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24 heures dans la vie de Berlin
Né dans l’esprit de Thomas Kufus et de Volker Heise, un documentaire filme la capitale allemande et ses habitants au plus près. Et prend avec originalité le pouls de la ville 20 ans après la chute du Mur.
Un budget de 2,8 millions d’euros, 400 personnes mobilisées, 80 équipes de réalisation, 3 années de travail, 22 personnages principaux, 50 personnages secondaires, 210 cartes mémoires de 32 gigas… 24 heures Berlin cumule les chiffres dantesques. Normal, tant le projet paraît hors norme. Filmer la capitale allemande le temps d’une journée, le 5 septembre 2008, en multipliant les regards et les protagonistes. Le tout en vue d’un documentaire de 24 heures, diffusé sur Arte le 5 septembre de l’année suivante.
Derrière ce défi cinématographique, deux hommes: le réalisateur Volker Heise et le producteur Thomas Kufus. Cofondateur et actuel directeur de Zero One Film à Berlin, ce dernier est un habitué des formats inédits comme des productions ambitieuses. Pour le cinéma, il a notamment produit les documentaires du Suisse Stefan Schwietert (Heimatklänge) et les films d’Alexander Sokurov. Pour la télévision, on lui doit, par exemple, l’émission Schwarzwaldhaus 1902 qui a inspiré Le mayen à la TSR.
Par sa longueur comme par son ambition, 24 heures Berlin surpasse pourtant les projets développés jusqu’ici par le producteur de 52 ans. Et poursuit une envie de restituer l’image de la capitale allemande dans son présent. «Aucune ville au monde n’a connu autant de changements que Berlin durant les cent dernières années, observe Kufus. Rien que depuis la chute du Mur, près de 2 millions de personnes ont quitté la ville, remplacées par autant de nouveaux arrivants.» En cette année de commémoration de la chute du mur de Berlin, le documentaire de Volker Heise se démarque ainsi des multiples productions rétrospectives et des images d’archives vues et revues, préférant esquisser un portrait humain et contemporain d’une ville jeune et chargée d’histoire à la fois. Et nourrie d’histoires quotidiennes.
De 24 heures à 100 minutes. Anonymes ou personnages en vue de la capitale – de Klaus Wowereit, maire de Berlin, à Jérôme Bony, correspondant de France 2 sur place – le film suit en parallèle une multitude de journées types, sans hiérarchie, dès le petit matin. Un couple aisé déjeune en lisant les journaux, un homme se coiffe au sortir de sa douche, un enfant attend que sa sœur ait terminé d’utiliser la salle de bain avant d’y entrer à son tour. Un autre enfant pleure parce que sa mère lui confisque sa console, tandis que les services de voirie se mettent en route et qu’un sans-abri erre en quête de drogue.
Dans son bureau de l’ancien Berlin-Ouest, où trône une imposante photo présentant toute l’équipe de 24 heures Berlin, Thomas Kufus avoue ne pas attendre des spectateurs une attention de 24 heures. Libre à chacun de s’intéresser par petits morceaux à l’aventure. Une logique qui explique un nouveau montage du film, le réduisant à une centaine de minutes pour sa diffusion le 9 novembre sur différentes chaînes de télévision. «A l’origine, nous avions 750 heures d’images, rappelle le producteur. Les réduire à 24 heures était déjà un défi. Et la version finale en est un autre, qui nous a forcés à reprendre l’entier du montage et à repenser le film.»
Grâce à ce travail, 24 heures Berlin conserve son charme en version courte, jouant d’un faux rythme prompt à maintenir l’attention du spectateur. Les scènes se suivent, alternant entre émotion et routine, gestuelle quotidienne et histoires personnelles, dessinant un Berlin au visage humain, les traits variés et expressifs. Jusqu’à donner à l’ensemble de faux airs de ballet désinvolte, pourtant réglé comme du papier à musique, meilleure manière de donner à voir la vie d’une mégapole chargée d’histoire.
À VOIR TSR2. Lu 9, 20 h 25.
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