps l'affaire des êtres humains que d'essayer de régler des problèmes qui relèvent de leur condition dans ce qu'elle a de plus incontournable. Il y a fort à parier qu'aussi bien programmés puis auto-programmés qu'ils puissent être, les robots, par défaut de sentiments davantage que de conscience, donc de compassion, ne trouveront rien à y changer. Le problème pourrait pourtant évoluer du fait que les catégories sociales qui peuplent la pyramide du même nom seront toutes poussées vers le haut par le peuple des robots qui viendra les y rejoindre. Mais comment et dans quelle mesure ? S'ils semblent pouvoir améliorer le confort matériel de la société par leur habileté et leur productivité sans failles, le moment est encore loin où ils seront capables de soigner les défauts caractériels de ceux qu'ils remplaceront dans toutes leurs tâches. Il est par contre à craindre que leur existence et leurs performances seront les excitants supplémentaires d'une vanité et d'un "toujours plus" qui font nos malheurs.


* Une remarque s'impose cependant :
Depuis l'introduction des métiers à tisser, ancêtres des modernes robots, surgis à l'aube de la première révolution industrielle pour remplacer ou compléter une main d'œuvre devenant insuffisante face à une demande en croissance exponentielle, l'objection qui faisait taire les opposants à l'automatisation naissante des tâches, a été que de nouvelles activités naîtraient de cette automatisation. Et l'argument s'est avéré recevable. Il faudrait de nouveaux concepteurs, ingénieurs, entreprises et sous-traitants avec de toujours plus nombreux employés et ouvriers de tous niveaux et qualifications pour produire ces équipements d'un nouveau genre. Mais avec les robots de demain, capables d'en inventer et d'en produire d'autres plus perfectionnés qu'eux-mêmes, il adviendra que ce seront toutes les activités qui s'automatiseront et pourront se passer de cette intervention des hommes désignée par le nom désormais banni de travail. Ce qui pose en des termes bien différents la question de l'emploi, ou plus exactement du non emploi de ces mêmes hommes.
Il faut en effet être conscients qu'après que la conception, la production, la mise en œuvre et l'entretien des robots sophistiqués du futur aient nécessité des investissements considérables, ces mêmes robots seront capables de se concevoir (donc de se perfectionner), se produire et s'entretenir eux-mêmes.
Une autre question de pose : de quelle manière les résultats qu'un tel processus permettra de générer profiteront-ils à une population humaine enfin stabilisée ? Se satisfera-t-elle, après s'y être elle-même condamnée, de les regarder proliférer et produire encore plus qu'elle ne l'aurait jamais fait ? Qu'adviendra-t-il de l'humanité lorsque ses membres actifs auront délégué leurs tâches et même la programmation de ces tâches à leurs remplaçants ?
Dans le meilleurs des cas (et le meilleur des mondes), il lui restera, dans une richesse matérielle généralisée et une justice sociale complète et définitive, les loisirs, les arts, le sport, ... non lucratifs et gratuits pour tous.

Cette nouvelle humanité saura-t-elle s'en satisfaire ? Et quid de l'altérité et surtout de la planète ?

Mais peu importe, là encore les robots au service de la curiosité des hommes les auront conduits ailleurs.
28.01.2016 - 08:43
dEXtEr1ty Bonjour,

Vous dites "les initiants sont ancrés à gauche."

J'aimerais savoir sur quelles informations vous vous basez pour affirmer cela ? Aucun des initiants n'est un représentant d'un parti ; ce sont uniquement des citoyens indépendants qui supportent activement l'initiative. Elle n'est actuellement, à ma connaissance, ni officiellement portée ou financée par un groupe politique en place.
S'il n'y a pas de prise de position claire actuellement, c'est parce que le sujet du revenu de base inconditionnel divise les différents partis en interne, ce qui démontre bien que l'objet touche tout le spectre gauche/droite.

Merci d'avance pour vos éclaircissements.


Clément E.
29.01.2016 - 11:55

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