L'Hebdo;
2002-11-07 Insomnia
Naguère, lorsqu'un cinéaste formé à l'école formelle du vidéo clip multipliait les audaces, on disait qu'il filmait en virtuose. Issus des meilleures écoles, tous les jeunes réalisateurs sont aujourd'hui des virtuoses. «Remakant» un film suédois, Christopher Nolan, 32 ans, met en scène un flic ripou, stressé en Alaska par le soleil de minuit. Pour exprimer l'insomnie, l'anxiété, la culpabilité, notre surdoué adopte un mode narratif mené à un tempo d'enfer - l'équivalent cinématographique d'un solo de batterie. Les numéros d'acteurs (pas de deux entre Al Pacino et Robin Williams) sont truffés d'inserts quasi subliminaux. Comme n'importe quel flic contemporain, Pacino a des éclairs de clairvoyance, quelques hallucinations aussi. Des flashes-back le secouent. Nolan ne manque jamais de souligner visuellement les points importants du dialogue: mentionne-t-on une arme? L'arme est montrée en une fraction de seconde. Ressentez-vous des petits flashes, comme des feux-follets? Le temps d'une nictitation, l'image passe au blanc. Plus besoin de mots, l'information passe par le regard. Bravo! Cette excellence formelle détournant les spectateurs de l'humanité des personnages, lasse toutefois un tantinet. A. D.
« De Christopher Nolan. Avec Al Pacino, Robin Williams. Etats-Unis, 1 h 58.
Parlez-moi d'amour
Il ne manquait plus que ça: Sophie Marceau passe pour la première fois derrière la caméra. Ce téléfilm oscillant entre naturalisme familial et nunucherie avérée fait office de thérapie après sa rupture avec Zulawski. Non contente de ressembler physiquement à la réalisatrice, Judith Godrèche pousse le mimétisme jusqu'à jouer comme une savate.
« De Sophie Marceau. Avec Judith Godrèche, Niels Arestrup. France, 1 h 28.
Une femme de ménage
Célibataire quinquagénaire, Jacques se prend une femme de ménage. Jeune, fraîche et jolie. Quand vont-ils coucher ensemble? Le suspense prend fin au bout d'une demi-heure pour laisser place à une comédie douce-amère sur la différence d'âge et de culture - à la plage, elle lit «Gala» et lui une biographie de Dostoïevski. Après avoir traduit en superproductions le patrimoine littéraire français (Pagnol, Zola...), Claude Berri fait profil bas. Par chance, son petit film bénéficie de la présence de Jean-Pierre Bacri, toujours parfait en bougon inquiet. Sans lui, cette comédie pantouflarde serait infréquentable.
« De Claude Berri. Avec Jean-Pierre Bacri, Emilie Dequenne. France, 1 h 28.
scènes
Pierre Boulez §§§
La poésie de René Char vit de chocs entre les mots, les images et les sons. Une poésie d'échos, de résonances, qui touche au-delà du sens. Il en va de même de la musique de Pierre Boulez. Elle puise sa magie et la distille au-delà d'un discours suivi. Boulez, grand intellectuel de la scène musicale mondiale de l'après-guerre (il vient de fêter ses 77 ans), modèle d'ascèse et de rationalité, concepteur de nombreux projets artistiques et d'instruments informatiques, fondateur d'ensembles et d'institutions, chef d'orchestre intransigeant du grand répertoire symphonique et lyrique, compose paradoxalement des musiques vibrantes et sensuelles, des myriades d'étincelles qui éclatent à l'air libre. "Le marteau sans maître", sur des poèmes de René Char justement, est un de ses classiques qu'on retrouve à l'affiche du prochain concert de l'Ensemble Intercontemporain, à côté des variations instrumentales "Dérives 1 et 2", plus récentes. Pierre Boulez est au pupitre de son ensemble fétiche et des musiciens genevois de Contrechamps. A mains nues, avec calme et maîtrise, il incarne sans manières l'intelligence faite émotion. D. R.
« Genève. Grand Théâtre. Di 10, 20 h. Rens. 022 418 31 30.
n Quatuor Arditi §§§
Ils connaissent toutes les tendances, tous les secrets de la musique contemporaine. Crème des quatuors à cordes et fabuleux passeurs, les compères d'Arditi sont de la race des créateurs, partenaires privilégiés des compositeurs de notre temps. Les voici pour plusieurs jours sur la Riviera, riches de leurs passions plurielles - Beethoven, Berg, Bartok, Schoenberg tout comme Xenakis, Sofia Gubaïdulina, Wolfgang Rihm, Kurtag ou Ligeti. Des «classiques» en somme, immortels d'hier et d'aujourd'hui. D. R.
« Vevey. Théâtre. Je 7, ve 8, sa 9, 20 h. Di 10, 11 h et 20 h. Rens. 021 923 60 55 et Billetel.
n Festival Metropop §§
Pour sa deuxième édition, le festival lausannois propose une affiche pop diversifiée. Groove potache pour l'ouverture jeudi avec les Fun Lovin' Criminals que précédent les prometteurs Magic Rays. Fusion électro rock le lendemain avec Rinôçérôse et Archive, deux groupes suiveurs et guère inspirés. La véritable tête d'affiche reste les Doves. Cette formation anglaise, dont le dernier album «The Last Broadcast» compte parmi les meilleurs disques pop de l'année, clôture le festival. Mi. M.
« Lausanne. Salle Métropole, du 7 au 9. Rés. 0900 552 333 ou www.metropop.ch
disques
n Johnny Cash §§
On le sait malade. Géant que les matins découvrent trembleur, dans des draps qui prennent chaque jour un peu plus l'aspect du linceul. On ne cesse d'écouter ses trois derniers albums, ses «American Recordings», crépusculaires comme les romans de Cormac McCarthy, et désormais moins country que sermon. On ne l'attendait plus. Lui même, pensait-on, avait probablement renoncé. Vaincu. Mais revoici Johnny Cash qui a trouvé sa force dans la maladie même. Il dit s'être parfois traîné, fantôme muet, dans le salon de son producteur Rick Rubin pour y enregistrer, alors que la faiblesse devait le clouer chez lui: «Je ne pouvais pas l'accepter.» Voici donc «The Man comes around». Ce Man, qui n'est pas lui mais Dieu, qui hante depuis toujours un répertoire peuplé d'assassins, de drogués et de destins fracassés sous un train ou le marteau d'un juge. Ces chansons, signées de sa plume ou reprises à d'autres (Nine Inch Nails, Depeche Mode...) n'ont pas toutes l'ampleur de «Hung my Head», ce tableau d'une Amérique portée sur les armes. Et «In my Life» des Beatles a des accents de testament. Qu'importe. Peut-être est-ce son ultime album? Merci pour ce cadeau. T. S.
« «The Man comes around». American/Universal.
n Radio 4 §§
New York redécouvre son passé new wave. Après les très atmosphériques et boudeurs Interpol, au tour de Radio 4 de ressusciter cette fois l'esprit punk funk du début des années 80 (Gang of Four, Mission of Burma, Bush Tetras, etc.). Un son décidément très à la mode. En attendant l'album très attendu de The Rapture, «Gotham!» réserve quelques bonnes compositions, sèches et saignantes. Des titres à la syncope glaçante, alliant groove implacable et rage froide. Sympa mais décidément trop hype pour être vraiment honnête. Mi. M.
« «Gotham!» City Slang, distr. EMI.
n Kocani Orkestar §§§
Dilemme balkanique. Que faire lorsque l'on est brouillé avec son chef d'orchestre, par ailleurs trompettiste virtuose? Fonder une autre fanfare portant le même nom et engager... un chanteur. Les Tsiganes macédoniens de Kocani, toujours aussi chauds, rapides, cuivrés et désormais pilotés par le saxo orientaliste d'Ismael Saliev et la voix charmeuse du jeune Ajlur Azizov revisitent le répertoire des mariages. Levez les mouchoirs, agitez les hanches et faites sauter les bouchons!
T. S.
« «Alone at my wedding». Crammed / RecRec.
livres
n Je suis tout §§§ ce que je rencontre
Quelle imagination! Quelle souplesse d'esprit, quelle curiosité galopante, insatiable! Corinne Desarzens gagne à chacun de ses livres en liberté créatrice et en maîtrise de celle-ci ce qu'elle ne gagne pas en notoriété, ce qui est bien dommage. Prenez sa dernière livraison, en fait deux livres jumeaux d'une érudition sensuelle, minutieuse et fascinante. «Je suis tout ce que je rencontre» pénètre loin dans l'univers des araignées, les vraies comme les métaphoriques. «Je voudrais être l'herbe de cette prairie» regarde lui l'herbe comme jamais on ne l'a regardée, s'y roule dedans, de Lisbonne au Far West. Jubilatoire. I. F.
« De Corinne Desarzens. Editions de l'Aire, 152 p.
n Deux bébés et l'addition §§§
Yéno, sage-femme au masculin, est en colère. Contre «Utérus chéri», la mère qui les a abandonnés lui et sa jumelle. Contre les injustices tout court. A la maternité des Groseilles, il accouche et milite au sein de la LSFR (Ligue des Sages-Femmes Révolutionnaires) aux côtés de Super-Jamie, Moins Que Zéro et Nidale Gemayel, suçoteuses de Chupa Chups capuccino et preneuses d'otage. Sous fond de Loft Story et d'élection chiraquienne, avec une ironie mordante, Bessora tire sur la non-acceptation des différences et le racisme au quotidien. Et pose une question essentielle: pourquoi n'y a-t-il pas de bananes plantains au Monoprix? La Négrille lui dit merci. F. D.
« De Bessora. Le Serpent à Plumes, 275 p.
Et encore...
chanson
Enzo Enzo
Chanson française et mots bleus.
Onex. Salle communale. Je 14, 20 h 30. Rens. 022 879 59 99.
classique
Vivaldi
Le Swiss Consort effeuille les célébrissimes Saisons.
Yverdon-les-Bains. Château. Di 10, 20 h 30. Rens. 024 423 65 84.
Vadim Repin
Le violoniste en récital Schumann, Prokofiev, Schubert.
La Chaux-de-Fonds. Salle de musique. Ma 12, 20 h 15. Rens. 032 913 38 66. Fribourg. Aula de l'Université. Ve 15, 20 h. Rens. 026 323 25 55.
Pieter Wispelwey
Violoncelle seul et éclectique, de Bach, Reger à Ligeti.
Bienne. Salle de la Loge. Me 13, 20 h. Billets à l'entrée.
electro
Soirée Morr Music
Le label d'electronica pop allemand visite l'Europe. Ms John Soda, Manual, Herrmann & Kleine composent l'affiche inédite de cette soirée qui célébrera la mélancolie dansante.
Genève. L'Usine. Ve 8, 21 h 30.
Carl Craig
Le producteur mythique de Detroit se produit en tant que DJ.
Genève. Weetamix. Sa 9, 24 h.
expositions
Shirana Shahbazi
Le regard sur l'Iran de cette jeune photographe née à Téhéran et qui vit aujourd'hui à Zurich.
Lausanne. L'Elac. Du 8 au 30 novembre, me-sa 14-18 h.
Ursula Mumenthaler
La photographie pour projeter l'espace dans une surface plane et se jouer des perceptions.
Nyon. Confer artactuel. Jusqu'au 21 décembre, je et ve 14-19 h, sa 11-16 h.
IN/DIFFERENCES
Autour de la scène artistique fribourgeoise.
Fribourg. Fri-Art. Jusqu'au 22 décembre, ma-ve 14-18 h (je 20-22 h), sa-di 14-17 h.
jazz
Joshua Redman
Le saxophoniste américain avec son Elastic Band plus pop et soul.
Lausanne. Métropole. Me 13, 20 h 30. Rens. 021 315 25 56.
Piano Seven
L'ensemble pianistique de Lindemann avec Bovard et un quintet de cuivres.
Pully. Octogone. Ve 8 et sa 9, à 20 h 30. Rens. 021 721 36 20.
lyrique
«Le Nain» et «Une tragédie florentine»
Soirées lyriques sous le signe de Zemlinsky et la baguette d'Armin Jordan.
Genève, Grand Théâtre. Lu 11, me 13, ve 15, sa 23, 20 h. Rens. 022 418 31 30.
rock
Vernier sur Rock
Le festival le plus bruyant de Suisse romande réunit des poids lourds tels Motorhead (14), Mass Hysteria et Sparta (15).
Vernier. Salle du Lignon. Du 14 au 16, dès 19 h. Billets 0848 800 800.
Sparklehorse
Fragile et inspiré, le rock de Sparklehorse allie psychédélisme et folk hanté. Divin.
Genève. L'Usine. Me 13.
théâtre
«Claw» (la Griffe)
Les tribulations d'un révolutionnaire atypique dans l'Angleterre de l'après-guerre par Howard Barker, auteur majeur de la scène britannique. Mise en scène: Anne Bisang.
Genève, Comédie, jusqu'au 24. Rens. 022 320 50 01.
«Visites»
La famille moderne en débris selon le Norvégien Jon Fosse. Mise en scène: Marie-Louise Bischofberger.
Lausanne, Théâtre de Vidy, jusqu'au 17. Rens. 021 619 45 45.
world
Junko Ueda
Musique du théâtre nô du Japon.
Genève. Musée Rath. Ve 8 à 20 h 30, sa 9 à 17 h. et di 10 à 11 h. Rens. 022 919 04 90.
réservez vos billets
Oasis
Zurich. Hallenstadion. Lu 25 novembre. Rés. 0848 800 800
Mireille Mathieu
Genève. Arena. Sa 7 décembre. Rés. 0848 800 800
|