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L’aventure de webdo.ch, pionnier des sites d’information

Mis en ligne le 03.02.2017 à 05:59

Anouch Seydtaghia

Internet. Créé en cachette en 1994 par Bruno Giussani et José Rossi, le site aura été l’un des plus innovants en matière de traitement de l’information.

En ce début février 2017, la page est blanche. Au milieu du navigateur web, un message d’erreur: «Ce site est inaccessible, www.webdo.ch a mis trop de temps à répondre.» Le site n’existe plus. Pas de redirection vers hebdo.ch ni d’explication sur ce que fut webdo.ch au milieu des années 90. Et pourtant, le site aurait beaucoup à dire sur les débuts de l’internet.

Dans les années 1995-1998, webdo.ch fut le pionnier des sites d’information en Suisse. Pour en savoir plus, il faut s’adresser à Bruno Giussani. Aujourd’hui directeur européen du think tank TED, contacté via Skype alors qu’il est en voyage, il est intarissable lorsqu’il s’agit de conter l’aventure de webdo.ch.

Tout commence en 1994, alors que Bruno Giussani est correspondant aux Etats-Unis pour L’Hebdo. «C’était le début de la commercialisation de l’internet, se souvient-il. Seules des multinationales ou des universités étaient connectées. Puis, en 1994, on a commencé à pouvoir acheter son propre accès individuel, et le potentiel du réseau m’a paru tout de suite évident.» Après avoir réalisé une enquête sur le sujet, Bruno Giussani rentre en Suisse où il écrit des chroniques sur les nouvelles technologies.

«Avec José Rossi, secrétaire de rédaction à L’Hebdo, nous avons eu l’idée de lancer un site web. Il n’y avait alors aucun site d’information en Suisse.» Les deux journalistes codent, en cachette, les premières pages de ce qui s’appelle à ses débuts wHebdo.ch. Sur leur temps de loisir… et sans en référer à la direction de Ringier. «Très peu de personnes percevaient le potentiel de l’internet. Nous avons préféré agir discrètement et rapidement.

Et sans aucun outil disponible: il fallait écrire dix lignes de code pour publier une ligne de texte…» se rappelle José Rossi. Heureusement, ils bénéficient de soutiens extérieurs: Apple Suisse met à leur disposition un serveur, Lightning, leur fournit des routeurs et Fastnet leur offre une connexion à l’internet.

«Nous avons commencé à publier le sommaire du magazine, l’éditorial, un article susceptible d’intéresser les amateurs de technologie, quelques autres textes… On était en phase d’expérimentation», se souvient Bruno Giussani. Un jour, la direction de Ringier découvre l’existence du site: «J’imagine que, lors d’une soirée, quelqu’un doit en avoir parlé à un responsable de Ringier, lui disant: «C’est pas mal ce que vous faites sur l’internet.» (Rires.)

La méfiance de l’éditeur

WHebdo.ch est d’abord accueilli avec méfiance par l’éditeur. Puis, peu à peu, des journalistes s’intéressent au site. Avec leur aide, Bruno Giussani et José Rossi commencent à couvrir l’actualité de façon novatrice. Ils organisent des événements en Suisse romande pour illustrer l’essor du web: les Ateliers du futur. Ils collaborent avec des pointures comme feu le professeur René Berger, ils tissent des liens avec la Toile francophone et globale.

Devenu webdo.ch, sans le «h», le site continue d’expérimenter et se fait connaître à travers plusieurs coups audacieux. Lors de l’entrée de Swisscom sur le marché de l’internet par le lancement en 1996 de The Blue Window (qui deviendra ensuite Bluewin), le site publie un blog appelé The Green Window pour suivre le vif débat entre partisans et adversaires de l’arrivée de l’opérateur de télécoms sur un marché où étaient surtout actives des start-up.

«C’était déjà un blog, bien avant qu’on appelle ainsi ce genre de publication… et on en avait d’autres: Politix sur la politique suisse ou WebActu pour suivre l’actualité du réseau.» Fin 1996, webdo.ch suit la réélection de Bill Clinton à la Maison Blanche. «Dès 5 heures du matin, les internautes pouvaient lire les résultats détaillés, nos analyses maison et des liens vers la presse américaine, alors que les journaux du jour n’avaient rien. Cela a contribué à ouvrir les yeux des journalistes romands sur le potentiel de l’internet», affirme Bruno Giussani.

Et du point de vue journalistique? «Les mêmes questions qui nous agitent aujourd’hui se posaient déjà: quel contenu, quel modèle d’affaires, quelle relation avec le lecteur, explique José Rossi. Le web a permis aux magazines de faire du quotidien, aux quotidiens de faire de la télé, et tout le monde a fini par essayer de tout faire, avec les résultats qu’on sait – c’est Facebook qui capture aujourd’hui les lecteurs et la publicité.»

Un an plus tard, Bruno Giussani quitte le webdo (et Ringier) pour devenir responsable de la stratégie en ligne du World Economic Forum. José Rossi, lui, part travailler dans une start-up, puis à l’Agence spatiale européenne.

L’éditeur décide de son côté de continuer à développer le site et l’équipe s’étoffe. Une dizaine de personnes – rédacteurs, graphistes et webmasters – s’activeront pour le site. L’éclatement de la bulle internet, en mars 2000, va tout changer. Les investissements dans le numérique s’effondrent et les projets de webdo.ch sont redimensionnés. Daniel Pillard, arrivé à la tête de Ringier Romandie en 2003, se souvient:

«Lorsque j’ai débuté, il ne restait du site qu’un bureau vide encombré d’écrans dont j’ai éteint la lumière. Mais le site a eu auparavant plusieurs vies. Malgré les débuts enthousiasmants initiés par Bruno Giussani et José Rossi, la direction, à Zurich, n’a pas tout de suite voulu investir dans webdo.ch. Nos sites sont alors devenus de simples cartes de visite électroniques de nos marques. Avant que mes prédécesseurs, Théo Bouchat, puis Gilles Marchand, relancent le portail et le transforment en laboratoire du journalisme employant jusqu’à 14 personnes.»

Le site se décline alors même en magazine papier, paraissant une dizaine de fois par année et comptant jusqu’à 100 pages. «Ce fut une belle aventure, mais les recettes n’étaient de loin pas au rendez-vous, poursuit Daniel Pillard. Plus tard, Ringier a acquis les sites bonresto.ch et tempslibre.ch et a tenté de les développer. Sans succès. L’arrivée de l’iPad et le développement d’applications pour chaque titre ont ensuite mobilisé toutes les énergies.»

Ringier n’a pas été le seul à revoir ses ambitions à la baisse: Edipresse avait investi des millions dans Edicom, qui devait devenir un portail complet pour le web, avant de réduire la voilure et d’investir plutôt dans les sites de ses titres.

Bondy Blog

La création du Bondy Blog, en novembre 2005, pour couvrir de manière suivie la vie dans les cités parisiennes à la suite des émeutes, va remettre Ringier au centre de l’attention sur l’internet (lire «L’Hebdo» a donné une voix aux banlieues françaises). Responsable du blog à ses débuts, Serge Michel raconte: «Le Bondy Blog est connu comme un projet de journalisme citoyen, mais on oublie que cela a été fait, les trois premiers mois, par des journalistes professionnels, ceux de L’Hebdo. Et cela a été une période extraordinaire.

Pour la rédaction, parce que plus de la moitié de son effectif est allée à Bondy à tour de rôle, 15 journalistes sur 24 à l’époque. Cela a créé une expérience commune, un vécu rare dans une équipe. Sur le plan individuel aussi: chaque journaliste sur place s’est dépassé.»

Serge Michel garde un excellent souvenir de l’expérience: «Le Bondy Blog a été l’un des projets les plus marquants de ma carrière. J’ai fait du grand reportage, en Iran, en Afghanistan, en Irak, en Afrique, mais le Bondy Blog était la preuve qu’il n’y a pas toujours besoin de prendre l’avion pour faire du bon journalisme.» 


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