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Eric Quinodoz: «J’ai 22 ans et je parle franco-provençal»

Mis en ligne le 07.04.2016 à 05:56
Jamais entendu parler le franco-provençal? Retrouvez une vidéo dans laquelle Eric Quinodoz s’exprime en patois sur la page Facebook de L’Hebdo: facebook.com/lhebdo.

Jamais entendu parler le franco-provençal? Retrouvez une vidéo dans laquelle Eric Quinodoz s’exprime en patois sur la page Facebook de L’Hebdo: facebook.com/lhebdo.

© Cemcav



Sabine Pirolt

Et vous, comment ça va?

«Ça va plutôt bien. J’ai toujours été fier de parler le patois. Ici, à La Sage, on l’appelle le «patois d’Evolène», il fait partie de la famille des langues franco-provençales. Chez moi, tout le monde le parle: mon père, ma mère, ma sœur, mon frère, mes grands-parents. Quand j’ai commencé le jardin d’enfants, je connaissais juste quelques mots de français. Lorsque je rencontre des gens et qu’ils m’entendent, ils sont intéressés. Une fois, alors que j’étais à l’armée et que je téléphonais, un soldat m’a demandé si c’était de l’albanais. Il m’a dit: «C’est bizarre, je viens de là-bas et je n’ai pas reconnu la langue.» D’autres me disaient: «Quand tu téléphones à la maison, tu nous préviens. On vient écouter!»

Des rêves en patois

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes de ma génération ont envie d’apprendre le patois. Je suis souvent avec un groupe de copains de la commune d’Evolène. On parle très souvent patois entre nous. Le parler, c’est déjà le défendre. Peu savent le lire et l’écrire. C’est très phonétique comme langue. Il y a des accents dans tous les sens et des voyelles qui se suivent. Il faut s’habituer! Je sais un peu le lire, mais alors l’écrire…

Il existe un dictionnaire, mais pour certains mots, je me dis: «Je ne l’aurais pas écrit comme ça.» Pour les objets modernes comme le smartphone, l’ordinateur, la télévision ou les SMS, on utilise les mots français. Les grades de l’armée n’existent pas non plus, juste le mot soldat. Dans quelle langue je rêve? Dans les deux. De même, lorsque je suis chez moi, je pense en patois et quand je suis à Fribourg où j’étudie l’histoire à l’université, je pense en français.

Je suis né à La Sage et j’ai toujours vécu au village. Mon père, qui vient d’ici, a une petite menuiserie. Ma mère, qui a grandi à côté d’Evolène, est prof de ski. J’ai un grand frère qui est en train de terminer ses études à l’Ecole supérieure du bois et une sœur qui a fait l’école de commerce. Je suis attaché à ma région et je suis toujours content quand je rentre chez moi, en fin de semaine. Ça me met de bonne humeur. Je me vois mal partir d’ici définitivement.

Mon père a vingt vaches. C’est pour la lutte, car elles produisent très peu de lait. Je lui donne volontiers un coup de main lorsque je rentre le week-end et j’aide à faire les foins en été, comme tout le monde. Au printemps et en automne, c’est ma mère qui s’occupe des bêtes aux mayens. En été, elles montent sur l’alpage. Le prochain match de reines aura lieu le 24 avril, aux Haudères. Ce sera la grande fête.

Depuis tout petit, je suis passionné d’histoire romaine. Avec un copain passionné comme moi, on confectionnait des boucliers, des glaives et de petites épées dans l’atelier de mon père. On a passé d’innombrables heures à jouer: mon frère et un cousin faisaient les barbares, moi et le copain les Romains. J’ai eu une superbelle enfance. J’ai fait l’école enfantine et primaire à La Sage, puis le cycle d’orientation à Euseigne. En sixième année, la prof a organisé des cours de patois. On était quatre sur dix-huit élèves à le savoir, même si tous avaient au moins leur père ou leur mère qui le parlaient.

Une génération brimée

Le problème, c’est que la génération de nos parents a été brimée. A l’école, ils étaient punis. Alors, quand ils ont eu des enfants, ils ne leur ont pas tous transmis leur langue maternelle. Les quatre élèves qui savaient le patois avaient donc un groupe et apprenaient la base aux autres. Plus tard, au collège, à Sion, j’ai pris l’option arts visuels. J’ai réalisé un petit film en patois, avec des copains qui le parlent. On a tourné la légende de Jean Quinodoz, l’histoire un peu sordide d’un homme qui, au XVIIIe siècle, a étranglé sa femme sur un coup de folie.

Après ma maturité, j’ai été à l’armée puis je suis parti étudier à Fribourg, sur le conseil d’amis de la région. Je vis en colocation avec un copain valaisan. A Fribourg, il y a une communauté d’universitaires valaisans qui organisent des soirées bistrots et tournois de cartes. Je n’ai donc pas trop le mal du pays. Dans le futur, j’aimerais devenir prof. L’idéal serait d’enseigner à Sion et de revenir à La Sage le soir. J’aime la tranquillité et l’ambiance qui règnent au village. Ça ne m’irait pas d’habiter en ville. La période la plus longue que j’ai passée en ville, c’est cinq jours, avec une exception en 2014 où j’ai vécu sept jours à Londres. J’étais avec des amis d’ici et on parlait patois… »

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