Jean-Philippe Ceppi a toujours pratiqué l’enquête et la recherche d’informations. Il est à la tête du comité d’organisation de la Conférence mondiale qui s’ouvre ce jeudi 22 avril (www. gijc2010.ch). Il dresse un constat de l’avenir du genre.
Concurrence entre médias, pression d’internet: pensez-vous qu’il y a plutôt plus ou moins de journalisme d’investigation?
A mon sens, il y en a plus. A la télévision, les chaînes, notamment francophones, ont réintroduit des cases consacrées au genre. Les maisons de production indépendantes en proposent aussi davantage, et de très bons. Parce qu’il y a une demande. C’est une valeur ajoutée concurrentielle pour des médias de qualité.
C’est le fait d’un choix des chaînes, ou du public?
Qui dit concurrence dit intérêt des téléspectateurs: ces reportages marchent très bien en termes d’audience. Lorsque la TSR se lance dans l’enquête, les téléspectateurs nous suivent, même sur des sujets difficiles. La semaine dernière, nous avons ainsi fait un très bon score avec un sujet pas simple sur la comptabilité des assureurs maladie. Ce qu’il faut cependant, ce sont des sujets d’intérêt public, qui révèlent des éléments. Parfois, l’investigation peut se perdre un peu sur telle ou telle marotte journalistique, et ça concerne moins le public.
Les journalistes, dans les études d’opinion, ont régulièrement mauvaise cote en Suisse. Plus d’investigation, c’est plus de dérives et de mécontentement du public?
Nous devons rester rigoureux sur nos règles déontologiques, elles existent, elles sont claires. Les risques de dérapage: bien sûr que c’est un métier de seigneur et parfois de voyou. Mais je crois que la menace est bien plus grande d’être gagnés par le journalisme de communication, par le renoncement. Beaucoup plus que par l’investigation et les limites à franchir ou pas. S’il y a crise de confiance envers les journalistes, ce n’est pas parce qu’ils enquêtent trop: c’est aussi ou surtout à cause d’une certaine apathie de la profession, d’un conformisme.
L’investigation reste-t-elle l’honneur du métier?
Oui, mais ce n’est évidemment pas le seul. Un bon édito, c’est aussi l’honneur du métier. Je suis moi-même parfois agacé par le côté bastion des spécialistes du genre. Je crois que ce qui fait pourtant la différence aujourd’hui entre une bonne enquête et de l’investigation, c’est la précision et l’irréfutabilité: alors il y a un impact. Deux exemples récents, en Suisse. C’est grâce au travail précis des journalistes, notamment aux éléments tirés de SMS, que l’on a dû constater en 2008 que le commandant de corps Roland Nef, nommé à la tête de l’armée, souffrait de problèmes psychologiques. Dans un autre domaine, je trouve que nos confrères, en Suisse romande et alémanique, ont très bien travaillé sur UBS. Lorsque l’on constate la décharge 2007 refusée lors de l’assemblée générale de la banque, il y a quelques jours, j’ai l’immodestie de penser que le travail d’investigation mené par la presse y a été pour beaucoup. Il ne fallait pas compter sur le service de communication d’UBS ou la Finma pour renseigner le public et les actionnaires.
Quelle est la viabilité économique d’une enquête?
Quand on discute avec un éditeur, il finit toujours par arriver à cette question: combien coûte un scoop, en termes de temps, de nombre de journalistes, etc., et il n’y a évidemment pas de réponse. Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il s’agit d’un journalisme cher. Mais dans un contexte de concurrence, quand on en est à devoir se démarquer de la presse gratuite, l’investigation reste de la vraie valeur ajoutée. Ce n’est pas la seule, une bonne politique photo ou la belle écriture, d’autres choses peuvent aussi compter, mais c’est très important.
PROFIL: JEAN-PHILIPPE CEPPI
Né en 1962, ancien du BRRI de Roger de Diesbach, de l’aventure du Nouveau Quotidien, puis de dimanche.ch où il fut rédacteur en chef, il a aussi pratiqué l’investigation durant ses quatre années de correspondance en Afrique. Il est aujourd’hui producteur de Temps présent, sur la TSR.
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