In-dé-pen-dances!

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 25.10.2012 à 01:48

L’euro devait, disait-on, se casser en morceaux. Cela n’arrive pas. Serait-ce plutôt quelques Etats composites qui volent en éclats?

Les 2 millions de Basques ont donné une majorité à un parti de droite (PNV) hier attaché à une autonomie renforcée, aujourd’hui se disant partisan de l’indépendance. Il gouvernera l’Euzkadi avec une formation plus dure (EH Bildu), héritière des terroristes de l’ETA qui ont rendu les armes. Le traumatisme de cette guerre est tel cependant qu’il rend peu probable le détachement de la province.

Avec l’accord de Londres, les Ecossais voteront sur leur attachement à la Grande-Bretagne. Pas sûr du tout qu’ils disent oui. Ils aimeraient bien profiter davantage de leur pactole pétrolier. De là à rompre avec la séculaire union… Les Belges flamands font fête à un Bart De Wever (du Nieuw-Vlaamse) qui rêve de larguer les francophones. Créer un jour deux Belgique? Pas sûr. Bruxelles n’appartient ni à l’une ni à l’autre. Plus probable, les deux pans du pays continueront de dériver et ne garderont en commun qu’une vague enveloppe, un roi et une armée sans poids. Plus inquiétant: ce leader, fort intelligent, flatte les penchants antisémites, xénophobes et homophobes de sa base électorale. Historien, il défend encore son grandpère, qui fut membre du parti d’extrême droite reconnu par les nazis.

Tout autre configuration idéologique en Catalogne où le souvenir du franquisme est un cauchemar. Là, les indépendantistes se posent en victimes du centralisme espagnol mais aussi en chantres de la modernité économique, désireux de foncer sans entraves vers une Europe renforcée. Problème: à tous les défis inquiétants du moment (chômage, dettes…) il est répondu en agitant le drapeau de l’in-dé-pen-dance. Trop facile. Mais révélateur: dans le désarroi du moment, les peuples sont à la recherche d’une vision, d’un projet mobilisateur. L’Union européenne devrait l’offrir. Emberlificotée dans ses casse-têtes financiers, représentée par des hommes sans charisme, éclipsée par les shows politiques nationaux, elle ne le fait pas.

Le désamour des partis, de gauche comme de droite, qui ont dirigé les Etats européens dans la crise, fait naître l’envie de nouvelles formations, porteuses de propositions simples. Les indépendantistes de tout poil en profitent. Mais il n’y a pas que les difficultés économiques qui font monter la fièvre: il y a, ici et là, comme un désir profond d’affirmer les identités propres, la quête d’un avenir qui fasse vibrer. Alors que les Etats n’annoncent que périls et restrictions de budget.

Ces nouvelles nations verront-elles le jour? On en est loin. Aucune d’elles n’a le moindre avenir sans adhésion à l’Union européenne. Or ses dirigeants, nationaux ou communautaires, ne sont guère prêts à accepter de morceler davantage la grande maison. Ils partagent la crainte de l’ex-premier ministre espagnol Felipe Gonzalez qui refuse «la balkanisation de l’Espagne et du continent».

Les Catalans font néanmoins remarquer que les Etatsnations ont perdu de leur superbe. Hier ils contrôlaient la monnaie, c’est fini, les frontières commerciales, fini aussi, le budget, fixé maintenant sous le contrôle de l’Union, la diplomatie, européanisée elle aussi. L’armée? Elles sont aujourd’hui dépendantes des alliances. Dès lors, se disent les partisans d’une Europe des régions: dépassons les cadres des siècles passés, bâtissons une Union renforcée qui intégrera ses diverses parties dans le respect de leur identité et de leurs compétences locales.

La perspective a de quoi plaire à ceux qui veulent réinventer l’Europe. Mais elle paraît d’un optimisme naïf. Elle ignore l’attachement de la plupart des peuples à leur nation telle qu’elle est. Elle ouvrirait aussi une probable période de divisions et de conflits qui détournerait l’attention des tâches urgentes, qui donnerait du grain à moudre aux adversaires de toute union, qui, au bout du compte, affaiblirait le continent dans son face-à-face avec les géants.

Reste qu’il est temps de sortir des idées simplistes. Les indépendantistes ne sont pas tous des extrémistes fascisants ou révolutionnaires. Ils avancent avec de solides atouts. Aux Etats de trouver, en leur sein et dans l’UE, des réponses fédéralistes sérieuses. Aux Européens de démontrer que leur projet est une raison d’espoir plus crédible que le bricolage de nouvelles frontières.
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