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HMS «Victory»: la ruée vers l'or

Par Florence Perret - Mis en ligne le 22.01.2010 à 15:58

Légendaire. Le vaisseau avait disparu dans la Manche avec, dit-on, un trésor. Son épave fait l’objet de folles convoitises.

Les dizaines de coups de ca-non tirés durant la nuit n’auront servi à rien. Au petit matin, le HMS Victory, le plus imposant et prestigieux des bateaux, est avalé par une mer déchaînée. Nous sommes le 5 octobre 1744. L’amiral John Balchin, 50 gentlemen issus de la noblesse britannique et 1100 des meilleurs marins de la Royal Navy périssent tout comme nombre de moutons, oies et autres animaux tels que des cochons dans les eaux anglo-normandes de la Manche. Les habitants de l’île d’Alderney, à quelques miles du naufrage, sont pieds et poings liés. Non qu’ils soient sourds aux appels de détresse. Mais la violence de la tempête empêche toute tentative de sauvetage du vaisseau, le fleuron de la marine britannique dont les cales regorgent d’or. Cela, tous l’ignorent encore.

Retour à la vie. Lundi 2 février 2009 – 264 ans et des poussières plus tard – Odyssey Marine Exploration annonce l’incroyable: après des années de recherches, la société américaine a retrouvé l’épave du bâtiment de guerre que tous pensaient englouti à jamais. «C’est comme si John était revenu à la vie», aurait lancé son descendant, sir Robert Balchin, dont la famille se demandait depuis douze générations «ce qu’il s’était passé». «L’un des plus grands mystères de l’histoire navale», a déclaré Greg Stemm, CEO d’Odyssey.
Spécialisée dans les chasses maritimes au trésor, Odyssey a les preuves de ce qu’elle avance. Non seulement elle a pu inspecter l’épave grâce à Zeus, son robot télécommandé de 8 tonnes, mais en plus elle a déjà remonté deux canons. Deux pièces de bronze: un monstre de 4 tonnes portant le blason de George Ier, capable d’envoyer des boulets de 42 livres (19 kilos) et un canon fait pour cracher des boulets de 12 livres (5,5 kg) frappé aux armes royales de George II.
Plus de doute: il s’agit du HMS Victory, le vaisseau amiral de la Royal Navy, construit durant dix ans à Portsmouth. Le trois-mâts présentait 100 canons. La poigne de 14 marins était nécessaire pour manipuler chacune de ces armes qui vaudraient aujourd’hui jusqu’à 35000 francs pièce. Odyssey et son Zeus en ont localisé 41 jusqu’ici. Quid du reste du vaisseau? Malgré des conditions toujours plus mauvaises en raison d’intenses dragages dans cette partie de l’English Channel, l’épave qui repose sur le sable par 100 mètres de fond a encore quelques beaux restes, parmi lesquels la coque, le gouvernail, deux ancres, un chaudron de cuivre. Le chasseur de trésors a même trouvé «une partie de squelette dont un crâne et d’autres os», précise Odyssey qui s’est empressée de les réenfouir dans le sable.

Un milliard de dollars. L’or?… Rien n’est encore sûr. Mais trésor en fond de cale il devait y avoir si l’on en croit des indications de l’époque. Ainsi, le 18 novembre 1744, un mois et demi après le naufrage, la gazette Amsterdamsche Courant écrivait que le HMS Victory, envoyé à Lisbonne avec sa flotte pour secourir un convoi bloqué dans l’estuaire du Tage, rapportait une énorme somme d’argent. Sans doute des pièces d’or frappées au Portugal et au Brésil. Le chasseur de trésor a fait ses calculs: 100000 pièces d’or = quatre tonnes de métal = un milliard de dollars.
D’où le bras de fer qui s’engage entre Odyssey et le Gouvernement britannique. Déjà en litige avec l’Espagne après la découverte en 2007 du galion Nuestra Señora de las Mercedes y las Animas qui cachait le plus gros trésor sous-marin jamais trouvé, Odyssey va-t-elle pouvoir convaincre le propriétaire historique du vaisseau de lui assurer un retour sur investissement conséquent? Le ministère de la Défense se contente pour l’instant de rappeler que les restes étant «protégés par l’immunité souveraine», l’épave reste donc la «propriété de la Couronne». «Aucune action intrusive ne devra être menée sans le consentement explicite du Royaume-Uni», avertit-il.

Patrimoine naval. Et l’Unesco de mettre son grain de sel. Forte de sa Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique entrée en vigueur en janvier dernier, elle s’est «réjouie qu’un élément aussi exceptionnel du patrimoine sous-marin ait été découvert», mais a aussi espéré par la voix de son directeur Koïchiro Matsuura, que «toutes les parties concernées sauront faire en sorte que ce témoignage capital pour l’histoire navale britannique soit préservé, valorisé et ne fasse pas l’objet d’une exploitation commerciale».
9 octobre 1744. The London Gazette publie ces lignes de l’Amirauté en une de son édition: «Deux lettres du vice-amiral Stewart, datées du 7 et du 8 courant, rendent compte de son arrivée à Spithead (…) Le vaisseau de sir John Balchin a été séparé du reste de la flotte durant une rude tempête dans l’embouchure de la Manche.» Et les chants des marins de résonner de plus belle: «Long we waiting with Impatience, But no News of them could hear. The brave gallant Admiral Balchin With fourteen hundred Men beside, If she’s lost, went to the Bottom.» «Nous avons attendu avec impatience, mais pas de nouvelles d’eux. Du vaisseau du courageux amiral Balchin et de ses hommes. S’il est perdu, est allé au fond.»




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