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Woody Guthrie: Le roman oublié

Mis en ligne le 16.01.2014 à 05:56
CHRISTIQUE Guthrie  en 1950, saisi  à Coney Island,  au sud  de Brooklyn.

CHRISTIQUE Guthrie en 1950, saisi à Coney Island, au sud de Brooklyn.

© Photo: avec l’aimable autorisation de Nora Guthrie



Christophe Passer

Ecrit en 1947 et jamais publié, «La maison de terre», stupéfiant roman prolétaro-fermier de l’immense chanteur folk Woody Guthrie, sort enfin. Un appel aux armes, aux lumières encore tragiquement actuelles.

La tempête de poussière, le Dust Bowl, du 14 avril 1935. La plus incroyable peut-être, un immense nuage descendu du Dakota et qui ravagea le Texas. A Pampa, perdu dans une maison de bois pourrie avec famille et amis, il y a cet homme, Woody Guthrie. Le vent et les poussières qui viennent, manquent de tout emporter et envahissent plus que les poumons de Guthrie: son âme et son cœur sont pris.

Cette décennie des années 30 et ce Dust Bowl sont mal connus chez nous. La poussière et ce désastre écologique touchaient alors le Canada et les grandes plaines américaines. Ils étaient dus au surlabourage et à l’érosion des sols qu’il provoquait et cela mit des années à être régulé par des mesures gouvernementales draconiennes.

Entre-temps, les tempêtes détruisaient les récoltes et les sols, ensevelissant la terre sous la poussière. Des milliers de paysans furent ruinés. Trois millions d’habitants immigrèrent vers la Californie par la Route 66: c’est cette histoire que raconte Steinbeck dans Les raisins de la colère.

Roman fantôme. Entre ses chansons, nées sur sa guitare «tueuse de fascistes» (lire encadré), le baladin gauchiste des oubliés de l’Amérique, la machine à espérer – une expression de lui – des ouvriers et des paysans en lutte, l’ancêtre musical de Dylan, Cash et Springsteen imagine alors un livre. Plutôt un genre de scénario, qu’il finalise et fait passer en 1947 à un ami à Hollywood: Guthrie espère un film, qui ne se fera jamais. Et le manuscrit de La maison de terre disparaît dans des archives, avant de réapparaître récemment à Tulsa lorsque l’université entreprend de mettre sur pied une collection Guthrie. Grâce notamment à l’acteur Johnny Depp, qui cosigne une postface passionnante, l’ouvrage sort aux USA en 2013 et est désormais en traduction française.

L’histoire de Tike Hamlin, pauvre fermier besogneux perdu dans le Dust Bowl, et de sa femme, Ella May, est autre chose qu’une anecdote littéraire: c’est le roman d’un génie, un appel aux armes écrit dans une langue bouleversante, violente et dure. Une histoire de résistants mâtinée d’un érotisme dru (qui aurait sans doute empêché sa parution à l’époque). Steinbeck parlait de ceux qui partent. Guthrie dit la vérité de ceux qui restent, tiennent, veulent leur rêve de maison en pisé, en terre, plus résistante, et dont l’espoir se fracasse contre les banquiers et les fonctionnaires de l’Etat. C’est un livre jailli d’hier pour parler d’aujourd’hui. This Land Is Your Land, chantait Guthrie. Son roman est fait de la même colère, c’est un chef-d’œuvre.

«La maison de terre». De Woody Guthrie. Flammarion, 317 p.


GENIE FOLK
Un peuple accordé à une voix et à ses chansons

Avec sa guitare affichant un fameux «This machine kills fascists», Guthrie est une icône de la musique américaine. Sans lui, oubliez Dylan ou le Boss: ils lui sont redevables pour tout, du style aux thématiques. Au milieu des compilations, on peut se  faire une bonne idée de son incroyable apport sur la culture des Etats-Unis en se jetant sur The Asch Recordings, 4 albums et 103 chansons (dont les incontournables This Land Is Your Land ou Railroad Blues) enregistrées entre 1944 et 45 à New York. Autre disque incroyable, Ballads of Sacco & Vanzetti, daté de 1946-1947, consacré entièrement aux deux anarchistes italiens, mais sorti seulement des années plus tard.


Profil

1912: Naissance, dans l’Oklahoma, de Woodrow Wilson Guthrie.
1930: Monte son premier groupe. Sa mère meurt de la maladie de Huntington.
1940: Il écrit This Land Is Your Land, qui lance sa carrière de chanteur engagé et contestataire.
1943: Naissance du premier de ses six enfants, de trois épouses. Publication de son autobiographie, En route pour la gloire.
1947: Ecrit La maison de terre.
1956: On lui diagnostique la maladie de Huntington.
1961: Hospitalisé. Bob Dylan vient le voir.
1967: Meurt à New York. Il laisse plus de 1400 chansons.

Photo: Al Aumuller / Keystone


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