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Par Christophe Passer - Mis en ligne le 15.08.2012 à 12:07 |
Sérieux, cela ne se fait pas d’insulter les gens à travers les journaux. Pourtant, il y a quelques années, j’ai traité Vladimir Poutine de «salopard» dans un texte. C’était en septembre 2004. Ses militaires avaient donné l’assaut à une école, à Beslan. Une bande de séparatistes tchétchènes avaient pris l’établissement en otage. L’assaut de la soldatesque russe fut particulièrement foireux, ses circonstances exactes discutées encore aujourd’hui: 186 enfants périrent. Je sais, c’est compliqué, et les Tchétchènes n’étaient pas des anges. Mais ce goût du sang, la frénésie absolue et tsariste à tuer, venger, éradiquer, poursuivre «jusqu’au fond des chiottes», c’était Poutine. Lorsqu’on fait métier d’échotier, on voit passer beaucoup d’images d’horreur, catastrophes ou attentats, guerres ou faits divers. Rien, dans mon souvenir, n’a jamais égalé les images de Beslan, ces morceaux de cadavres de gosses qui débordaient de sacs en plastique. Et Poutine a continué à bénéficier d’une complaisance molle un peu partout, et même parfois dans les journaux. Peur, reptation, besoin de gaz: tout est bon à la tape dans le dos. Et parce que autant lui qu’un autre, pas vrai? Ou parce que les Russes aiment les hommes forts, qu’ils ont besoin de ça. On dirait du Freud. Parce qu’il valait aussi toujours mieux que cette souillasse d’Eltsine. On peut trouver mille autres de ces clichés grotesques, mâtinés de realpolitik ou d’opportunisme commercial. Alors oui, c’était de ma part colérique et proche du café du Commerce de l’insulter, Vladimir Vladimirovitch. Et c’est si facile, dérisoire, à des milliers de kilomètres de Moscou. Mais je n’ai jamais vraiment regretté. J’y ai repensé, cette semaine, quand Dmitri Rogozine, vice-premier ministre russe, a traité Madonna d’«ancienne pute». Au fond, ces types ne comprennent que le langage fleuri. Et c’est objectivement faux: Madonna apparaît peut-être larguée, vénale, sur la pente descendante, elle a posé à poil de temps en temps, et quand bien même. Cher Dmitri, sans ironie aucune, j’ai tellement plus de respect pour les tendresses vraies des putains que pour les salopards dans votre genre, couchés devant leur chef. Bref, si le sous-fifre poutinien s’est excité, c’est que Madonna avait eu le culot (du culot pour de vrai, que vous l’appréciez ou pas) de prendre fait et cause publiquement pour les Pussy Riot. Ce groupe de punk féministe a entonné en février, dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, un air électrifié et encagoulé demandant à la Vierge Marie de virer Poutine. On peut brûler des cierges pour des choses plus bêtes que ça. Le verdict est donc attendu pour ce vendredi. Les Pussy Riot commencent cependant à être soutenues un peu partout dans les capitales. Car elles risquent trois ans de prison. Cela pour des raisons sur lesquelles il serait perte de temps de s’étendre, tant elles ressemblent à du mauvais Tintin au pays des Soviets: hooliganisme, blasphème, etc. C’est juste du pur régime autoritaire, le n’importe quoi habituel des dictatures postmodernes. Je dis postmoderne pour faire chic, au cas où vous tomberiez sur quelqu’un qui vous bassine avec le fait que Poutine a gagné les élections. Il a triché. Il a bourré les urnes devant la terre entière. C’est cela qui est d’époque: l’escroquerie démocratique médiatisée, additionnée du cynisme, puisque tout le monde le sait. Parfois, la colère, la révolte juste, elle part d’un grain de sable, affaire anecdotique, par exemple un petit marchand de fruits tunisien, et puis ça tourne très mal pour le satrape. J’adorerais que cet inattendu, cette espérance, arrive à Poutine avec Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina. Gloire à jamais et respect aux Pussy Riot. Sainte Vierge Marie, exauce-les. |









