Découvrir que les Lacustres sont issus de l’imagination des historiens du XIXe siècle est presque aussi traumatisant que d’apprendre l’inexistence du Père Noël. Comment? Cette civilisation sur pilotis qui inspira de magnifiques dessins à des générations d’écoliers, un roman à Rosny l’aîné et une exaltante légitimation de l’exception helvétique, c’était du flan? L’Histoire ne cesse de se réécrire. Les connaissances s’affinent, les fantasmes évoluent et chaque génération se croit plus finaude que la précédente. L’autre jour, dans Le Temps, un didacticien de l’Histoire réfutait la pyramide du pouvoir dans la société féodale, à laquelle il substitue «un ensemble diffus de réseaux et d’obédiences concurrents». Fort bien. Mais ce savant ne remplace-t-il pas un modèle périmé par un modèle plus récent? Le réseau est une marotte du XXIe siècle (voir Le Réseau de la Semaine en page 62). Il est loisible de plaquer cette grille de lecture sur des âges antérieurs. Ces spéculations nous rappellent un professeur de Lettres qui, à la fin des années 70, mû par un incoercible élan génératif-transformationnel, avait tracé sur le tableau noir une équation à quatre termes, dont le signifiant et le signifié, pour expliciter le Moyen Age. La démonstration a fait long feu. La toute-puissante linguistique est retournée à la poussière plus vite que les grands sphinx de pierre érodés par les vents du temps. Et que le mythe des lacustres, dont on rêve encore.
UNE ÉQUATION À QUATRE TERMES POUR EXPLICITER LE MOYEN ÂGE
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