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Histoire d’amour à contretemps

Mis en ligne le 05.02.2009 à 00:00

«L’étrange histoire de Benjamin Button» suit le destin romantique d’un homme vivant à rebrousse-temps.

L'Hebdo; 2009-02-05

Histoire d’amour à contretemps

ANTOINE DUPLAN

«L’étrange histoire de Benjamin Button» suit le destin romantique d’un homme vivant à rebrousse-temps.

Pour Benjamin Button, la flèche du temps s’est inversée. Elle mène du fruit à la fleur, et de la fleur à la graine. Il est né en 1918, octogénaire rabougri dont on pensait qu’il ne passerait pas l’hiver. Contre toute attente, le nourrisson chenu grandit, guérit de l’arthrite et de la cataracte. A 15 ans, sexagénaire sémillant, il prend la mer. Première virée au bordel, première cuite: même quand le temps passe à l’envers, il y a une première fois à toute chose.

Lointainement inspiré d’une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, réalisé par David Fincher, un cinéaste qu’on a connu plus noir (Se7en, Fight Club, Zodiac), L’étrange histoire de Benjamin Button est un conte philosophique qui s’amuse à revisiter l’histoire du monde et de l’Amérique (la crise, la guerre, le rock’n’roll) à la façon de Forrest Gump et prend des chemins de traverse cocasses, en tissant des faisceaux de hasards comme les apprécie Jean-Pierre Jeunet (Amélie Poulain).

Mais c’est surtout un grand film romantique: lorsqu’il a 10 ans et en paraît 70, Benjamin rencontre Daisy, l’amour de sa vie. Il la courtise plus tard, quand elle est devenue grande et lui moins vieux. Au milieu du chemin de leurs vies, Daisy (la sublime Cate Blanchett) et Benjamin ont le même âge, pendant un moment seulement, comme deux bateaux qui se croisent sur une rivière. Des années plus tard, un nouveau-né meurt de vieillesse dans le giron d’une femme âgée...

Temps d’aimer.

Les admiratrices de Brad Pitt auront un choc en découvrant le beau blond sous les traits d’un nabot ratatiné, puis seront soulagées de retrouver l’éclat de sa glorieuse maturité et même sa juvénilité dans Et au milieu coule une rivière. Extraordinaire comédien, la star investit son image glamour dans cette réflexion à grand spectacle sur le temps et la fatalité.

Jamais mièvre ou moralisateur, forcément mélan colique en dépit de son humour, le film témoigne d’une profonde tendresse pour le genre humain, monstres et salauds inclus, «tous des enfants aux yeux de Dieu». Comme le dit à Benjamin un pygmée égaré dans l’Amérique des années 20: «La plupart du temps, les gens comme nous se sentent seuls. Les gros, les maigres, les Blancs aussi...»

L’étrange histoire de Benjamin Button (The Curious Case of Benjamin Button). De David Fincher. Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Tilda Swinton, Julia Ormond. Etats-Unis, 2 h 44.

BENJAMIN ET DAISY

L’homme qui rajeunissait (Brad Pitt) et la femme de ses rêves (Cate Blanchett), au milieu du chemin de leurs vies.




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