Un cours de vélo pour immigrés? Joséphine, originaire du Cameroun, s’étonne que l’on s’étonne. Elle veut simplement apprendre à rouler.
«Yaoundé, la capitale camerounaise, d’où je viens, ne se prête pas à la bicyclette. Je n’ai jamais appris à en faire. J’habite en Suisse depuis trois ans. Je ne veux plus devoir démarrer la voiture pour chaque petit déplacement», explique-t-elle.
Elle s’est donc rapidement inscrite au cours mis sur pied par la commune d’Ostermundigen et l’association Pro Velo Bern. Il propose d’apprendre à utiliser le deux-roues en six séances et coûte 60 francs.
Mobilité et intégration. Tel est le leitmotiv de ce projet pilote, qui s’adresse aux immigrés adultes d’Ostermundigen et des communes voisines.
«Dans les écoles, nous avons remarqué que les parents d’élèves étrangers, surtout ceux issus de pays extra-européens, participaient peu aux activités liées au deux-roues», justifie Jürg Hebeisen, qui travaille à la commune.
Un art de vivre. De fil en aiguille, les organisateurs ont constaté qu’une grande partie des adultes immigrés ne maîtrisaient pas le vélo. Contrairement à la population locale, qui s’y adonne dès son plus jeune âge.
«Or à Ostermundigen, comme dans tout le pays, le vélo constitue un véritable art de vivre. Dans notre commune, les immigrés représentent 24% des habitants. Il nous semblait donc important, tant du point de vue de l’intégration, que du potentiel de mobilité douce, que la population étrangère ne soit pas exclue de ce moyen de transport», relève Jürg Hebeisen.
Réunis dans une cour d’école, les quatorze participants se préparent à assister à la deuxième séance du projet pilote. Quelques exercices d’équilibre, un briefing sur l’ajustement du casque. Puis ils empoignent les vélos.
Petite particularité: les engins ont des pédales amovibles. Un détail qui permet d’apprendre progressivement. Assis sur le vélo, les pieds ballants, les participants zigzaguent à présent entre les obstacles installés sur le bitume.
Aucune frustration dans l’air. L’ambiance est légère. Euphorique, même, pour certains qui, comme Marcia, commencent à pédaler. «J’ai voulu apprendre à rouler à vélo pour le plaisir. Mais aussi pour accompagner mes enfants lors des loisirs. Eux étaient quelque peu sceptiques face à cette détermination de mère quadragénaire», rigole-t-elle.
Loisirs ou attitude écolo, chacun des quatorze participants a sa raison de vouloir apprendre. Les organisateurs sont, quant à eux, positivement surpris par l’affluence.
Sans préjugé. Le cours de vélo pour immigrés a vu le jour sur la base d’observations pratiques. Selon les organisateurs, aucune étude ne vient appuyer la thèse d’une pratique déficiente du vélo chez les adultes étrangers.
«Mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’un stéréotype, note Anita Wenger, responsable chez Pro Velo Bern. C’est plutôt un préjugé que de supposer tout le monde sachant, d’emblée, faire du vélo. Il existe bien entendu aussi des Suisses qui ne maîtrisent pas la bicyclette.»
Devant l’écho que le cours a obtenu dans les médias, certains adultes suisses ont d’ailleurs exprimé le souhait d’y prendre part. «Pour le moment, le cours reste dédié aux étrangers, parce que nous l’avons rendu public et médiatisé comme tel, répond Anita Wenger.
Mais il se pourrait que la prochaine édition (l’an prochain) soit ouverte à tous les adultes, Suisses y compris.» Une manière de boucler la boucle...
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