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Architecture: le nouvel atout suisse du MoMA

Mis en ligne le 05.03.2015 à 05:53

Clément Bürge

PORTRAIT Début mars, Martino Stierli a pris la tête du département d’architecture et de design du Museum of Modern Art de New York,
ce qui fait de ce Zurichois l’un des conservateurs les plus influents de la planète.


C’était le 12 février 2014.
Martino Stierli débarquait dans la «ville des vents». L’hiver glaçant de Chicago battait son plein. Ce professeur d’histoire de l’art à l’Université de Zurich se rendait à la conférence annuelle de la College Art Association pour y présenter l’un de ses derniers articles. Une journée assez ordinaire en somme jusqu’à ce que, en fin d’après-midi, son téléphone sonne. Au bout du fil, Peter Reed, le directeur adjoint du Museum of Modern Art de New York. Bref échange de politesses, puis l’homme va droit au but: Barry Bergdoll, le directeur du département d’architecture et de design du MoMA, quitte le musée. Le poste est libre. Martino Stierli veut-il prendre sa place? En acceptant ce job, le Zurichois deviendrait l’un des conservateurs les plus influents de la planète.

Venturi et Brown

Jusque-là, Martino Stierli a toujours travaillé dans le monde académique. Etudes de lettres d’abord, suivies d’un doctorat en histoire de l’architecture à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Et puis, année après année, une carrière qui se dessine et le pose comme l’un des jeunes chercheurs les plus remarqués de Suisse. Sa spécialité: le modernisme et le postmodernisme en architecture. Une recherche principalement concentrée sur les travaux des Américains Robert Venturi et Denise Scott Brown. «Il s’agit d’architectes rebelles, qui ont forgé le postmodernisme en architecture, explique-t-il. Venturi et Brown sont notamment partis à Las Vegas dans les années 60 pour étudier l’architecture de cette région comme un sujet d’études valable, à un moment où personne ne prenait cette ville au sérieux.» Les signes en néons, le kitsch, et les faux détails historiques sont ainsi devenus, grâce à eux, des sujets dignes d’intérêt dans les écoles d’architecture américaines. «C’était totalement tabou à l’époque!» s’exclame Martino Stierli.

«Sa thèse de doctorat sur leur travail sert de texte de référence», explique Stanislaus von Moos, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Zurich qui a supervisé ses recherches. De cette thèse, il a tiré un livre, Las Vegas in the Rearview Mirror, puis une exposition mettant en scène des photographies d’archives prises par Robert Venturi et Denise Scott Brown, à Las Vegas. Une installation qui a fait le tour du monde: Yale, Los Angeles, Melbourne, et, en été 2015, les Rencontres de la photographie, à Arles.

Mais ce qui a aussi fasciné le MoMA, ce sont ses recherches lancées en 2012. Une étude des liens entre l’architecture, la photographie et la vidéo, pour laquelle Martino Stierli a obtenu une bourse du Fonds national suisse et un financement sur quatre ans lui permettant d’engager trois personnes. «Les bâtiments gagnent leur pouvoir symbolique grâce à la photographie et au film», explique le chercheur. Dans son étude Brave New World, il étudie par exemple le travail du photographe Tor Seidel sur Dubaï et l’impact de la crise économique sur une série de gratte-ciels dans la région.

Arrivée au MoMA

Ce 12 février 2014, Martino Stierli est stupéfait d’entendre la proposition de Peter Reed. Il n’a jamais travaillé dans un musée, ni pensé le faire un jour. Sans parler de reprendre les rênes de l’une des institutions les plus prestigieuses de la planète. «Quand le MoMA vous appelle, vous ne faites pas le difficile, vous acceptez, un point c’est tout.» Martino Stierli rencontre alors Glenn Lowry, le président du musée, puis effectue quatre allers-retours entre Zurich et New York pour se présenter à différents membres de l’institution et à son légendaire comité de nomination. En mai 2014, il est confirmé dans la fonction de chef du département d’architecture et de design du musée, pour une entrée en fonction en 2015. C’est ainsi que début mars, il est devenu à 40 ans le plus jeune des sept conservateurs en chef dirigeant le MoMA, rejoignant par la même occasion le Genevois Christophe Cherix à la tête du musée.

«Le MoMA veut influencer le débat académique et souhaite donc engager des personnes capables de faire de la recherche de qualité, raconte-t-il. Mes connaissances interdisciplinaires, entre la photo, la vidéo et l’architecture, les ont convaincus que j’étais le bon candidat.» En tant que chef du département d’architecture et de design, Martino Stierli accomplira principalement deux tâches: «La première consiste à exposer de manière intelligible les œuvres détenues par le musée, explique Barry Bergdoll, son prédécesseur. La seconde consiste à compléter la collection du musée, pour s’assurer qu’elle continue à être la plus complète du monde.» En outre, Martino Stierli devra également combler quelques «trous» dans la collection du MoMA, notamment par une série d’œuvres sur les architectes italiens des années 60, jugés peu importants à l’époque et considérés aujourd’hui comme fondamentaux.

L’ancien professeur d’histoire de l’art compte également marquer le musée de son empreinte. «Depuis le début du mois, le MoMA consacre une grande exposition à l’architecture latino-américaine de l’après-guerre, qui a longtemps été oubliée, explique-t-il. Cette région du monde, et le Sud en général, a été délaissée par l’histoire de l’art et les musées, qui se sont concentrés sur l’Europe et les Etats-Unis. Je veux présenter plus d’œuvres et d’architectes originaires de l’Inde, de l’Afrique et de l’Amérique latine.» A l’avenir, Martino Stierli souhaite également une sélection plus pointue des architectes exposés: «Je me méfie du star-système, je veux présenter les artistes sous forme thématique plutôt que me focaliser sur un seul grand nom», dit-il.

Et si le Suisse a su séduire la prestigieuse institution, c’est qu’il incarne la nouvelle orientation du MoMA, la volonté de briser les barrières entre les sept départements du musée: «Je ne veux pas organiser des expositions consacrées à un seul médium. Je compte mêler la photo, la vidéo et la photographie.» Un credo qu’il mettra en œuvre en 2016 pour le 50e anniversaire de la publication du livre phare de Robert Venturi, Complexité et contradiction, en organisant un symposium consacré à l’un de ses architectes fétiches.


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