En sept albums solos, la talentueuse dessinatrice française installée à Genève s’est imposée comme la meilleure amie des filles jalouses, des couples en bisbille et des dragueurs frustrés. Avec Faut qu’on parle, la belle Hélène Bruller, désormais séparée de Zep, le père de ses deux enfants de 8 et 5 ans, se révèle être une fine et lucide observatrice des mœurs conjugales. Déballage impertinent.
«Faut qu’on parle», comme le dit le titre de votre livre. Mais de quoi?
C’est bien le problème! Ce pourrait être le sujet du tome 2. La détresse de communication entre les humains et dans le couple en particulier m’intéresse beaucoup. On parle toujours trop ou pas assez. Quand on arrive à bien communiquer, c’est qu’il y a une petite expérience ou de la magie. Et du boulot!
Le cliché veut que les femmes parlent trop et soûlent les hommes...
Quel cliché? Les femmes sont la source de la vérité dans le couple. Je crois en l’intuition féminine, en un 6e sens sauvage. Ce n’est pas un truc de supériorité. La femme va vouloir chercher la vérité et, donc, toujours vouloir communiquer plus que l’homme. Qui peut parfois se montrer plus souple sur le besoin de tout savoir.
Comment une femme peut-elle apprendre à parler à l’homme?
C’est un chemin social commun. La plupart des hommes qui ne veulent pas communiquer souffrent et craignent d’avoir l’air de couilles molles. La femme n’a pas peur de parler parce qu’elle a toujours été positionnée comme faible et elle a donc cette force immense de personnes qui assument leur faiblesse. D’ailleurs, j’ai longtemps méprisé les hommes (heureusement plus du tout aujourd’hui!) de n’avoir pas cette force. On est tous aussi romantiques les uns que les autres mais les hommes ont peur d’avoir l’air de gonzesses s’ils pleurent en regardant Pretty Woman! J’ai souvent vu des femmes pleurer dans un restaurant alors qu’un homme, jamais. Cela dit, je suis raide folle des hommes!
Les femmes aiment parler d’amour, les hommes faire l’amour?
Non. Les hommes parlent avant de faire l’amour pour arriver à leurs fins, mais les femmes aiment faire l’amour! J’ai d’ailleurs un message à faire passer auprès des femmes: combien d’entre nous ont fait l’amour avec un mec trop tôt? Quand on a passé la trentaine, on se dit qu’il faut coucher tout de suite, on s’interdit de passer une nuit en se faisant seulement des caresses et des baisers par peur de passer pour une gamine. Or il faut bichonner le désir!
Etes-vous contente d’être une fille?
Pendant des années, j’ai développé un garçon manqué en parallèle. Mais aujourd’hui le féminin s’est épanoui, je me suis réparée et je suis bien dans ma peau de femme.
Que vous a appris la vie sur l’amour?
On dit souvent qu’aimer quelqu’un, c’est le laisser libre. C’est idiot. Pour aimer quelqu’un, il faut se libérer soi-même. Je me suis toujours tellement accrochée à mon indépendance que j’ai longtemps été dans le combat. J’ai plus quitté que je n’ai été quittée!
Vous aimez la vie de couple?
Pas plus que la vie seule. Aujourd’hui je vis seule, je n’ai pas besoin d’être en couple et je n’en referai un que si les bases sont saines. La vie de couple n’est pas un mode de vie dont je ne peux pas me passer.
Vous ne vivez plus avec Zep, pourquoi?
C’est notre choix. Je suis dans ma vie, il est dans la sienne, nous avons des enfants ensemble et nous sommes très heureux de les avoir.
Comment séduit-on Hélène Bruller?
Je préfère être séduite par un homme que le séduire. J’ai moins la soif de conquête qu’avant. Une phrase entendue dans un film m’accompagne: «On est qui on aime, pas qui nous aime.»
Vous imaginez-vous en femme couguar?
Pendant quelque temps, ça m’a branchée parce que c’est marrant. Mais c’est marrant deux minutes.
Rêvez-vous de passer votre vie avec le même homme pendant trente ans?
Il faut mieux être dix minutes avec Extase Totale que cinquante ans avec Emmerdman! Je n’attends rien.
Vous êtes dans un supermarché pour choisir l’homme idéal que vous emmenez sur une île déserte. Avec qui repartezvous?
Saint-Exupéry dans le corps de George Clooney! Pas Brad Pitt, qui a un physique d’enfant géant. Mais une fois que Clooney m’aura dit trois fois «What else?», il sera beaucoup moins beau... J’en ai rencontré, des superstars, et je vous garantis qu’elles vont aux chiottes comme tout le monde! De toute manière, sur une île déserte je n’emmènerais pas un homme mais mes enfants. C’est avec eux que je passe les meilleurs moments.
Votre héroïne féminine se trouve-t-elle parmi ces noms: Scarlett O’Hara, Claire Bretécher, Micheline Calmy-Rey?
Claire Bretécher! Je ne vais pas prendre Calmy-Rey et sa coiffure de merde comme héroïne! Ni cette pétasse capricieuse de Scarlett!
Vous aimez bien être grossière. Pourquoi?
La grossièreté existe parce qu’elle correspond à des émotions fortes et vraies qu’elle seule peut exprimer. Ces émotions m’intéressent.
Est-il plus facile de nos jours d’être belle et bête ou intelligente mais moche?
Les gens voudraient qu’il y ait une justice. Quand une femme est très belle on se dit que ce serait bien fait pour sa gueule qu’elle soit conne. Une femme intelligente a davantage les capacités de se remettre en question et de se dire que la vraie beauté est un charme qui prend du temps à être apprécié. Et à partir de 40 ans, le clivage entre l’esthétique et la beauté commence à fondre.
Vous passez pour une marrante. C’est vrai ou vous êtes une mélancolique qui s’ignore?
Je suis née clown. Je me sens dans une pulsion de joie qui me pousse à rire de tout et à faire l’andouille. La névrose est la solution de l’artiste, qui a forcément souffert. Il n’y a pas un seul artiste qui n’en ait pas pris plein la gueule à un moment donné. Le moteur est là.
Une amie vous raconte que son mari la trompe. Que lui dites-vous?
Vire cet enculé! Non, cela dépend tellement des circonstances. La solution, c’est la vérité. Le mensonge, c’est nul. Les femmes sentent si les hommes baisent ailleurs ou ont envie de le faire. Il faut en parler.
La fidélité?
A fond! Si j’offre mon corps à un homme cela signifie que je suis suffisamment bien avec lui pour que ce soit épanouissant entre nous. Si j’ai envie de faire l’amour, je vais vers mon mec! Et je me dis que s’il va voir ailleurs, c’est que ce n’est pas épanouissant pour lui.
Qu’est-ce que le fait d’être connue a changé à votre vie amoureuse?
Que dalle. Je suis certes plus connue qu’il y a dix ans, mais l’image que je donne est fidèle à ce que je suis.
«Faut qu’on parle». D’Hélène Bruller. Drugstore, 80 p.
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