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Internet, roi de la campagne

Mis en ligne le 15.02.1996 à 00:00

présidentielle AMÉRICAINE Clinton, Dole et les autres se précipitent sur le Net pour séduire les citoyens. Qui s'en emparent à leur tour pour dénoncer les turpitudes des candidats. Une révolution démocratique?

L'Hebdo; 1996-02-15

Internet, roi de la campagne

présidentielle AMÉRICAINE Clinton, Dole et les autres se précipitent sur le Net pour séduire les citoyens. Qui s'en emparent à leur tour pour dénoncer les turpitudes des candidats. Une révolution démocratique?

Bruno Giussani

Il prêche avec vigueur et sans nuances. Il veut défendre la «culture américaine, attaquée de l'intérieur» en rejetant les quotas raciaux, l'avortement et le libre-échangisme. Il raffole des ovations et n'est pas dépourvu d'humour. Pat Buchanan est l'homme du moment aux Etats-Unis. Avec ses sermons vertueux et identitaires, il a gagné le «straw poll» en Alaska, une sorte de sondage militant, enlevé les primaires de Louisiane, décroché la deuxième place dans l'Iowa, derrière Bob Dole, et imposé sa présence dans le nouvel espace de la politique américaine: Internet. Des supporters lui envoient des conseils par courrier électronique («Parle plus souvent des places de travail perdues suite aux accords commerciaux!»), ses opposants essaient de le ridiculiser dans les forums («Il est contre l'avortement car cela affaiblit la base fiscale de l'Etat») et des milliers de personnes visitent sa «page d'accueil» au look colonial sur le World Wide Web, la portion multimédia du réseau.

Ce n'est nullement un paradoxe qu'un réactionnaire comme Buchanan soit un protagoniste «on line». «Internet est l'outil idéal pour Pat, remarque Linda Muller, responsable de la campagne électronique du candidat républicain, son message a des difficultés à passer le filtre des médias classiques. Par le Net, les gens peuvent se forger leur propre opinion.»

Un mot résume le phénomène, un de ces néologismes qu'il fait bon glisser dans une discussion: «désintermédiation». Les sondages montrent que les Américains ont de moins en moins confiance dans la presse et la télévision, malades d'avoir trop fréquenté le pouvoir - politique et économique - et «méprisé la vie réelle». Les candidats qui bâtissent leur campagne sur les sondages le savent. S'ils continuent d'inonder les écrans télé de spots, ils reviennent aussi massivement aux poignées de main et aux visites d'usines. Et ils se tournent vers Internet: du millionnaire républicain Steve Forbes à l'avocat des consommateurs Ralph Nader, les quelque quarante prétendants ont tous leur site officiel sur le Web. Auxquels s'ajoutent des douzaines de bases de données militantes, de gazettes électroniques («AllPolitics», par CNN et le magazine «Time», par exemple, qui couvre la campagne en temps réel), de serveurs satiriques, de forums de discussion, de boîtes à idées («participez à la réécriture du budget»), de sondages. Le réseau est ainsi en train de changer le cours de la présidentielle.

Bien sûr, même aux Etats-Unis, Internet est loin d'être un média de masse. Selon une étude menée en octobre par la société Nielsen, 11% des Américains auraient utilisé Internet «au moins une fois dans les trois derniers mois». Pas vraiment de quoi faire bouger des paquets de voix. L'impact du réseau est autre: il modifie radicalement la façon dont la campagne se construit. «C'est un instrument sans rival pour organiser l'activité des militants à moindre coût et sans perte de temps, pour mieux saisir les préoccupations et les humeurs des électeurs, voire pour recueillir des fonds», commente le politologue Thad Brown, de l'Uni du Missouri.

L'inverse est aussi vrai: pour les citoyens qui veulent tenir une loupe suspendue sur les politiciens - notamment pour les militants et autres activistes que la science politique définit comme «faiseurs d'opinion» - Internet est une caverne d'Ali Baba. Nous avons choisi un candidat au hasard et cherché des infos. Au bout d'une heure et demie nous avions récolté tous ses discours, ses articles, sa bibliographie, plusieurs versions de sa biographie avec photos, des dizaines d'articles le concernant, quelques extraits audio et vidéo de ses meetings, sa déclaration d'impôts, son budget de campagne, ses positions lors de l'adoption de lois, les opinions de ses adversaires, l'agenda de ses meetings des cinq prochaines semaines, des instructions sur la façon de s'engager dans sa campagne, et encore des centaines de messages le concernant. Un des sites les plus intéressants est celui du projet «Vote Smart» («Votez futé») de l'Université de l'Oregon, une immense base de données non partisane financée par des donations. «Nous essayons de tourner à l'avantage des citoyens les technologies que les politiciens utilisent pour les manipuler», affirme le président Richard Kimball. Autre ressource à ne pas rater: «Skeleton Closet» («Le placard aux squelettes» que l'on traduirait assez librement par «Le bac à casseroles»), serveur animé par un groupe d'anciens militants qui «ne croient plus aux manifestations et aux piquets devant les bureaux» mais restent convaincus que «si nous pouvons fournir de la bonne information, nous n'avons besoin de soutenir aucun candidat: les gens sauront faire leur choix». La bonne information en question, c'est un incroyable recueil de scandales, faiblesses et promesses non tenues des candidats, avec, pour tous, un traitement sans égards.

POINT FAIBLE: L'INTERACTIVITÉ

L'accessibilité de l'information n'est toutefois pas encore garante d'un véritable débat. L'interactivité, c'est le point faible de tous les candidats. On peut certes leur envoyer des messages électroniques, ils répondent parfois. Mais aucun d'eux n'est activement présent dans les forums. «Le Web est trop nouveau pour eux, glose l'écrivain Michelle Slatalla, qui vient de terminer un polar qui a pour cadre Internet. Ils ont déjà fait passablement de chemin depuis l'an dernier, quand le seul fait de se présenter on line était assez nouveau pour mériter un article en une du "Wall Street Journal". Maintenant il leur faut apprendre à engager la discussion.»

C'est ce que les citoyens-électeurs semblent exiger: moins de conférences, moins de «publicité négative» (ces spots dans lesquels on traîne l'adversaire dans la boue) et plus de «grassroot politics», de dialogue direct, où le candidat se mouille. «Les chaînes TV qui font de l'information politique en continu et Internet sont en train de créer une nouvelle génération d'activistes, remarque David Keene, de l'American Citizen Union. Il y a dix ans, notre membre typique nous aurait envoyé quinze dollars et souhaité bon travail. Aujourd'hui, il nous demande comment il peut donner un coup de main.» ·

RUÉE Des douzaines de sources d'information militantes ou indépendantes

Bienvenue chez les candidats

Ne sont pris en compte que les sites Web officiels des candidats. R = Républicain, D = Démocrate. Les notes vont de 1 (nul) à 6 (excellent).

Lamar Alexander (R)

Adresse: http://www.Nashville.Net/~lamar/

Slogan: croissance économique, liberté et responsabilité personnelle

Contenu 4; Actualisation 5; Présentation 4; Interactivité 4 (e-mail, mailing list)

Originalité: «Students for Lamar», section pour les étudiants universitaires.

Pat Buchanan (R)

Adresse: http://www.buchanan.org/index.shtml

Slogan: immigrés illégaux dehors, moins de taxes et de quotas raciaux

Contenu 6; Actualisation 5; Présentation 5; Interactivité 5 (e-mail, tableau d'affichage)

Originalité: une très riche «Bibliothèque historique» pour «revigorer l'esprit des héros de 1776».

Bob Dole (R)

Adresse: http://www.dole96.com

Slogan: renouveau américain dans l'espoir,

la prospérité et la fierté

Contenu 5; Actualisation 4; Présentation 6;

Interactivité 6 (e-mail, mailing list, «Dole interactive»)

Originalité: créez votre propre affiche de campagne pour soutenir le candidat.

Malcom «Steve» Forbes (R)

Adresse: http://www.forbes96.com

Slogan: taxe forfaitaire de 17% dès 36 000 dollars de revenu annuel

Contenu 4; Actualisation 6; Présentation 4;

Interactivité 3 (e-mail)

Originalité: les maths: «La loi fiscale compte dix fois plus de mots que la Bible.»

Phil Gramm (R)

Adresse: http://www.gramm96.org

Slogan: la famille d'abord, un budget étatique équilibré ensuite

Contenu: 5; Actualisation 4; Présentation 6;

Interactivité 4 (e-mail, mailing list)

Originalité: chaque jour une nouvelle citation du candidat.

Bill Clinton (D)

Adresse: http://www.whitehouse.gov

(site officiel de la Maison-Blanche, Clinton n'est pas encore candidat et n'a pas de site personnel)

Contenu 6; Actualisation 6; Présentation 5;

Interactivité 3 (e-mail)

Originalité: «Whitehouse for Kids», une visite pour enfants guidée par Socks, le chat des Clinton.

Quelques adresses pour suivre la campagne électorale sur le World Wide Web:

Parti démocrate http://www.democrats.org/

Parti républicain http://www.rnc.org/

PoliticsUsa http://www.politicsusa.com/(presse)

Electionline http://www.electionline.com/(presse)

Allpolitics http://www.allpolitics.com/(presse)

96Online http://96.com/(liste de ressources)

AmericanVoter http://voter96.cqalert.com/(presse)

Skeleton Closet http://www.realchange.org/(activistes neutres)

Project Vote Smart http://www.vote-smart.org/ (activistes neutres)

Doonesbury http://www.doonesbury.com/(dessins de presse)

Netizen http://www.hotwired.com/netizen/(presse)

Left Side of the Web http://paul.spu.edu/~sinn fein/progressive.html (gauche)

Right Side of the Web http://www.clark.net/pub/jeffd/index.html (droite)

Glossaire des élections http://www.usia.gov/elec tions/glossary.htm

Jeu de simulation de la campagne http://www.pres96.com/




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