L'Hebdo;
2000-11-09 Home sweet home...
L'homme fort de la planète a un nouveau visage. Et de Pékin à Caracas, en passant par Tokyo ou par Jérusalem, les gens le scrutent comme une carte météorologique pour deviner ce qui va leur tomber sur la tête. De l'argent? Du feu? De la sueur?
On a trop dit que les Américains n'élisent pas le président en fonction des perspectives de politique étrangère. Et pas assez qu'ils agissent ainsi comme tous les peuples de la planète gratifiés de la démocratie. Finalement, le locataire de la Maison-Blanche tente, comme la plupart des leaders dans les pays à tradition démocratique, d'agir dans l'intérêt bien senti de ses administrés, c'est-à-dire aussi le sien. Loin des propos de campagne, près des réalités.
C'est Wilson, en 1914, ou Roosevelt, en 1939, qui jurent de rester neutres avant de voler au secours des Alliés. C'est Nixon, l'anticommuniste, qui clôt la guerre du Vietnam et tend la main à la Chine. C'est Reagan qui peint les Soviétiques en tricheurs, puis signe l'accord de destruction des euromissiles. C'est presque autant d'exemples que de présidents.
Dix ans après la fin de la guerre froide, alors que le mythe de la Pax americana s'est évaporé, les intérêts de la première puissance mondiale ne conduisent pas le nouveau président à une interventionnite aiguë. Les Américains qui se sont constitués en se dressant contre un empire n'ont jamais eu vocation à en reconstituer un et leurs intérêts économiques à l'étranger semblent désormais mieux servis par la puissance de leurs entreprises que par le déploiement de leurs soldats.
Les Européens ne doivent pas pour autant craindre d'être lâchés brusquement. La volonté américaine de garder, comme une assurance anti-risques, le contrôle d'une Alliance atlantique en expansion vaudra bien un soutien aérien et non volatil. Mais à juste titre en Chine, en Russie, en Inde, dans des dizaines d'autres puissances, les chancelleries comptent déjà avec l'avantage de disposer d'une marge de manoeuvre plus appréciable. Le sentiment vaut aussi à Bruxelles, mais, là, on en est toujours à apprendre à marcher en rangs. Une, deux; une, deux... Denis Etienne
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