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Le rayonnement français de «L’Hebdo»

Mis en ligne le 03.02.2017 à 05:57
CÉLÉBRÉ  En 2007, Jacques Pilet, fondateur de «L’Hebdo», recevait la médaille de la Légion d’honneur à l’ambassade de Suisse à Paris.

CÉLÉBRÉ En 2007, Jacques Pilet, fondateur de «L’Hebdo», recevait la médaille de la Légion d’honneur à l’ambassade de Suisse à Paris.

© Jerome Chatin



Jean C. Texier

Témoignage. Dès 1981, l’hebdomadaire romand a suscité l’intérêt du monde médiatique parisien. Et, en 2007, le combat de «L’Hebdo» pour l’Europe valut à Jacques Pilet d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur, une distinction rare pour un Suisse.

Entre la France et Ringier, les relations ont toujours été aussi étroites que complexes. Il est vrai que, pour cette famille de huguenots nîmois ayant dû quitter l’Hexagone lors de la révocation de l’Edit de Nantes pour aller s’implanter au cœur de l’Argovie, un ressentiment historique aurait pu prospérer. Au contraire, au XXe siècle tant Hans que Michael Ringier ont cultivé à l’égard de la terre française un attachement constant, sans pour autant devenir dupes des pratiques locales.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, L’illustré trouva une certaine audience en Alsace-Lorraine à un moment où la presse magazine restait peu développée. Dans la foulée, Ringier installa à Paris, quai Voltaire, une antenne éditoriale pour suivre la mode et les people, alimentant ainsi ses titres alémaniques.

C’est toutefois avec la naissance réussie de L’Hebdo, fin 1981, que Ringier passe à la vitesse supérieure. Le news romand suscite d’emblée l’intérêt des professionnels, car il ne ressemble à aucun de ses confrères, L’Express, Le Nouvel Observateur ou Le Point. Il emprunte un peu à chacun d’eux et, par son regard sur les entreprises de l’arc lémanique, il puise aussi de l’inspiration dans L’Expansion. Surtout, son engagement pro-européen sort la Suisse de son image de coffre-fort, refermée sur elle-même.

La force de la «suissitude»

Vu de Paris, la force de L’Hebdo fut sa «suissitude», une capacité à raconter l’actualité française en dehors du seul prisme germanopratin, sortant des connivences et ne refusant pas l’impertinence. Ses pages culturelles étaient d’autant plus prisées des éditeurs qu’elles faisaient vendre en Romandie et que l’implication d’Isabelle Falconnier dans le Salon du livre et de la presse constituait une chambre d’amplification.

Avec L’Hebdo, Ringier va disposer d’un exceptionnel porte-drapeau en France, incarné par son fondateur, Jacques Pilet, qui se dépense sans compter pour défendre les couleurs helvétiques dans la capitale, ne cessant de prendre des initiatives plus ou moins risquées, allant du combat pour l’implantation d’un Centre culturel suisse dans le Marais à la mise sur orbite du mensuel européen Emois. A cette époque, Jacques Pilet fait régulièrement entendre sa petite musique sur TF1 dans le célèbre Droit de réponse de Michel Polac.

Pendant plusieurs années, L’Hebdo va patronner un prix Ringier visant à couronner le meilleur papier paru dans un média français sur la Confédération, avec un jury où figurent notamment Françoise Giroud, de L’Express, ou Daniel Vernet, du Monde. A Paris, L’Hebdo est reconnu comme une bonne filière de formation. Pour preuve: Paul Ackermann, du Huffington Post, André Crettenand, de TV5 Monde, ou Serge Michel, du Monde, sont issus notamment du news romand.

Une leçon de journalisme

En 2005, L’Hebdo a même donné une leçon de journalisme à ses confrères parisiens avec ce Bondy Blog dont Serge Michel fit une institution aujourd’hui consacrée, montrant que le grand reportage commence… en banlieue. Non replié sur lui-même, L’Hebdo a toujours ouvert ses colonnes à des éditorialistes français de tous horizons: de Sorman à Ockrent, de Kahn à Quatremer, à qui rien n’échappe dans les coulisses de Bruxelles.

A plusieurs reprises, L’Hebdo a fait l’objet de la convoitise de ses confrères parisiens. Jimmy Goldsmith aurait volontiers ouvert son chéquier pour réaliser un Express Hebdo comme il avait fusionné Le Vif et L’Express à Bruxelles. Une offre qui sera réitérée ultérieurement par Rik De Nolf, patron de Roularta, lorsqu’il prendra les commandes du premier news français. Mais, soucieux de ne pas sous-traiter à d’autres sa vision internationale et son regard spécifique sur la France, L’Hebdo, fièrement, continuera de faire cavalier seul.

Mieux, c’est lui qui se portera en première ligne sur le front français. En 1988, fort du soutien de Michael Ringier, il incitera son groupe à prendre 20% du capital du Point et de GaultMillau. Si Claude Imbert, qui avait l’exceptionnel privilège de pouvoir choisir ses actionnaires, a adoubé Ringier plutôt qu’Edipresse, séduisant candidat, c’est parce qu’il était un lecteur admiratif de L’Hebdo, non seulement à Perroy mais également à Paris.

Même si Ringier et Nicolas Seydoux tireront leur révérence du Point après l’avoir de concert sauvé, L’Hebdo continuera à favoriser des opérations communes avec ses confrères en montant un prix en faveur de l’horlogerie associant Montres et Point de Vue ou en développant avec L’Express des rubriques d’escapades… naturellement européennes.

Ce combat pour l’Europe de L’Hebdo, même contre les votations populaires, ne pouvait laisser insensible le Quai d’Orsay. Ainsi, en 2007, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, a tenu à ce que Jacques Pilet soit nommé chevalier de la Légion d’honneur, une distinction rare pour un Suisse.

A l’occasion d’une brillante réception à l’ambassade de Suisse à Paris, le ruban rouge lui fut remis par Jean-Pierre Jouyet. L’ancien secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, devant les notables de la presse française conduits par Gérald de Roquemaurel, le PDG de Lagardère, loua le talent de passeur du fondateur de L’Hebdo, faisant du titre un ambassadeur permanent de la Suisse vers toute la francophonie.

Prescience politique

A l’approche de la présidentielle française, les observateurs parisiens n’avaient pas manqué de noter qu’après avoir invité en mai dernier avec une certaine prescience François Fillon au Forum des 100, L’Hebdo avait repris du magazine 1 d’Eric Fottorino l’une des interviews structurantes d’Emmanuel Macron.

Parallèlement, à la fin de l’année, un spécial Bordeaux avait montré que L’Hebdo, fidèle à son esprit d’enquêteur hors des sentiers battus, voulait faire comprendre aux Suisses les présidentiables dans leur environnement local plus que dans les jeux d’appareils parisiens.

La «disruption» numérique remet sans doute en question la survie des newsmagazines dans tous les pays, en France en particulier, où ils sont trop nombreux dans un marché peau de chagrin. Toutefois, pour les professionnels parisiens qui ont admiré l’esprit innovateur de la newsroom de Ringier à Zurich, l’expérience audacieuse de L’Hebdo consistant à partager sa newsroom avec celle du quotidien Le Temps suscitait un intérêt qui ne se démentait jamais.

Après les visites, l’an passé à Lausanne, du groupe Le Monde, d’Ouest-France, des Echos et du Parisien, les demandes de contacts affluaient encore pour cette année. Malheureusement, L’Hebdo, toujours ouvert aux requêtes françaises depuis près de quarante ans, ne pourra plus répondre présent. 


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