Sorti en février 2011, DSK au FMI dresse le portrait d’un homme brillant qui a sauvé une institution en déperdition. Son auteure parle des conséquences de son départ.
Quel sera l’impact de ce départ abrupt sur l’avenir du FMI?
Le numéro deux de l’institution, John Lipsky, assure l’intérim. En parallèle commence évidemment une bataille politique pour la succession, bien que tout cela soit encore officieux. Seule Angela Merkel a déjà déclaré qu’elle souhaiterait voir un Européen occuper ce poste.
On sait qu’il y a aussi des chances qu’un pays émergent l’obtienne. Ce départ inattendu a-t-il affaibli la position de l’Europe?
Le débat entre Européens et pays émergents existait déjà en 2007, quand Dominique Strauss-Kahn a été nommé directeur général du FMI. Entre-temps, il y a eu la crise de la dette en Europe et une implication massive du FMI sur le Vieux-Continent, ce qui pourrait servir d’argument aux Européens pour mettre l’un des leurs à ce poste.
Quant aux Etats-Unis, ils voudront aussi garder la présidence de la Banque mondiale, donc tout cela fera partie d’un marchandage.
Quel rôle Dominique Strauss-Kahn a-t-il joué personnellement dans la refonte du FMI?
Il a joué un rôle énorme en s’impliquant dans la gestion de la crise mondiale et en participant aux prêts dans la zone euro. Plus généralement, il a apporté une vision très keynésienne à l’institution. Il a mis en place les prêts à taux zéro pour les pays d’Afrique et a fait avancer les quotas pour les pays émergents.
La crise de l’eurozone serat- elle gérée différemment à partir de maintenant?
C’est possible. Dans la gestion de la crise grecque, il négociait directement avec Angela Merkel, il connaissait aussi très bien Georges Papandréou.
Votre livre est consacré à ce que vous appelez la «renaissance du FMI» sous DSK. Avouez qu’il a quand même été très bien servi par la crise financière de 2007-2008.
Bien sûr. Mais, avant la crise, il a fait son travail de manager en mettant en place une vaste réforme budgétaire. Cela lui a permis d’obtenir la confiance nécessaire de la part des Américains et des Européens pour, ensuite, être très réactif au moment de la crise.
Vous avez consacré un bref chapitre au scandale entourant sa liaison avec une subordonnée hongroise en 2008, présentant cet épisode comme un faux pas isolé. Au vu des événements de ces derniers jours, pensez-vous qu’il aurait fallu aborder cette affaire différemment?
Non, parce que cette affaire était terminée; il y avait eu une enquête et Dominique Strauss-Kahn avait été blanchi. Il avait reconnu les faits et exprimé ses regrets. Il n’y avait aucune affaire pénale.
Dans le cadre de votre enquête vous avez rencontré ses sympathisants et ses détracteurs. Parmi ces derniers, personne ne vous a parlé des problèmes qu’il aurait avec les femmes en général?
Non, parce que j’ai fait une enquête sur son travail au FMI, donc ses détracteurs étaient plutôt des gens qui n’aimaient pas l’institution. Je me suis limitée à cet aspectlà.
A la suite de son arrestation à New York, on découvre une foule de témoignages, notamment de journalistes, qui laissent croire que Dominique Strauss-Kahn utilise souvent le cadre professionnel pour entrer dans des relations intimes…
Quelle est votre question exactement?
Vous qui l’avez côtoyé longuement dans le cadre de cette enquête, n’avez-vous jamais ressenti ce côté du personnage?
Ecoutez, Dominique Strauss-Kahn est un charmeur, un séducteur, je le dis même dans mon livre. Mais non, il n’a jamais eu une attitude inappropriée avec moi, si c’est la question que vous me posez.
«DSK au FMI. Enquête sur une renaissance». De Stéphanie Antoine. Seuil, 204 p.
Profil
STÉPHANIE ANTOINE
Diplômée de Sciences Po Paris (1991) et détentrice d’un master de journalisme à NYU, elle a travaillé à ABC News et CNBC (New York), puis comme reporter pour Zone interdite sur M6. Depuis 2006, elle présente le Journal de l’économie sur France 24.
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