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Histoire: les stations de ski finiront-elles au musée?

Mis en ligne le 07.02.2013 à 06:00

Premier remonte-pente Funiluge à Crans-Montana, vers 1930. Une vingtaine de personnes y prennent place.

Premier remonte-pente Funiluge à Crans-Montana, vers 1930. Une vingtaine de personnes y prennent place.

Premier téléphérique de Suisse reliant Grindelwald au Wetterhorn. Il est fermé en 1915 et démantelé en 1934.

Premier téléphérique de Suisse reliant Grindelwald au Wetterhorn. Il est fermé en 1915 et démantelé en 1934.

Premier téléski de Suisse: le Bolgenlift à Davos (longueur 270 m), qui est aussi le premier du monde à arbalète.

Premier téléski de Suisse: le Bolgenlift à Davos (longueur 270 m), qui est aussi le premier du monde à arbalète.

Verbier années 1960. La station est en plein boom grâce à l’ouverture de la route en 1949 et celle du premier télésiège, à Médran, l’année suivante. Une télécabine la reliera à la gare du Châble dès 1975.

Verbier années 1960. La station est en plein boom grâce à l’ouverture de la route en 1949 et celle du premier télésiège, à Médran, l’année suivante. Une télécabine la reliera à la gare du Châble dès 1975.

Montana vers 1930. La station mécanise son domaine skiable dès 1936, année de l’ouverture du premier téléski. Elle sera pionnière quatorze ans plus tard en inaugurant la première télécabine de Suisse.

Montana vers 1930. La station mécanise son domaine skiable dès 1936, année de l’ouverture du premier téléski. Elle sera pionnière quatorze ans plus tard en inaugurant la première télécabine de Suisse.

Moléson vers 1970. Les «molécubes», qui viennent d’être achevés, se retrouvent au centre d’une polémique architecturale. Pendant ce temps, la station ne parvient pas à s’extraire des difficultés financières.

Moléson vers 1970. Les «molécubes», qui viennent d’être achevés, se retrouvent au centre d’une polémique architecturale. Pendant ce temps, la station ne parvient pas à s’extraire des difficultés financières.

Saint-Moritz en 1932. En décembre, un Fokker  de Swissair atterrit sur le lac, face à l’hôtel Badrutt’s Palace,  l’étendard de la station de la Haute-Engadine, dont le développement est ralenti depuis la Première Guerre mondiale.

Saint-Moritz en 1932. En décembre, un Fokker de Swissair atterrit sur le lac, face à l’hôtel Badrutt’s Palace, l’étendard de la station de la Haute-Engadine, dont le développement est ralenti depuis la Première Guerre mondiale.

Grimentz vers 1960. Le village, qui incarne l’idylle montagnarde estivale depuis près d’un siècle, ne s’ouvre que tardivement aux sports d’hiver. Ce n’est qu’en 1968 qu’il inaugure sa première remontée mécanique.

Grimentz vers 1960. Le village, qui incarne l’idylle montagnarde estivale depuis près d’un siècle, ne s’ouvre que tardivement aux sports d’hiver. Ce n’est qu’en 1968 qu’il inaugure sa première remontée mécanique.

  1. Histoire: les stations de ski finiront-elles au musée?

    Premier remonte-pente Funiluge à Crans-Montana, vers 1930. Une vingtaine de personnes y prennent place. © Charles Dubost, médiathèque Valais - Martigny
  2. Histoire: les stations de ski finiront-elles au musée?

    Premier téléphérique de Suisse reliant Grindelwald au Wetterhorn. Il est fermé en 1915 et démantelé en 1934.
  3. Histoire: les stations de ski finiront-elles au musée?

    Premier téléski de Suisse: le Bolgenlift à Davos (longueur 270 m), qui est aussi le premier du monde à arbalète.
  4. Histoire: les stations de ski finiront-elles au musée?

    Verbier années 1960. La station est en plein boom grâce à l’ouverture de la route en 1949 et celle du premier télésiège, à Médran, l’année suivante. Une télécabine la reliera à la gare du Châble dès 1975.  © Dany Verbier
  5. Histoire: les stations de ski finiront-elles au musée?

    Montana vers 1930. La station mécanise son domaine skiable dès 1936, année de l’ouverture du premier téléski. Elle sera pionnière quatorze ans plus tard en inaugurant la première télécabine de Suisse. © Charles Dubost, médiathèque Valais - Martigny
  6. Histoire: les stations de ski finiront-elles au musée?

    Moléson vers 1970. Les «molécubes», qui viennent d’être achevés, se retrouvent au centre d’une polémique architecturale. Pendant ce temps, la station ne parvient pas à s’extraire des difficultés financières.  © Dr
  7. Histoire: les stations de ski finiront-elles au musée?

    Saint-Moritz en 1932. En décembre, un Fokker de Swissair atterrit sur le lac, face à l’hôtel Badrutt’s Palace, l’étendard de la station de la Haute-Engadine, dont le développement est ralenti depuis la Première Guerre mondiale. © Keystone
  8. Histoire: les stations de ski finiront-elles au musée?

    Grimentz vers 1960. Le village, qui incarne l’idylle montagnarde estivale depuis près d’un siècle, ne s’ouvre que tardivement aux sports d’hiver. Ce n’est qu’en 1968 qu’il inaugure sa première remontée mécanique. © Treize étoiles, médiathèque Valais - Martigny

Avec la découverte du ski, il y a un siècle, les Alpes ont connu une transformation sans pareille. Un engouement qui a connu son apogée en 1990. Depuis lors, les stations subissent un déclin constant de leur...

Avec la découverte du ski, il y a un siècle, les Alpes ont connu une transformation sans pareille. Un engouement qui a connu son apogée en 1990. Depuis lors, les stations subissent un déclin constant de leur fréquentation.

Les quelque deux heures et demie d’ascension à peaux de phoque vers l’hôtel Weisshorn, établissement historique perché à plus de 2300 mètres d’altitude au-dessus du village valaisan de Saint-Luc, sont bien plus qu’une simple performance sportive. C’est une manière de revivre les premiers âges du ski, dans les années précédant la Première Guerre mondiale. Une ère sans remonte-pentes, où le randonneur était récompensé de ses efforts par le confort douillet du fumoir Belle Epoque suivi d’une fantastique descente dans la neige vierge où chacun fait sa propre trace.

La pratique du ski dans les Alpes suisses, c’est l’histoire de l’engouement de touristes fortunés pour un sport alors exotique, habilement exploité par des hôteliers et des entrepreneurs. Au point d’atteindre une popularité indiscutée et de créer des villes à la montagne comme Zermatt, Davos ou encore Verbier et Saint-Moritz (lire plus bas). C’est aussi l’image d’un loisir qui s’est généralisé à toutes les couches de la société avec l’essor économique des trente glorieuses, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

C’est encore le scénario d’une lente désaffection populaire sous la pression des coûts et de la concurrence croissante d’autres loisirs, en dépit de pics passagers, comme celui des dernières vacances d’hiver. Et qui laisse la montagne jonchée d’installations mécaniques sous-utilisées, embarrasse les stations de lits froids, de volets clos et de friches touristiques, ces immeubles de vacances qui demeurent désespérément vides.

Pour assurer leur survie, les responsables des stations «doivent comprendre la culture des nouvelles générations», avertit Reto Gurtner, le patron de l’un des domaines skiables les plus importants des Alpes, la Weisse Arena (Flims, Laax) dans les Grisons (lire son interview ici). Comment, d’un tel succès initial, les stations ont-elles pu perdre leur éclat? La candidature de Saint-Moritz et de Davos pour l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2022 pourra-t-elle donner une nouvelle impulsion à ce pilier de l’industrie suisse du tourisme?

01 Quand l’élite lance une mode

C’est aux alentours de 1895 que les premiers skis, d’origine norvégienne, ont fait leur apparition dans les Alpes suisses, apportés, comme beaucoup d’autres loisirs, par les riches touristes britanniques en villégiature. Notamment par l’écrivain Conan Doyle, qui séjournait alors à Davos. Cela faisait une trentaine d’années que ces visiteurs avaient pris l’habitude de meubler leurs longs séjours d’hiver, d’abord à Saint-Moritz, dans la pension de Johannes Badrutt, puis dans d’autres stations, en pratiquant déjà le curling, le bobsleigh, le polo, voire le cricket…

L’engouement pour le ski prend rapidement à la Belle Epoque (1896-1914). L’essor fantastique de ce sport s’accompagne de la création d’associations, du lancement des premières courses, avec le ferme encouragement d’hôteliers avisés, heureux de cette nouvelle activité qui leur attire une clientèle hivernale. Les ouvertures d’établissements se multiplient.

Deux Britanniques jouent un rôle clé, Henry Lunn et son fils Arnold. Missionnaire anglican et humaniste, le premier cherche à intégrer les sports d’hiver aux retraites religieuses. Installé d’abord à Grindelwald (Oberland bernois), il stimule ensuite le développement d’un lieu alors inconnu, Adelboden. Quant à Arnold, un amoureux de la montagne, il s’établit sur le Haut-Plateau, au-dessus de Sierre, où se bâtissent les tout premiers hôtels de Crans-Montana sous l’impulsion d’entrepreneurs locaux. Il y promeut la première compétition de descente, la Kandahar, en janvier 1911. Les concurrents s’élancent alors de la cabane du Wild­strubel (2793 m), à l’ouest de la Plaine Morte, où ils étaient montés la veille à peaux de phoque, en plus de six heures d’effort. Le plus rapide mettra exactement une heure et une minute pour réaliser la descente.

Après le coup d’arrêt de la Première Guerre mondiale, le ski regagne vite en popularité. Mais change de visage. «Les touristes de la Belle Epoque venaient de la haute société, étaient oisifs. Les années folles (1924-1929) voient la bonne bourgeoisie s’intéresser toujours plus à ce sport», relève l’historien Laurent Tissot, professeur à l’Université de Neuchâtel et auteur d’une Histoire du tourisme.

Les premiers Jeux olympiques d’hiver, qui se disputent à Chamonix en janvier et février 1924, alimentent l’image prestigieuse d’un sport associé aux classes supérieures de la société. Si les ouvertures d’hôtels sont moins nombreuses dans l’entre-deux-guerres, marqué par une crise prolongée du tourisme, les premiers chalets de vacances font leur apparition. «Ils sont construits selon l’idéal rousseauiste du refuge à la montagne et dont les premières réalisations ont été concrétisées paradoxalement à Paris et à Londres», souligne l’ethnologue Bernard Crettaz.

02 Le ski se mécanise

En dépit de la crise des années 30, le ski continue de se développer. Les premiers téléskis et téléphériques sont érigés, suivis, une décennie plus tard, par les télésièges et télécabines. Des stations climatiques jusque-là réservées aux tuberculeux commencent à se reconvertir dans les sports d’hiver, comme Davos ou, vingt ans plus tard, Leysin. L’entre-deux-guerres est aussi l’époque pendant laquelle l’essor des sports de glisse apparaît comme une condition essentielle à l’existence d’une station touristique. Certaines ne le comprennent pas, à l’instar de Finhaut. «Alors que c’était le lieu de villégiature le plus actif du Valais romand au début du XXe siècle, il est devenu aujourd’hui un village oublié pour n’avoir jamais pris le virage des sports d’hiver», commente Christophe Clivaz, chercheur à l’Institut universitaire Kurt Bösch, à Sion. De même, Faido, au Tessin, alors l’une des reines des Alpes, disparaît de la carte des villégiatures. Sa clientèle milanaise lui préfère le Trentin, redevenu italien à la faveur des traités de paix de 1919.

D’autres, au contraire, savent saisir l’occasion. Parmi elles Verbier. Alors que ce n’est encore qu’un pâturage dépeuplé l’hiver, formé de quelques mayens, émergent sur ce haut plateau d’abord un hôtel, puis une route. Quelques années plus tard suivent les premiers remonte-pentes. La station du val de Bagnes se développe alors selon le modèle le plus courant dans cette partie des Alpes: les propriétaires de chalets et les habitants du lieu financent la construction des remontées mécaniques avec l’appui des banques, ce qui renforce l’attractivité de la station et stimule l’activité immobilière.

03 L’âge d’or du sport de masse

Ce sont les trente glorieuses, ces décennies de folle expansion économique d’après-guerre (1945-75), qui libèrent le ski de son image élitiste pour le rendre véritablement populaire. Le boom des stations commence au milieu des années 50 en se fondant sur un modèle simple: plus les domaines skiables sont développés, plus les visiteurs sont nombreux, et plus ces derniers investissent dans des résidences secondaires.

Alors que les remontées mécaniques, financées par de larges souscriptions et des emprunts bancaires, ne dégagent qu’une faible rentabilité, les propriétaires fonciers et les entrepreneurs engrangent les formidables plus-values immobilières grâce à l’envol spectaculaire du tourisme.

Les montagnes se couvrent de chalets ainsi que d’immeubles dès la fin de la décennie. Et des villages apparaissent dans des lieux totalement inhabités jusque-là, comme au pied du Moléson, à l’instar des grandes créations françaises (Courchevel, Avoriaz) ou italiennes (Cervinia, Sestrières). Davos, Verbier, Gstaad et Crans-Montana deviennent des villes à la montagne.

Quant aux domaines skiables, ils ne semblent plus avoir de limites. Rodolphe Tissières, colonel d’infanterie, notaire à Martigny et promoteur de Verbier, cherche même à réaliser une liaison val d’Anniviers-val d’Hérens et un téléphérique au sommet du Pigne d’Arolla (3790 m) avec le soutien d’un autre officier supérieur valaisan, Roger Bonvin, conseiller fédéral de 1962 à 1973.

«L’apogée du ski est certainement atteint au lendemain des Jeux olympiques de Sapporo, en 1972, où les skieurs suisses remportent six médailles», souligne Laurent Tissot. En direct à la télévision – une première! –, Roland Collombin, Marie-Thérèse Nadig et Bernhard Russi montent au sommet du podium, sous la direction du directeur technique de l’équipe nationale, un certain Adolf Ogi, qui devient conseiller fédéral quinze ans plus tard.

C’est la grande époque des camps de ski et des vacances à la neige pour une majorité de Suisses. Mais aussi celle des files d’attente grandissantes aux remonte-pentes, des assiettes skieurs d’un goût douteux dans des restaurants d’altitude bondés et des premiers embouteillages sur les voies d’accès. Le réseau autoroutier n’entre pas encore dans les Alpes et le trafic s’écoule difficilement par les routes secondaires. Le film Les bronzés font du ski (1979) obtient un immense succès de par sa parodie de mœurs.

04 Les premiers doutes

Les travers du tourisme de masse en montagne finissent par entraîner une prise de conscience et un flot croissant de questions au milieu des années 70. «Le public commence à se demander pourquoi tout cela?» retient l’historien Laurent Tissot. La crise provoquée par le premier choc pétrolier de 1973 donne du relief aux préoccupations écologistes, sur fond d’inquiétudes face au suréquipement des montagnes et de l’explosion immobilière. Eclatent alors les premiers affrontements entre patrons de stations et défenseurs de la nature. Les sujets de discorde: les déboisements massifs – par exemple sur le Mont Noble, près de Nax, et sur la piste de l’Ours, à Veysonnaz – ou encore l’implantation des premiers canons à neige.

Le débat, sur le plan académique, n’est cependant pas neuf. En 1945 déjà, l’architecte Armin Meili, bâtisseur de l’Exposition nationale de Zurich, en 1939, mettait en garde les stations contre les débordements d’un développement anarchique. Il envisageait, pour Verbier, «la construction d’hôtels pavillonnaires afin d’éviter des dégâts au paysage», rappelle Rafael Matos, professeur de gestion touristique à la Haute Ecole spécialisée (HES) de Sierre.

En 1975, le directeur de la Fédération suisse du tourisme, Jost Krippendorf, directeur de l’Institut de recherche sur le tourisme de l’Université de Berne, publie un brûlot, Die Landschaftsfresser (Les dévoreurs de territoire), un réquisitoire contre la prolifération des résidences secondaires – déjà. L’année suivante, le thème est popularisé par l’écrivain valaisan Maurice Chappaz dans son pamphlet Les maquereaux des cimes blanches.

Puis, en 1976, survient une altercation qui restera célèbre, celle qui oppose Rodolphe Tissières à un écologiste en pleine ascension, Franz Weber. Le décor: la Croix-de-Cœur, une crête à 2200 mètres d’altitude entre Verbier et les Mayens-de-Riddes, un hameau en plein développement qui ne s’appelle pas encore La Tzoumaz. L’enjeu: l’aménagement d’une piste d’aviation légère, alors férocement combattue par les défenseurs de l’environnement.

En parallèle se durcit le cadre légal. En 1974 entre en vigueur la Lex Furgler, qui freine l’acquisition de logements par des étrangers non résidents. L’instauration de la loi sur l’aménagement du territoire en 1979 a pour effet d’empêcher la création de nouvelles stations. La dernière à s’ouvrir est celle d’Evolène, dans le val d’Hérens, en 1981.

Désormais, l’extension des domaines appartient, à quelques rares exceptions près, au passé. L’effort d’investissement se concentre alors sur la modernisation ou le remplacement des installations existantes. Et des stations mal situées ou mal gérées subissent une contraction de leurs activités, comme au col des Mosses, dans le canton de Vaud, ou à Amden, au-dessus du lac de Walenstadt.

05 Le début du déclin

Sous les effets conjugués de la prise de conscience écologiste, des nouvelles restrictions et du second choc pétrolier (1979), l’enthousiasme du public pour les cimes blanches s’émousse et la croissance de l’industrie du ski ralentit. Même si la tendance reste à la progression pendant les années 80, ce n’est plus au rythme trépidant des trois décennies précédentes. La fréquentation des pistes atteint son pic historique à quelque 35 millions de journées-skieurs pendant l’hiver 1990-1991.

Aux contextes environnemental et politique s’ajoutent la hausse des tarifs des stations ainsi que la cherté du matériel. Ce qui décourage plus d’un amateur et incite des écoles à renoncer à l’organisation de semaines blanches en raison du coût et de la complexité croissante de leur organisation. Le ski n’est certes pas encore passé de mode, mais les prémices de son déclin apparaissent.

Le virage s’engage définitivement avec la succession d’hivers presque sans neige entre 1988 et 1991. Les skieurs se détournent de pistes demeurant désespérément brunâtres. Et ils se consacrent progressivement à d’autres loisirs, libérés des aléas de la neige, comme les bains thermaux ou les randonnées. Et prennent l’habitude de se rendre dans des destinations lointaines et ensoleillées toujours meilleur marché.

06 Le retour à l’élitisme

Au début de la décennie 1990, le recul de la fréquentation n’effraie pas particulièrement les milieux du tourisme. «Ces années sont caractérisées par un certain sous-investissement, car les directions des stations estiment détenir une avance suffisante sur la concurrence des pays voisins», observe le consultant spécialisé Laurent Vanat, à Genève. Pourtant, les choses changent au tournant du siècle. En raison de la diminution des résultats et de l’exacerbation de la concurrence, le secteur doit se restructurer. Les organes dirigeants se professionnalisent, des sociétés fusionnent et nombre de domaines skiables entreprennent leur modernisation.

Ces mesures permettent d’enrayer la baisse de fréquentation. La première décennie du nouveau millénaire connaît même deux rebonds, en 2003 et en 2008. Mais ceux-ci restent bien inférieurs au pic historique (voir le graphique en page 44). Et n’empêchent pas une nouvelle chute de la fréquentation, de 4 à 5% en rythme annuel, depuis lors. «La démographie joue contre le ski en tant que sport de masse. Alors que la tranche d’âge des 30 à 50 ans le délaisse, il est ainsi surtout pratiqué par la génération des plus de 50 ans. Certes, il connaît un certain engouement auprès des jeunes adultes, mais ceux-ci sont moins nombreux que leurs parents ou grands-parents», poursuit Laurent Vanat.

Si le nombre de clients décroît, le chiffre d’affaires des remontées mécaniques ne cesse toutefois de progresser jusqu’en 2009. Cette année-là, il atteint un record absolu de 1,08 milliard de francs. Une contradiction qui s’explique par le fait que toujours moins de skieurs dépensent toujours plus d’argent pour s’adonner à leur pratique favorite.

Derrière l’image d’un sport jeune et fun, le ski redevient ainsi, comme il y a un siècle, une activité réservée à une certaine élite aisée et relativement âgée. Un retour à la case départ? «L’hypothèse est raisonnable et plausible», répond Luigi Lorenzetti, coordinateur du Laboratoire d’histoire des Alpes de l’Université de la Suisse italienne.

Cette perspective contraint ainsi les stations à s’adapter. Leurs recettes: développer les activités alternatives comme les bains ou la randonnée, stimuler la fréquentation estivale, notamment par des festivals culturels. Dans l’immédiat, elles doivent cependant faire face à la brusque interdiction, votée en mars 2012, de construire des résidences secondaires, un de leurs principaux moteurs de croissance. «Ce vote marque un nouveau tournant majeur dans l’histoire de l’industrie du tourisme alpin», explique Laurent Tissot.

Alors que le ski s’est généralisé dans les lieux offrant de la neige en abondance, un cadre naturel superbe et un accès facile, les stations qui se sont véritablement imposées sont celles qui ont su «magnifier la montagne tout en développant un cadre urbain, ce qui présuppose à la fois une bonne gouvernance locale et une capacité à fixer le capital nécessaire aux investissements», énumère Christophe Clivaz. En clair: celles qui ont su développer un projet clair au-delà de la recherche du profit à court terme.

Le gage du succès des grandes stations comme Saint-Moritz, Gstaad et Verbier est d’avoir su s’inscrire comme des rendez-vous incontournables des privilégiés. A l’inverse, la plupart des petites, comme dans les Préalpes (la Berra) et le Jura (la Dôle) ne doivent leur survie qu’à leur grande proximité avec leurs clients, ce qui leur vaut l’appui des pouvoirs publics locaux. Toutes, cependant, fondent leur existence sur une base fragile, une mode apparue il y a un peu plus d’un siècle. Et qui peut disparaître comme elle est née, en quelques décennies.


Le ski en Suisse en quelques dates

Vers 1895 Apparition du ski dans les Alpes, amené par des touristes britanniques.
1908 Inauguration du premier téléphérique de Suisse reliant Grindelwald au Wetterhorn. Il est fermé en 1915 et démantelé en 1934.
1934 Premier téléski de Suisse: le Bolgenlift à Davos (longueur 270 m), qui est aussi le premier du monde à arbalète.
1950 Première télécabine à Cry d’Err, à Crans-Montana: 48 cabines de 4 places sur 3,3 kilomètres.
1954 Premier immeuble collectif (parahôtellerie) à Crans-Montana.
1967 Première installation d’enneigement artificiel à Urnäsch (Appenzell Rhodes-Extérieures).
1981 Dernière ouverture d’une station de sports d’hiver à Evolène.
1991-92 Pic de fréquentation des installations de remontées mécaniques suisses, à 35 millions de journées-skieurs. Celle-ci ne cesse de diminuer depuis lors.


La ville champignon née de l’or blanc

Alors que Saint-Moritz et Chamonix avaient déjà célébré leurs premiers Jeux olympiques dans les années 1920, que Davos se dotait de remonte-pentes dès 1934, que le caractère urbain de Crans-Montana n’échappait à personne, Verbier n’était encore qu’un vaste pâturage dominant une vallée demeurée à l’écart des circuits touristiques. Le demi-siècle qui suit montre le parfait exemple de la ville champignon bâtie sur l’or blanc.

Parcouru par des skieurs de randonnée attirés par la Haute Route Chamonix-Zermatt, par la beauté du paysage et la proximité de sommets faciles d’accès, le cirque ne compte, jusqu’en 1927, que quelques mayens. Puis s’ouvre la première pension, suivie d’une dizaine d’autres dans les années 1930 et 40, particulièrement après l’ouverture d’un accès carrossable en 1935. Les Genevois sont, déjà, des visiteurs assidus.

La Seconde Guerre mondiale est un premier catalyseur. La fermeture de la frontière française interdit aux sportifs de la Cité de Calvin de se rendre en Haute-Savoie proche. Aussi se rabattent-ils sur le val de Bagnes. Dès la paix revenue, une cinquantaine de chalets s’édifient. Le premier téléski, financé par des intérêts locaux et du bout du lac, est ouvert en décembre 1947. Trois ans plus tard, le premier télésiège, reliant Médran aux Ruinettes, est inauguré. En 1953, l’ouverture du chemin de fer de Sembrancher au Châble facilite l’arrivée des touristes au pied de la station. La cabine reliant la gare terminus à la station entre en service en 1975.

Les années d’après la Seconde Guerre mondiale marquent le début de l’explosion de la station. En 1950, elle ne compte que 27 habitants et n’enregistre que 5400 nuitées. Trente ans plus tard, en 1980, elles dépassent le million, un record. Après un léger tassement, elles se stabilisent depuis lors aux alentours de 900 000.

Un homme joue un rôle clé: Rodolphe Tissières, avocat et notaire à Martigny, interface incontournable entre les investisseurs de l’extérieur et la population bagnarde. Issu d’une famille de notables bas-valaisans, ce colonel dirige le développement de la station à la baguette. Il va jusqu’à affronter l’écologiste Franz Weber en 1976 sur la crête de Croix-de-Cœur pour défendre l’aménagement d’un aérodrome. Un projet finalement abandonné en 1984. «Rodolphe Tissières a suivi le même modèle de développement que les promoteurs des grandes stations françaises de Courchevel ou d’Avoriaz, celui d’une nouvelle ville à la montagne», explique Christophe Clivaz, professeur à l’Institut universitaire Kurt Bösch à Sion.

La station est un exemple de «l’étalement urbain, de par le fait que sa croissance a été assurée avant tout par des gens extérieurs à celle-ci. Au contraire, Zermatt a contenu son expansion car elle a été maîtrisée par les habitants du village», analyse Christophe Clivaz.

Comme Crans-Montana ou d’autres lieux, Verbier aurait pu souffrir de la baisse de la fréquentation des skieurs. Mais la station a su jouer de sa fonction de rendez-vous social. Et pour assurer la poursuite de ses investissements, elle est l’une des rares à avoir fait coter ses actions en Bourse, ce qui lui a permis d’attirer, temporairement, un actionnaire de poids, la Compagnie des Alpes française.


La ville qui a remplacé les mayens sur le Haut-Plateau

Cinquante mille. C’est la population en haute saison sur le haut-plateau de Crans-Montana. Il y a un peu plus d’un siècle, elle était de zéro.

Deux moteurs, souvent contradictoires, ont guidé l’extraordinaire croissance de la station valaisanne depuis la fin du XIXe siècle sur un alpage alors occupé uniquement par des mayens. D’une part, les cures destinées aux tuberculeux, à Montana. De l’autre, la neige et le golf, à Crans-sur-Sierre.

Tout a commencé en 1892, quand deux hôteliers valaisans formés à l’extérieur, Louis Antille et Michel Zufferey, ouvrent le premier établissement, l’Hôtel du Parc. L’accès ne se fait qu’à pied ou à dos de mule.

Quatre ans plus tard, le médecin genevois Théodore Stephani inaugure le premier sanatorium, du nom de Montana. Peu après, deux Anglais, Henry Lunn et son fils Arnold, lancent les activités qui incarneront la station: le ski (dès 1900) et le golf (dès 1906). Dès lors, l’essor est soutenu, jusqu’à ce que la Première Guerre mondiale y mette un coup d’arrêt. A cette même époque, Verbier, qui deviendra la rivale dès les années 1950, n’est encore qu’un pâturage.

La première grande course, surnommée Kandahar, du nom de son instigateur, le colonel britannique sir Frederick Roberts of Kandahar (vainqueur d’une campagne militaire en Afghanistan), est disputée en janvier 1911. Le premier remonte-pente, un funiluge (luge tractée par un câble), est inauguré en 1923, suivi par le premier téléski en 1936 et la première télécabine en 1950. La Plaine-Morte (2882 m) est atteinte en 1969. En 1987, les championnats du monde, où les Suisses se distinguent, marquent l’apogée de la station. La fréquentation atteint un pic à 1,75 million en 1990.

Dès les années 1950, la parahôtellerie prend le pas sur l’hôtellerie traditionnelle. Le premier immeuble est inauguré en 1957. L’explosion immobilière qui va suivre est incarnée par un promoteur du lieu, Gaston Barras, dont l’agence ouvre sous son nom en 1954.

La baisse de la fréquentation de la station des années 1990 remet en question le modèle de croissance fondé sur le tourisme de masse. Vingt ans plus tôt déjà, l’ambitieux projet immobilier d’Aminona a dû être abandonné. Sur 23 tours projetées dans les années 1960, seules trois sont édifiées entre 1969 et 1975, avant que son promoteur, André Gaillard, et son banquier, Robert Leclerc, ne soient emportés par la crise, en 1978. Ce projet, des hommes d’affaires russes tentent actuellement de le relancer.

«L’extension de la station a été particulièrement complexe», observe Sylvie Doriot Galofaro, spécialiste de l’histoire locale. En cause, la dispersion, voire des affrontements, entre intérêts locaux. «Pendant très longtemps, précise l’historienne, chaque commune a développé ses propres activités sans trop se soucier des autres, à tel point que les chasse-neige s’arrêtaient aux limites communales.» Les quatre sociétés de remontées mécaniques n’échappent alors à la faillite qu’en fusionnant en une seule entité en 1999, suivant de près l’unification de l’office du tourisme en 1997. Ces deux rapprochements marquent un tournant. Le prochain sera la gestion de l’après-résidences secondaires.


Le spectre de l’échec

Elle aurait dû être un modèle de station moderne. Pourtant, elle a failli être l’exemple de l’échec total. Moléson-Village est avant tout une histoire de repêchage in extremis d’un projet ambitieux, mais mal calibré. Tout cela dans une région aux attraits touristiques évidents, la Gruyère, mais pas forcément la mieux qualifiée pour les sports de neige en raison du réchauffement climatique.
Comme Verbier, Flaine ou Sestrières, Moléson est né de la volonté de quelques entrepreneurs décidés à vouer au ski un site vierge. Et devient ainsi «un exemple, aux côtés de Thyon, de stations qui n’ont pas su décoller en raison notamment de l’entrée en vigueur de la Lex Furgler et qui déboucheront parfois sur une faillite», résume Christophe Clivaz, de l’Institut universitaire Kurt Bösch, à Sion.

Le boom du ski, dès les années 1950, inspire le restaurateur gruérien Robert Boschung. Ce dernier rassemble quelques investisseurs autour d’un projet de construction de remontées mécaniques sur la montagne la plus connue du canton de Fribourg. Le site s’ouvre en décembre 1963. Le projet comprend aussi des logements d’une capacité de 3000 lits, dont la réalisation est confiée à un architecte issu de l’école du Bauhaus. Son idée, créer des constructions éloignées du style chalet traditionnel, tout en employant cependant des matériaux locaux, la pierre et le bois. Mais ses plans sont modifiés par les promoteurs, qui lui préfèrent le béton et l’acier pour des raisons d’économies. Les premiers immeubles, réalisés à la fin des années 1960, sont vite décriés sous le sobriquet de «molécubes». Les appartements ne se vendent pas. Désespérés, les constructeurs tentent de céder le tout. Sans succès, aucun acheteur ne se présente.

La société n’échappe finalement à la faillite en 1978 que grâce à un abandon de créances – de la part des initiateurs du projet et de l’Etat fribourgeois notamment – et à sa reprise par deux promoteurs valaisans, les frères Bernard et Philippe Micheloud. «Dès leur arrivée, ils font table rase du passé. En cinq ans, ils sont parvenus à faire ce que l’on attendait de Moléson-Village depuis vingt ans», écrit Patrick Rudaz, conservateur du Musée de Charmey, dans une petite étude historique consacrée aux débuts de la station.

Leurs chalets arborent la forme qu’on leur connaît ailleurs et les touristes reviennent, offrant ainsi la possibilité matérielle de moderniser les installations. Un funiculaire remplace en 1998 l’ancienne télécabine donnant accès au départ du téléphérique du sommet, et ce dernier est rénové en 2011. Au prix du renoncement à son rêve des origines, Moléson a trouvé une raison de survie.


L’icône au cœur des Alpes

Pris au sens strict, Saint-Moritz est une bourgade. Charmante, minuscule avec ses maisons de pierre blotties autour de son église, une mini-ville perchée dans le décor sauvage de la montagne. En réalité, elle est le centre d’une agglomération de 16 000 habitants, qui bondit à 80 000 résidents – plus d’un million de nuitées – lorsque la saison touristique bat son plein. A la saison des vacances, la Haute-Engadine se hisse parmi les vingt plus grandes villes de Suisse.

Contrairement à beaucoup de stations, ce n’est pas le ski qui a fait Saint-Moritz. La localité était déjà un centre de thermalisme et de villégiature – hiver comme été – reconnu parmi les célébrités et les têtes couronnées quand les lattes y ont fait leur apparition pour y gagner, comme à Davos, au début des années 1890, leurs premières lettres de noblesse. C’est donc tout naturellement que la nouvelle activité s’est ajoutée à la palette de sports déjà pratiqués, comme le bobsleigh, le skeleton, le polo ou le patin à glace.

La station est aussi la seule de Suisse à avoir organisé des Jeux olympiques, en 1928 et en 1948. Et elle vise l’organisation, avec Davos, d’une nouvelle édition en février 2022, dans laquelle elle hébergerait plus particulièrement les épreuves de ski alpin. C’est aussi une habituée des championnats du monde, tenus à quatre reprises, dont la dernière en 2003.

Comment cette ville à la montagne a-t-elle gardé cet aspect de petite station? En raison du coup d’arrêt porté à sa croissance au lendemain de la Première Guerre mondiale. Contrastant avec le boom touristique de la Belle Epoque, les années 1920 et 1930 sont celles d’hôtels longtemps fermés. La reprise ne survient que dès les années 1950, avec le même phénomène qu’ailleurs, une multiplication des chalets. Mais ceux-ci ont été maintenus loin du cœur de la station. Le village a ainsi pu conserver son cachet du début du XXe siècle. De plus, la station a su maintenir son rôle de rendez-vous des célébrités. Le mannequin Kate Moss, l’acteur Robert De Niro, l’industriel Lakshmi Mittal et le politicien Mario Monti sont des habitués qui ajoutent de la magie à l’image du lieu, comme Zermatt et Gstaad. Conséquence: elle attire les foules.

Mais si Saint-Moritz est une capitale mondiale du ski, elle n’en est pas dépendante. Ce n’est plus en hiver que la fréquentation est maximale, mais en été.


La montagne carte postale

Rendez-vous touristique dès le milieu du XIXe siècle, Grimentz (VS) s’est converti tardivement à la pratique des sports d’hiver. Ce n’est qu’en 1968 que les remontées mécaniques ont commencé de fonctionner dans ce village anniviard. Il est vrai que, jusqu’au début du XXe, ses habitants le désertaient pour passer l’hiver dans la vallée du Rhône.

«Grimentz a bénéficié d’un coup de foudre absolument étonnant de la part des élites urbaines suisses», résume l’ethnologue Bernard Crettaz. Cette image, la localité la doit au fait d’apparaître, dès l’Exposition nationale de Genève, en 1896, comme l’archétype du village suisse fait de chalets de bois rassemblés autour de l’église blanche, au milieu d’une prairie entourée de forêts, proche de la haute montagne. Mais cette idylle n’amène pas suffisamment de visiteurs dans ce lieu à l’écart des principaux circuits touristiques pour permettre un vrai décollage. Pour cela, il faut un épisode extraordinaire, la construction du barrage de Moiry en amont.

De 1954 à 1958, le chantier fournit des emplois et élève le niveau de vie de ses habitants. Puis une action groupée des indigènes et, notamment, de la bourgeoisie, propriétaire de vastes biens fonciers, aboutit au financement des premières installations.

Grimentz a même nourri un rêve: ouvrir un vaste domaine skiable commun avec le val d’Hérens et le village de Vercorin. Cette ambition s’évanouit quand la Confédération décide, en 1989, de protéger le vallon de Réchy, le cœur du dispositif. Finalement, la station s’élargira dès l’an prochain avec l’ouverture d’une liaison par téléphérique avec la station de Zinal, un peu plus haut dans la vallée.

Sur le plan immobilier, le village, à l’instar de ses voisins anniviards, s’en remet avant tout à un promoteur du cru, l’ingénieur Urbain Kittel. Ce dernier assure le premier boom de la construction dans les années 1965-80: des chalets, certes, mais aussi quelques immeubles près du départ de la télécabine. En dépit de son rythme soutenu, le développement reste mesuré. Grimentz connaît cependant une aventure difficile avec son dernier projet, la construction du quartier des Guernes, un hôtel chic entouré de chalets. Confiée au promoteur belge Thierry Dubuisson, elle est à l’arrêt depuis novembre, faute d’argent dans les caisses.

« Ce n’est pas une station huppée. Elle le deviendra peut-être, mais pour le moment elle attire plutôt des visiteurs de la classe moyenne supérieure», ajoute Bernard Crettaz. Pour qui la raison première du succès est la transformation du village en «un prototype de disneylandisation du paysage».


EN CHIFFRES

Le ski redevient un sport d’élite

Toujours moins de skieurs fréquentent des installations toujours plus coûteuses. Faut-il être riche pour pratiquer les sports d’hiver? Le croisement de deux statistiques le suggère. Le décompte de la fréquentation des installations de transport par câble, établi par le consultant indépendant Laurent Vanat sur la base des données fournies par ces mêmes entreprises, montre un tassement régulier (hormis quelques rebonds) du nombre d’utilisateurs. Simultanément, l’évolution des chiffres d’affaires des entreprises compilées par leur association faîtière montre une croissance constante des revenus. Si toujours moins de skieurs génèrent des ventes toujours plus élevées, c’est que les prix moyens des remontées mécaniques progressent à un rythme soutenu.

 

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