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Grâce et disgrâce: le retour des fossés

Mis en ligne le 13.02.2014 à 05:59

Michel Guillaume

Merci l’UDC. Au lendemain du vote sur l’immigration de masse, la Confédération se réveille brisée en morceaux, alors qu’elle se portait si bien par rapport à ses voisins immédiats.

Ligne de fracture connue, le clivage villes-campagnes est saisissant. La Suisse qui crée de la richesse est privée des conditions-cadres ayant favorisé sa croissance économique. Le pays réel qui nourrit la prospérité commune est minorisé par le pays mythique, largement subventionné par le premier. Quel autogoal! Si l’aventure tourne mal, nous serons tous plus pauvres, sonnés d’avoir tué l’hydre de cette croissance qui fait si peur aux nationaux-conservateurs-écologistes.

Le Polentagraben entre le Tessin et Berne apparaît cosmique. La non-prise en compte du malaise de nos cousins latins va coûter cher. Quant au Röstigraben, il ne doit pas être nié sur l’autel des bons sentiments confédéraux. Les Romands sont bel et bien minorisés, leurs aspirations niées. Ils sont les cocus de cette histoire, eux que la libre circulation a renfloués après une décennie de croissance perdue à la suite du choc du 6 décembre 1992.

Le fossé entre la majorité des votants et les autorités fédérales est affligeant. Le peuple suit les mots d’ordre sur les trains et l’avortement, mais boude la recommandation essentielle sur l’immigration. La confiance est à géométrie capricieuse.

Le Conseil fédéral, dont quatre membres ont changé depuis le dernier vote européen remontant à 2009, affronte une épreuve à laquelle il s’est mal préparé. Tout avait été assez simple jusqu’ici pour Alain Berset, Simonetta Sommaruga, Johann Schneider-Ammann et Didier Burkhalter, ces chouchous du Parlement propulsés aux plus hautes responsabilités avec la conviction qu’il s’agissait des meilleurs et des plus légitimes, particulièrement en phase avec la population. Sauront-ils relever l’âpre défi de s’arranger avec Bruxelles pour sauver la voie bilatérale, eux qui ont toujours affiché de très molles convictions européennes?

Le fossé qui sépare cette équipe, sans doute la moins europhile des vingt dernières années, des positions de l’UDC n’est pas si grand. Mais dans sa croisade aveugle contre l’Union européenne, Blocher reste décidément sans nuances.


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