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Interview de Stefan Bichsel, Responsable de la Division Asset Management & Trading de la BCV

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 28.01.2010 à 07:30

Quels sont vos projets pour la division Asset Management et Trading de la BCV ?

La banque a identifié l’Asset Management comme étant porteur de croissance. Nous allons développer assez fortement nos ambitions en matière de clientèle en considérant désormais que notre territoire naturel de prospection est l’ensemble du pays. Nous allons donc proposer nos services bien au-delà du canton de Vaud : dans le reste de la Suisse romande et en Suisse alémanique. Il n’y a pas beaucoup de banques actuellement qui ont un rating en progression, sont très bien capitalisées, affichent une stratégie de croissance et n’ont fermé aucun produit pendant cette crise. C’est notre cas et c’est rassurant pour les clients.

 

Par ailleurs, un des points forts de notre organisation réside dans le fait que toute la politique de placement de la BCV - pour les quelque 75  milliards de francs qui lui sont confiés -  est conçue par une seule équipe : l’Asset Management. Elle est ensuite déclinée pour le Private Banking, la clientèle institutionnelle ou les clients de la banque de détail. Et les produits - fonds de placement, certificats ou structurés - sont utilisés dans ce cadre selon leurs caractéristiques propres: un fond est plutôt adapté à une stratégie de long terme alors qu’un certificat ou un structuré peuvent être lancés rapidement pour concrétiser une décision tactique.

Un client de la gestion de fortune privée et une caisse de pension n’ont ni le même horizon de placement, ni le même profil de risque. Comment définissez-vous une stratégie de placement convenant aux deux?

Le point de départ est toujours le client avec ses besoins spécifiques. Il faut ensuite construire une allocation d’actifs stratégique cohérente prenant en compte les différentes classes d’actifs, les zones géographiques et les styles de placements. Ce processus est piloté par le chef stratégiste de la banque: Fernando Martins da Silva. Il y a des moments où il est aisé de définir une vision à trois ou cinq ans ; en ce moment, on pilote plutôt à vue avec une opinion valable pour trois à six mois. Nous sommes, par exemple, positifs pour l’instant pour les actions - en étant surpondérés - mais nous pourrions changer d’avis rapidement.

 Les analyses du rendement moyen à long terme et du risque des différentes classes d’actifs se réfèrent aux observations passées. Peut-on encore espérer que les actions offrent plus de performance à long terme que d’autres placements ?

Nous estimons qu’acheter des titres avec l’intention de les garder à long terme - le « buy and hold » - n’est pas une stratégie adaptée au contexte actuel. Il convient d’avoir une vision à long terme mais aussi de savoir être opportuniste et réactif à court terme, en prenant des décisions plus fréquentes. En combinant diversification des classes d’actifs et des styles de gestion nous obtenons des portefeuilles beaucoup plus stables. La BCV affiche de bons rendements sur ses mandats balancés : 12 à 13% l’an dernier. L’objectif étant d’obtenir soit une performance plus forte que d’autres pour un risque donné, soit de prendre moins de risques pour une même performance. La gestion du risque - dont le risque de liquidité - est essentielle et doit être intégrée dans notre processus.

Combien avez-vous de clients en gestion institutionnelle ?

Plusieurs centaines  de clients. L’activité d’Asset Management a été développée de longue date par la BCV : nous avons une fondation commune qui a fêté ses trente ans l’année dernière et la direction de fonds a quarante ans cette année. Nous sommes également actifs depuis très longtemps dans le Private Banking. Historiquement tout ceci a d’abord été proposé dans le canton de Vaud.

Quel est l’effectif de votre division Asset Management & Trading ?

La division emploie un peu plus de 200 personnes entre l’Asset Management - avec une centaine de personnes - , la salle des marchés et Gérifonds, notre direction de  fonds de placement.

Y a-t-il un montant idéal de fonds sous gestion pour une division comme la vôtre ?

Je ne pense pas, mais la stratégie doit être adaptée à ses propres possibilités. Dans la gestion de portefeuilles, tant pour des clients privés qu’institutionnels, l’expertise qui fait la différence et alimente la performance finale est l’allocation d’actifs. Pour construire une bonne allocation, il faut une équipe compétente. Et nous l’avons ici. Cette expertise peut facilement être exploitée en Suisse alémanique parce que la culture d’une caisse de pension à Zurich n’est pas différente de celle d’une institution de prévoyance installée à Lausanne ou Genève. On pourrait d’ailleurs également exporter ce savoir faire à l’étranger, même si ce n’est pas notre objectif pour le moment.

Allez-vous concurrencer la ZKB en Suisse alémanique ?

Nos principaux concurrents seront les grandes banques, les banquiers privés, quelques banques étrangères. La ZKB est à la fois un partenaire de la BCV dans certains domaines et un concurrent dans d’autres.

Nous sommes sans doute la seule banque en Suisse à proposer une offre complète de services pour le deuxième pilier : pour l’actif comme pour le passif. Certains clients ne nous mandatent que pour l’actuariat, d’autres pour la gestion et d’autres encore pour le tout.

Allez-vous ouvrir une succursale en Suisse alémanique ?

Nous allons déjà renforcer notre équipe de vente, de conseils et de communication. Il est aussi possible de nous ouvrions un bureau de services en Suisse alémanique pour être plus proches des clients.

Comment utilisez-vous Swisscanto et Gérifonds?

La BCV pratique une architecture ouverte pour les portefeuilles des clients. Elle utilise donc ses propres produits, tels les fonds de placement de Gérifonds, ceux de Swisscanto et ceux d’autres établissements financiers. Swisscanto a une gamme de produits étendue, de bonnes performances et une expertise reconnue dans les fonds orientés sur le développement durable. Nous sommes un de leurs plus gros actionnaires clients.

En tant que banque suisse pourriez-vous prendre des mandats pour une caisse de pension dans l’Union européenne?

Il faudrait respecter la directive MiFID, qui est interprétée de manière différente dans chaque pays membre. Normalement, une caisse de pension de l’Union européenne (UE) doit confier ses mandats à des gestionnaires installés sur le territoire de l’UE ; mais nous travaillons comme conseiller d’un gestionnaire communautaire.

Le savoir-faire en matière de gestion institutionnelle est-il un atout que les banques suisses pourraient exporter ?

Je le pense: notre système de prévoyance est moderne et dispose d’une fortune importante de quelque 600 milliards de francs, accumulée dans le deuxième pilier, En Europe, deux pays ont une prévoyance professionnelle très développée et qui fonctionne bien: la Suisse et la Hollande. J’estime que la garantie d’une bonne prévoyance à long terme tient avant tout à la qualité de l’Asset Management, car pour pouvoir consommer un capital à terme il faut d’abord le constituer. Mieux vaut donc se concentrer sur la gestion et acheter les éléments d’assurance comme le font les caisses de pension suisses et hollandaises.

La directive européenne UCITS IV, qui va entrer en vigueur en 2011, pénalise-t-elle les gestionnaires de fonds de placement suisses ?

UCITS IV ne change rien au statut des fonds publics traditionnels. La plupart des banques suisses se sont organisées ces dernières années pour produire, depuis des entités installées dans l’Union européenne, les fonds de placement UCITS destinés au grand public. Les fonds luxembourgeois de la BCV respectent cette norme européenne. UCITS est devenu un label de qualité pour les fonds grand public dans le monde entier. Au point que même des gestionnaires de fonds de placement américains installent des succursales au Luxembourg pour pouvoir lancer des fonds UCITS dans le monde entier.

La future directive AIFM - qui devrait réguler les produits de niches destinés à des investisseurs avertis, tels les hedge funds ou les fonds de Private Equity – limite-elle fortement les possibilités de développer en Suisse de tels produits?

Le premier projet de directive était très restrictif, protectionniste et contraire à la logique de l’industrie. Les discussions menées depuis ont permis de l’améliorer et la version finale devrait être meilleure.

Il n’y a donc plus de danger pour le développement des hedge funds en Suisse?

Il y a un danger potentiel. Il faudra suivre l’évolution de ce projet de  directive pour voir si ce danger devient concert ou peut être écarté. Les non européens, dont les Américains, sont nos alliés dans ce domaine. Ils font, eux aussi, du lobbysme pour obtenir une amélioration de cette future directive ; tout comme l’EFAMA, l’association représentative des gestionnaires de fonds de placement en Europe. La Commission du Parlement européen devrait l’examiner en avril et le Parlement avant l’été. Il est également important que la FINMA soit reconnue comme autorité de surveillance en tant qu’«equivalent supervisor». Mais cela doit être négocié avec chacun des pays membres de l’Union européenne.





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