Le feu vert donné par la Commission de la concurrence (Comco) à ETA, qui appartient à Swatch Group, de réduire dès 2012 ses livraisons de mouvements terminés à ses concurrents suscite des réactions toujours plus vives.
«La Comco a pris cette décision sans nous consulter ni aucun de nos clients. C’est inadmissible», proteste Miguel Garcia, CEO de Sellita, à La Chaux-de-Fonds, une entreprise spécialisée dans la construction et l’assemblage de mouvements.
ETA va lui livrer l’an prochain 30% de mouvements de moins qu’en 2010. «Nous allons faire recours contre ces mesures provisionnelles», souligne Miguel Garcia, particulièrement remonté.
Parmi les quelque 200 clients de Sellita figure Louis Erard, au Noirmont (JU), qui verra ses achats de mouvements diminuer de 15%.
Alain Spinedi, CEO de cette société qui écoule 17 000 pièces par année et dont les mouvements proviennent à 60% d’ETA et à 40% de Sellita et de Soprod, se considère comme doublement pénalisé: «Nous ne pourrons même pas compenser la perte de volumes enregistrée chez ETA en nous tournant vers notre autre fournisseur Sellita, lui-même touché!
En 2012, nous avions prévu une croissance de 15%. Elle sera stoppée net», observe Alain Spinedi. Donc, en résumé, une baisse de 15% pour les horlogers, de 30% pour les fabricants de mouvements et aussi de 5% pour les producteurs d’assortiments. A qui la faute?
Laisser du temps. Les horlogers concernés, lucides et diplomates, n’en veulent pas à Swatch Group qui a déjà prévenu ses concurrents qu’il allait mettre un terme à ce que feu Nicolas Hayek qualifiait de «mentalité de supermarché», en leur coupant progressivement les vivres pour les inciter à devenir toujours plus autonomes.
«Je comprends la décision de Swatch Group qui, avec ses 19 propres marques, ne veut plus être obligé d’approvisionner des tiers. C’est le jeu normal de la concurrence», admet Alain Spinedi. Et ce dernier de s’en prendre à la Comco «qui ne laisse pas le temps aux fabricants de s’adapter».
En fait, la Comco a annoncé début juin l’ouverture d’une enquête pour déterminer si la décision de Swatch Group constituait ou non un abus de position dominante. Et cela, avec le concours du groupe biennois, apparemment soucieux de ne pas heurter outre mesure ses clients-concurrents.
Distorsion de la concurrence. Selon Patrik Ducrey, directeur suppléant de la Comco, «certains horlogers vont être consultés afin de savoir combien de temps il leur faut pour s’approvisionner ailleurs qu’auprès de Swatch Group».
Des questionnaires ont bien été envoyés à cet effet (en allemand et en anglais!), mais après que les mesures provisionnelles ont été prises.
Jean-Christophe Babin, CEO de TAG Heuer, s’étonne quant à lui que la Comco prenne une telle décision, préjugeant des résultats d’une enquête à peine commencée, et qu’elle laisse à Swatch Group la possibilité de choisir son niveau de réduction en fonction de sa clientèle. «N’y a-t-il pas là une distorsion de la concurrence?»
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