Les pommes ne tombent guère loin du pommier. Fils de Peter Ustinov, mort à Bursins en 2004, Igor Ustinov cumule les étiquettes. Sculpteur, chanteur et créateur bouillonnant d’idées, Igor Ustinov se lance dans le registre de l’amour sur internet ou Registerlove. Placé tôt à l’internat sur les bords du Léman, lui-même remarié, le sculpteur lausannois rêve d’instaurer un mode d’union à mi-chemin entre le mariage et l’union libre: «Le 30 janvier, une nouvelle manière de s’unir a fait son apparition sur le web. Désireux de compléter les différents moyens de relier hommes et femmes entre eux à travers les frontières et le temps, les fondateurs de Registerlove proposent des unions scellées dans un fichier international de l’amour.» Igor Ustinov rêve de réussir là où les Eglises échouent. La web-union ou e-amour s’opère en 3 phases: se déclarer, s’unir et se désunir. La première phase (gratuite) laisse dix jours pour répondre à cette déclaration d’amour ou d’amitié éternelle. Les deux autres phases sur le web coûtent 22 euros pour s’unir et autant pour se désunir. Moins cher que le mariage suivi du divorce!
SON PÈRE SIR PETER USTINOV
PETER USTINOV
Le comédien, écrivain, acteur de cinéma, réalisateur et metteur en scène, anobli par la reine d’Angleterre en 1990, est né à Londres en 1921: «Jeune, mon père m’a manqué. J’ai fréquenté les pensionnats, dès l’âge de 9 ans au Collège du Léman, puis au Rosey. Je m’étais habitué à voir mon père par écran interposé, mais on a eu finalement une amitié plus forte que le simple rôle père-fils. A la fin, on formait un couple de copains caressant des projets communs de fondations qui portent son nom.»
SA MÈRE ACTRICE
SUZANNE CLOUTIER
Cette actrice canadienne a épousé Peter Ustinov en 1954. Elle lui a donné trois enfants (voir ci-dessus). Partie pour New York comme mannequin pour Vogue, elle s’est retrouvée à Hollywood. Elle a joué pour Julien Duvivier, Orson Welles et avec Gérard Philippe dans Juliette ou La clef des songes de Marcel Carné. Elle a participé en 1965 à Lady L de Peter Ustinov, qui donnera les premiers rôles à Sophia Loren et Paul Newman. Divorcée en 1971, elle a travaillé pour la production musicale de Hair. A Paris, elle a œuvré comme consultante artistique, avant de déménager en Californie. Elle est décédée d’un cancer à Montréal en 2003.
SA FAMILLE
TAMARA, PAVLA ET ANDREA USTINOV
«Avec mes trois sœurs, nous formons une famille d’artistes disséminés: Tamara (à dr.), née d’un premier mariage, est comédienne en Angleterre. Pavla vit à Los Angeles où elle est réalisatrice. Andrea dessine des bijoux aux Baléares. Nous n’avons pas connu de vie familiale hormis les vacances sur le voilier paternel, réunis sur un espace très confiné. Nous formions une famille occasionnelle et flottante.» D’un premier mariage, Igor a une fille de 29 ans, Clara Victoria. Avec une maîtrise en muséologie, elle travaille à Paris pour la galerie Emmanuel Perrotin.
JIHAN USTINOV
Son épouse a étudié à Londres et est devenue Suissesse par mariage: «C’est une femme extraordinaire. Nous avons des origines différentes qui nous rapprochent. Saoudien, je n’aurais jamais osé Registerlove. J’attends de pouvoir m’unir avec elle sur le web, mais suis inquiet à l’idée qu’elle demande un délai de réflexion!»
LA BRANCHE MATERNELLE RUSSE
NADIA BENOIS
La mère de Peter Ustinov était une artiste peintre française. Ces Français, qui avaient émigré à la Révolution française, se sont installés en Russie et ont contribué à la construction de Saint-Pétersbourg.
LOUIS BENOIS
«Mon arrièregrand-père était l’architecte du musée russe de Saint-Pétersbourg qui abrite toujours un palaismusée consacré à ma famille. Un autre aïeul était un noble russe devenu protestant en 1850. Il a libéré ses moujiks. Il aurait pu être socialiste, mais a agi ainsi parce que son père avait abusé du droit de cuissage! Il a été exilé par le tsar pour quarante ans, est parti en Palestine assouvir sa passion de l’archéologie. Revenu en Russie en 1914, il était devenu Allemand, d’où le nom de Nadia Benois von Ustinov de ma grand-mère. Malgré la particule, c’étaient des Russes roses!»
SES AMIS PROCHES
JEAN-JACQUES GAUER
«Avec Igor, on a grandi ensemble. J’adore son humour», assure le directeur du Lausanne Palace, un autre élève du Rosey. «Adolescent, je n’arrêtais pas de faire le mur. J’avais 13 ans et Jean-Jacques trois ans de plus. La direction lui avait demandé, ainsi qu’à Olivier Freymond (avocat vaudois, ndlr), de partir à ma recherche. Ils m’ont rejoint au collège Brillantmont où j’allais voir ma sœur qui me devait un peu d’argent pour poursuivre ma fugue, juste muni d’un carnet à dessin et d’une gomme neuve. Ils ont su trouver les bons arguments: “On a tout arrangé: tu ne seras plus puni et l’on va augmenter ton argent de poche!” Quarante ans plus tard, Jean-Jacques me charrie toujours: “Tu t’enfuis et je viens te chercher!” C’était devenu une habitude. J’ai fugué quinze fois en un an… en accord avec mes sauveteurs! J’avais lancé la mode. Un jour, 35 élèves m’ont imité. Impossible de les renvoyer, cela aurait fait un trou dans la comptabilité!»
YANN VAUCHER
«Igor est quelqu’un de très créatif. Comme lui, je reste souvent frustré par mes débordements d’idées. Avec lui, on partage une même passion», confie Yann Vaucher. A 20 ans, il a créé une chaîne de boulangeries portant son nom et revendue à Pouly.
CHRISTOPHER WASSERMAN
«Il est généreux avec un sens de l’humour extraordinaire et il est fidèle en amitié. J’apprécie ses qualités de cœur», confie l’industriel Christophe Wassermann, héritier de Castolin.
LES ARTISTES DE RUE
JACQUES BASLER
Comme nombre d’artistes, dont le sculpteur Basler, Igor Ustinov possède un atelier à Rue (FR): «Il y a là plusieurs types de sculpteurs: ceux qui préfèrent la matière à l’espace et ceux qui aiment l’espace plus que la matière. Le lieu devrait être plus connu, mais pour franchir Le Chalet-à-Gobet, il semble qu’il faille traverser une frontière invisible. Un sculpteur a des matériaux à entreposer, mon épouse ne l’aurait pas supporté.»
SES FONDATIONS
SIR PETER USTINOV
Ses fondations à Düsseldorf et à Genève, ainsi que l’Institut Ustinov à Vienne, œuvrent dans une quinzaine de pays en Asie et en Afrique. L’objectif est d’aider les enfants à lutter contre les préjugés: racisme, misère ou noma: «A la fin de sa vie, mon père était très populaire en Allemagne. Plusieurs lycées portent son nom. Avec une constante: développer un modèle d’éducation proche des écoles internationales que j’ai fréquentées.»
SES CONCURRENTS
CÉSAR ET ARMAN
«Mon professeur à l’école des Beaux-Arts de Paris était le sculpteur César. Il m’appelait “mon cher concurrent”, car je lui avais pris une commande destinée au siège de la Bourse de Paris. C’était une œuvre englobant un coffre de la Chase Manhattan de 1921. César avait demandé 10 millions de FF. Ils se sont alors tournés vers le plasticien Arman, avant de tomber sur moi. Haute de 8 m 50, Subsistance comprend cinq personnages arrachant la porte du coffre. En apercevant l’œuvre au cœur de la Bourse, un ouvrier s’est exclamé: c’est un cambriolage!» Le sculpteur ne se connaît pas d’ennemis déclarés. «Quand on crée, forcément on dérange.»
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