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«L’Hebdo», les Romands et les Suisses

Mis en ligne le 03.02.2017 à 05:58
POINT DE VUE  En 2009, à l’occasion du Forum des 100, une autre vision de la place de la Romandie en Suisse.

POINT DE VUE En 2009, à l’occasion du Forum des 100, une autre vision de la place de la Romandie en Suisse.

© Demian Conrad



Yelmarc Roulet

Décodage. Quatre amis du titre et bons connaisseurs de la Suisse s’expriment sur le rôle du magazine dans le concert helvétique.

S’il est un mérite qui n’est guère contesté à L’Hebdo, durant ses trente-six ans d’existence, c’est celui d’avoir fait dialoguer les Romands et d’avoir accompagné, voire favorisé, la prise de conscience par la région de sa propre force et de son dynamisme. Plus nuancées sont les appréciations sur la puissance de cette «voix romande» à l’échelle du pays ou sur les moments de confrontation avec la majorité alémanique et le pouvoir fédéral. Nous laissons le dernier mot à quatre personnalités qui ont été, sur ce chapitre et bien d’autres, des interlocuteurs réguliers de L’Hebdo.


Raymond Loretan



Président de Swiss Medical Network, ancien président de la SSR

«L’Hebdo a été «un bon citoyen», le pays romand peut lui être reconnaissant! Il a été un acteur, pas seulement un observateur. Il a ouvert les portes et fenêtres de la réflexion, été le tisserand de nombreux réseaux, mais aussi le défenseur d’une certaine conception de la Suisse, un contrepied bienvenu à la bien-pensance conservatrice. Il faisait partie de la presse d’opinion et n’a jamais accepté d’être un produit aseptique ou acratopège.

Souvenir personnel: en 1997, dans une interview à Pierre-André Stauffer, à l’occasion de mon départ du secrétariat général du PDC, je prônais la fusion avec l’actuel PLR. Nos mentalités étriquées n’ont pas permis la réalisation de cette idée, même si elle a fait son bout de chemin. L’Hebdo a toujours laissé ses colonnes ouvertes à sa progression, l’accompagnant de manière critique mais engagée. C’est un exemple parmi tant d’autres. La fin de L’Hebdo, c’est la disparition d’un relais d’idées nouvelles.

Dans le débat européen, L’Hebdo a tenu le souffle dans la longueur, sans jamais lâcher prise malgré les reproches de naïveté et d’idéalisme. La Suisse minoritaire a malheureusement perdu à l’époque, mais elle a su rebondir en devenant le pôle de croissance le plus important du pays, un mouvement que l’hebdomadaire a toujours accompagné, en offrant une voix constructive et parfois anticipative à ses acteurs. Sa mission n’était pas tant de créer des ponts avec la Suisse majoritaire mais de faire prendre conscience que la Romandie existait… Y aurait-il aujourd’hui une petite vengeance silencieuse?

Il faut éviter de laisser mourir d’autres titres et même essayer d’en créer de nouveaux. Cela ne sera probablement pas possible sur un modèle économique conventionnel où seuls abonnements et publicité couvrent les besoins financiers. Il faudra faire appel à de la créativité mais aussi à la responsabilité de la politique et de l’économie pour le maintien d’une presse libre et indépendante qui est en mesure d’offrir une alternative, même modeste, aux grands groupes de presse d’outre-Sarine.»



Johan Rochel



Vice-président du think tank foraus – Forum de politique étrangère

«J’ai toujours trouvé ambivalent le rapport de L’Hebdo à la Suisse. Lorsque le magazine rendait attentif aux projets portés à travers les cantons romands ou aux défis romands dans la Berne fédérale, il participait certainement à la prise de conscience des potentialités de la région.

Je pense par exemple aux projets de la Health Valley ou à l’avenir du tourisme. Je suis beaucoup plus sceptique lorsqu’il voulait construire la Suisse romande contre la Suisse alémanique, quitte à jouer sur quelques clichés. Un exemple? Certaines contributions sur la question de l’enseignement des langues nationales. La Romandie existe grâce à sa force d’initiative, et non à travers son complexe de minorité.

L’Hebdo était parfaitement légitime en dénonçant les manquements de l’administration fédérale en matière de représentativité. Sur la question européenne bien sûr, L’Hebdo a porté avec cohérence une ligne ouverte à la participation de la Suisse à l’UE. Mais, pour moi, ce n’était pas une voix romande, mais celle d’une certaine position politique. Par les personnalités suisses ou européennes qu’il convoquait, le magazine permettait souvent une prise de distance critique sur les débats nationaux. Sur ce point, la diversité des opinions politiques perd une voix.

Plus que le seul magazine, L’Hebdo a représenté pour moi la volonté d’animer le débat, avec une manifestation comme le Forum des 100, ou la plateforme des blogs. Face à sa disparition, il y a de la surprise quant à la rapidité de la décision, mais surtout l’envie de voir apparaître un nouveau projet. Est-ce le revers qui va permettre de fédérer des forces autour de nouvelles aventures journalistiques?

Peut-être faut-il avancer sur deux pistes. D’une part, élaborer et tester de nouveaux canaux d’information, d’investigation et d’opinion. Plutôt que de chercher le modèle idéal, donnons-nous le droit d’échouer et de recommencer, rapidement et à petite échelle. D’autre part, rassembler des forces capables de financer ces tentatives, sur le mode participatif ou philanthropique.»


Pascal Couchepin



Ancien conseiller fédéral PLR

«Je ne crois pas que L’Hebdo ait dégagé l’idée d’une identité de la Suisse romande, heureusement, ni contribué à faire disparaître les particularités cantonales. Je ne crois pas davantage que les Alémaniques se soient jamais dit: «Que pensent les Romands? Lisons L’Hebdo pour le savoir!» Il n’y a pas une seule voix romande, mais ce n’est pas nécessaire. Quand je lis la NZZ, je sais que c’est une certaine Suisse allemande qui s’exprime, de même pour la Basler Zeitung.

En revanche, L’Hebdo a joué un rôle essentiel dans les échanges entre responsables politiques romands – on pouvait comprendre en le lisant qu’un Pierre Maudet était important pour nous tous. Mais aussi pour les échanges entre les étudiants de Suisse romande, ses hommes d’affaires, ses scientifiques. Ses élites, en un mot, qui ont appris à se connaître. Des élites, je continue à penser qu’il en faut, même si leur accès doit être ouvert.

Avant le vote de 1992, L’Hebdo a cherché à me faire prendre position contre l’EEE, au profit de l’adhésion à l’Union européenne. Avec la promesse de me soutenir plus tard pour la suite dans ma carrière fédérale. J’ai refusé, ne serait-ce que par loyauté à l’égard de Jean-Pascal Delamuraz, ce qui m’a valu un traitement très critique par L’Hebdo dans les années qui ont suivi…

Un titre qui disparaît, c’est un appauvrissement pour tout le monde. Mais il faut bien constater que l’idée européenne s’est épuisée, en Suisse romande également. L’Hebdo est victime du marché, de l’attitude de l’ensemble du public.

J’avais soutenu la tentative des Amis du Temps de racheter ce dernier titre. La disparition de L’Hebdo confirme que le départ des centres de décision vers la Suisse alémanique a été une erreur. Les partis politiques et tous ceux qui s’intéressent aux affaires publiques doivent trouver un moyen de maintenir ouvert le dialogue que permettait L’Hebdo. Inventer quelque chose de neuf, comme un réseau social organisé et contrôlé. Le niveau du débat sur les réseaux sociaux habituels, où l’on tombe tout de suite dans l’invective et le mépris, est consternant.»


Éric Denzler



Industriel puis chasseur de têtes à la retraite

«On peut comprendre une décision indéniablement économique, mais pas la manière, qui est d’une grossièreté sans bornes. On traite 155 000 lecteurs comme s’ils n’existaient pas. J’y vois le reflet d’une situation que L’Hebdo a plusieurs fois mise en exergue: des décideurs alémaniques méconnaissent ou refusent de reconnaître que la Suisse romande est aujourd’hui une région portée par une forte croissance et que certaines activités y sont plus fortes qu’en Suisse alémanique.

Alors que la métropole zurichoise est restée assez industrielle, la Suisse romande a développé les services, les organisations internationales, les nouvelles technologies.

Un autre exemple me vient à l’esprit: les polémiques lancées contre Patrick Aebischer, qui a fait pour l’EPFL des choses extraordinaires qui n’ont pas leur équivalent à Zurich et qui contribuent à la notoriété de toute la Suisse. Lors d’une récente présentation de la Genève internationale, j’ai vu comme les participants zurichois tombaient de la lune en constatant qu’aucun autre petit pays de 8 millions d’habitants ne bénéficiait d’un tel accès au monde!

Ce n’est pas creuser le röstigraben que de dire que la Suisse romande est une région presque aussi importante que Zurich et qu’elle a besoin d’une presse qui reflète ses spécificités.

Et si l’on profitait de cette décision économique pour fermer une fois pour toutes la «gueule» aux Romands? Il est tentant de se poser la question, la voix portée par L’Hebdo ayant souvent été à contre-courant de la pensée unique sur la manière de diriger la Suisse. Le «Filz» zurichois, qui pense que tout va bien et qu’il fait tout juste, ne veut plus être dérangé par des critiques romands, et cela a pu aider.

Je n’ai jamais été dérangé par la tendance de gauche que certains reprochent à L’Hebdo; j’aimais sa voix critique, les questions posées parfois avec insolence. C’était un apport d’idées, un enrichissement qui doivent absolument perdurer. Tous les entrepreneurs romands devraient s’accorder pour dire: «Nous avons besoin d’une voix de ce type» et envisager de soutenir un nouveau projet.» 


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