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Mais malgré ce coup de génie, notre steward a moins en commun avec l’idéologue ou le héros altruiste qu’avec D. B. Cooper, le pirate de l’air qui en 1971 se parachuta hors d’un Boeing 727 avec le sac de la rançon dans une forêt de l’Etat de Washington. Tant l’un que l’autre ont sauté d’un avion vers un destin incertain, tant l’un que l’autre ont agi en public et de manière spectaculaire, l’un comme l’autre se voyant immédiatement considérés comme de sympathiques hors-la-loi. (...) Steven Slater n’est pas réellement un criminel, mais il répond à la définition du «bandit héros» en termes de signification de son geste et de son effet sur l’imagination du public, explique Alexander Fink, économiste à la Georges Mason University.
Selon lui, les «bandits héroïques» sont admirés parce qu’ils mettent un doigt dans l’oeil d’un pouvoir oppressif, d’un gouvernement intrusif ou d’une place de travail insupportable. L’acte crée du tort à cette autorité et démontre à ceux qui la subissent qu’eux aussi ont le pouvoir et la possibilité de résister.
«En termes économiques, le coût du geste du steward est concentré sur la compagnie d’aviation, alors que les bénéfices sont largement dispersés à travers la population, vers d’autres stewards, les serveuses, le personnel des hôtels, vers toute personne se sentant obligée de faire un travail dont elle n’a pas envie, explique Alexander Fink. Avoir été témoin de cet acte leur est bénéfique, sa symbolique même donne un coup de fouet psychologique.» En brisant les règles d’un système oppressif, les bandits, volontairement ou non, exigent un système plus juste. «Parfois même, ils font profiter l’ensemble de la société du résultat de leur action.»
Dans un message récemment déposé sur un site d’employés de compagnies d’aviation, un certain Steven Slater exprimait son exaspération envers un système qui dresse les passagers contre les gens même qui les servent…
Dans les interviews, Slater ne se montre aujourd’hui que peu intéressé à incarner le héros de qui que ce soit. Ce qui le rend d’autant plus irrésistible. Les millions d’employés des services et les passagers frustrés n’ont pas à romantiser un escroc. Si son histoire tient la route, Slater tentait de faire un pas vers plus de civilité. C’est un bandit en cravate.
Adaptation IF
Tags: héros, Benedict Carey, JetBue Airlines,
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