Nos rentes AVS sont-elles encore sûres après la crise financière? C’est une des questions clés qu’abordera le 9 mai prochain le Forum européen de Lucerne, dont L’Hebdo est le partenaire média en Suisse romande.
L’un des experts invités, le professeur de l’Université de Saint-Gall Hans Groth, ne dramatise pas la situation, mais il prévient: «Il faut agir aujourd’hui et réformer notre système des rentes de manière créative et intelligente».
La Suisse peut s’atteler sereinement à la tâche. A en croire de nombreux indicateurs, elle est en bien meilleure posture que ses voisins. Grâce à un taux de natalité en légère hausse, mais surtout à une grande attractivité, elle affiche une forte immigration économique.
Les dernières prévisions de l’Office fédéral des statistiques esquissent une Suisse prospère attirant de nombreux travailleurs européens notamment, qui pourraient faire grimper le nombre d’habitants à 8,8 millions à l’horizon 2035. En revanche, des pays comme l’Italie (- 1,3% d’habitants en 2030) ou l’Allemagne (- 4,5%) vont se dépeupler.
Aux yeux de Hans Groth, l’actuelle forme économique de la Suisse ne change pas fondamentalement les données du problème à l’heure d’assurer la pérennité de l’AVS: «L’immigration freinera le phénomène du vieillissement de la population, mais elle ne le stoppera pas. A cet égard, l’espérance de vie est décisive. Or, un Suisse vit aujourd’hui encore vingt ans à la retraite, alors qu’il décédait cinq ans après l’avoir prise lorsque l’AVS a été créée en 1948.»
Un choix individuel. Le débat politique qui s’engage concerne certes la société tout entière, mais la décision ultime reviendra à l’individu. L’époque d’un âge de la retraite fixe, comme c’est le cas aujourd’hui à 65 ans pour les hommes et 64 ans pour les femmes, appartiendra bientôt au passé.
L’heure est à la flexibilisation. Interrogé sur son cas personnel, Hans Groth n’élude pas la question: «J’ai 58 ans. Je peux m’imaginer de continuer encore cinq ans à plein temps, puis de réduire mes activités à mi-temps jusqu’à 70 ans.
Désormais adultes, mes enfants sont d’ailleurs conscients qu’ils travailleront jusqu’à cet âge environ.» Il ajoute que l’économie développera vite de tels modèles lorsqu’elle manquera de main-d’œuvre qualifiée.
De son côté, Timo Baas, collaborateur scientifique à l’Agence fédérale allemande du travail, se penchera à Lucerne sur l’influence des migrations sur le marché du travail. L’an dernier, il a cosigné une étude sur l’impact de la libre circulation des personnes depuis l’élargissement de l’Union européenne (UE) à 25, puis 27 membres.
Chaque année, 250 000 citoyens d’Europe centrale et de l’Est ont émigré dans les pays qui constituaient originellement l’Europe des Quinze ( 350 millions d’habitants). Sur la base de ces chiffres, l’étude a calculé trois scénarios d’immigration d’ici à 2020 pour plusieurs pays, dont l’Allemagne.
Celle-ci devrait accueillir entre 100 000 et 140 000 nouveaux immigrés des pays de l’Est par année d’ici à 2020. Cela paraît beaucoup, mais c’est proportionnellement peu par rapport aux effets de la libre circulation sur la Suisse. Selon Timo Baas, cet afflux ne posera pas de problèmes insolubles: «L’économie allemande, qui accusera probablement une forte croissance d’environ 3% en 2011, aura besoin de ces travailleurs qualifiés pour pallier le vieillissement de la population.»
Solde positif. Tout compte fait, les immigrants dus à la libre-circulation auront probablement un impact plus positif que négatif sur les assurances sociales, ainsi que le relève le chef de l’Office fédéral des assurances sociales Yves Rossier, lui aussi invité à Lucerne.
«Ce sont des gens qualifiés qui paient des contributions. Ils sont jeunes, donc tempèrent les effets du vieillissement de la population sur les finances de nos assurances. Enfin, nous constatons que leur risque de tomber à l’AI est plus faible que chez les Suisses.» Au total, même si ces travailleurs toucheront une partie de leurs contributions, le solde reste positif pour la Suisse.
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