Nicolas «Abdullah» Blancho
«Il fait penser à Iznogoud!»
NOUVELLE STAR. En quelques semaines, Nicolas Blancho est passé de l’anonymat à une célébrité nationale, devenant une vedette des médias. Musulmans modérés, historien des religions ou politicien, ils expliquent pourquoi.
«Ça ne vous embête pas trop de vous faire piquer la vedette dans les médias suisses par Nicolas Blancho?» Dans les allées du Salon du livre de Genève, la question fait sourire Tariq Ramadan. Le professeur genevois tenait jusque-là souvent le rôle à la fois du méchant et de l’intellectuel discourant sur les polémiques en cours au sujet de l’islam en Suisse. Et voilà que débarque ce jeune homme, «surévalué», se contente de lâcher Ramadan. En un mois, le barbu biennois Nicolas «Abdullah» Blancho, converti portant djellaba blanche et une taguiya sur la tête, s’est transformé en islamiste sulfureux, ennemi public, mais Number One de l’audimat: un «Ben Laden» suisse, rien que ça. Comment en est-on arrivé là? C’est le 11 février 2006, lorsqu’un millier de musulmans prient devant le Palais fédéral, que Blancho apparaît dans les médias. Organisateur de la manifestation, il est alors interrogé par L’Hebdo (lire l’édition du 16 février 2006), soulignant par exemple que les attentats new-yorkais du 11 Septembre avaient «une raison d’être». Ensuite, c’est l’intitulé de son mouvement, le Conseil central islamique suisse (CCIS), qui fera, plus récemment, lever les sourcils. Hafid Ouardiri, ancien porte-parole de la Mosquée de Genève, reste sidéré: «C’est incroyable de prétention», tonne-t-il. «Et cela alors que l’on commençait à grand-peine à sortir des clichés. Que l’on essaie de trouver des façons intelligentes de fédérer un peu les musulmans de Suisse, pour être plus visibles. Et au lieu de ça, on se retrouve avec cet épouvantail, littéraliste, rigoriste, borné: quelqu’un comme lui fait du mal à l’islam. Dès que je l’ai vu, j’ai senti qu’il avait tout pour être instrumentalisé. Il me fait carrément penser à un personnage de BD: Iznogoud, celui qui veut être calife à la place du calife.»
C’est le 8 avril dernier que Blancho passe du statut d’agité local du supposé «Biennistan» au titre de «plus dangereux islamiste de Suisse»: le titre barre la couverture du magazine suisse alémanique Weltwoche. Réputé à droite, voire aligné sur les thèses UDC, l’hebdomadaire de Roger Köppel met sur sa une un cliché de Blancho en gloire sur fond rouge. Suit un portrait du Biennois en fondamentaliste militant, obtus et ennemi des femmes. La machine des médias ne va plus s’arrêter. Les quotidiens enchaînent, puis c’est la grande émission de débat de la télévision alémanique Arena qui invite Blancho le 23 avril. Jusqu’à L’Hebdo, qui tente cette semaine d’expliquer le phénomène.
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