Un article de presse signé de l’Agence télégraphique suisse (ATS) est rarement contesté ou mis en doute. Car l’ATS ne lance pas de brûlot, ni d’anathème, ni de campagne de dénigrement. Ce n’est pas son genre. Ce n’est pas ce qu’on attend d’elle. L’ATS vérifie ses informations à de multiples reprises, ne dit jamais «je», ne commente pas l’information qu’elle livre aux lecteurs. Elle relate les faits, les dates, les lieux, répertorie équitablement les réactions officielles. En ces temps vertigineux où l’information circule plus vite que la lumière, où l’internet invente des espaces d’immédiateté, où l’actualité brûlante s’alimente parfois sur les braises de la rumeur, ces pratiques quasi anachroniques estampillent une information du sceau de l’authenticité. Citons à ce sujet, les propos du patron de l’AFP, l’une des plus anciennes agences mondiales, parus dans Le Monde, (28 décembre 2009): «Des procureurs ès médias jugent abruptement que les agences de presse sont inadaptées aux besoins de leurs clients, donc de leurs usagers, inadaptées aussi au monde d’Internet, à l’information du XXIe siècle, l’univers de Facebook et de Twitter. Ringardes, quoi. Aux Etats-Unis, en Europe, en France, pour certains journaux frappés par la crise et attirés par la soudaine inflation des sources gratuites en tout genre, les abonnements aux agences sont remis en cause. Ce n’est pas tant la qualité ou la pertinence des informations délivrées par les agences qui sont pointées du doigt, mais leur prix.»
En Suisse aussi, l’agence télégraphique vit des heures difficiles. A la fin de l’année passée, les déficits l’ont contrainte à se restructurer. Aujourd’hui, après négociations, cinq licenciements sont annoncés, la plupart en Suisse romande. En cause, la crise que traverse aujourd’hui la presse écrite. Moins il y a de journaux, moins il y a d’articles publiés, moins il y a d’articles publiés, moins il y a de commandes passées à l’ATS.
La schizophrénie des éditeurs. Et les éditeurs, qui sont à la fois propriétaires et clients de l’ATS n’y peuvent pas grand-chose, coincés dans une posture quasi schizophrénique… Quand ils siègent au conseil d’administration, ils disent: les chiffres rouges sont alarmants, il faut faire quelque chose. Et quand ils sont clients de l’ATS, ils se rétorquent à euxmêmes: les prix sont trop élevés, on ne peut plus les assumer.
Alors qui? Qui peut réagir? Qui peut garantir que la diversité des voix, des opinions, des régions soit dûment racontée, et qu’elle atteigne toutes les populations du pays? C’est la question que des parlementaires ont posée, rejoints par la Conférence des Gouvernements de Suisse occidentale. L’Etat ne devrait-il pas s’engager à consolider le rôle de l’Agence télégraphique suisse, et par là même lui assurer un financement pérenne? J’en suis persuadée. La Confédération est un des principaux clients de l’ATS. Les journalistes de l’agence suivent toutes les conférences de presse des départements et des commissions parlementaires; et les services du Parlement et de la Confédération ont l’autorisation d’utiliser les articles de l’agence sur leur propre espace d’information. Ces prestations sont réglées par un contrat de prestations, pour un million de francs par année. Rien n’empêcherait le client public de se montrer plus généreux.
Loi sur les langues. Autre piste, la loi sur les langues, qui doit entrer en vigueur en janvier 2010, prévoit à l’article 18, que «la Confédération peut accorder des aides financières aux agences de presse d’importance nationale qui diffusent des informations portant sur les quatre régions linguistiques du pays». Le Conseil fédéral répondra, en mars à une interpellation allant dans ce sens. Souhaitons qu’il soit ouvert à la question…
Car dans un pays où la chaîne de production d’une information est si fragile, si parcellisée, le rôle d’une agence nationale n’en est que plus déterminant. Pour faire battre le cœur des régions. Un soutien public à l’ATS témoignerait indirectement de notre volonté à l’entendre.
L’ÉTAT NE DEVRAIT-IL PAS S’ENGAGER À CONSOLIDER LE RÔLE DE L’AGENCE TÉLÉGRAPHIQUE SUISSE, ET PAR LÀ MÊME LUI ASSURER UN FINANCEMENT PÉRENNE? J’EN SUIS PERSUADÉE.
PROFIL: GÉRALDINE SAVARY
Conseillère d’Etat (VD/PS). Née en 1968. Journaliste de formation. Mariée, 2 enfants. Elle est élue au Conseil communal de Lausanne en 1998. Elle fait son entrée au Conseil national en 2003, elle est élue à la Chambre haute en 2007.
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