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Nelson Mandela transforme l'essai
Dans «Invictus», Clint Eastwood propose une fable sur la réconciliation en Afrique du Sud avec le rugby comme catalyseur.
Clint Eastwood, acteur, est mort à la fin de Gran Torino. Affranchi de cette icône pesante, ci-devant inspecteur Harry, justicier facho et desperado sans nom, Clint Eastwood peut s’adonner pleinement à la réalisation. A près de 80 ans, il commence cette nouvelle carrière avec un grand sujet d’histoire contemporaine: comment Nelson Mandela, nouvellement élu à la présidence sud-africaine, a manœuvré pour que les Springboks, l’équipe nationale de rugby, pure émanation de l’apartheid, retrouvent leur forme et remportent la Coupe du monde. Cette victoire réconcilie Blancs et Noirs et rend au pays la grandeur dont il avait soif.
«Le maître de mon destin». Certes Clint Eastwood, cow-boy solitaire, est plus à l’aise dans les drames intimes (Changeling, Million Dollar Baby) que dans les destinées collectives (Mémoires de nos pères, Lettres d’Iwo Jima). Bien sûr, la réalité est plus complexe que ce que peuvent contenir deux heures de cinéma. Evidemment, les images de liesse et de réconciliation générale sur lesquelles se termine Invictus n’abolissent pas les problèmes actuels de l’Afrique du Sud, un pays toujours en proie à ses démons.
Par-delà ces réserves, on se laisse emporter par le mouvement ascendant qui anime le film et on admire sans retenue l’extraordinaire efficacité de la syntaxe eastwoodienne. La scène d’ouverture qui unit en un panoramique de jeunes Blancs s’entraînant au rugby et, de l’autre côté de la route où passe bientôt la voiturede Mandela fraîchement libéré, de jeunes Noirs jouant au football vaut une infinité de discours. Les plans d’une ahurissante simplicité s’enchaînent et mettent les larmes aux yeux des spectateurs les plus endurcis.
Vieux complice de Clint sur Unforgiven ou Million Dollar Baby, Morgan Freeman compose un Mandela extraordinairement complexe. Un vieux matou charmeur, dont l’humanisme confine à la sainteté, mais se nuance d’une touche de roublardise politique. Sous la noblesse d’âme se tapit un habile manipulateur.
Nelson Mandela se profile comme le dernier avatar du héros eastwoodien. Seul contre tous, il a pour devise ces vers: «Je suis le maître de mon destin, le capitaine de mon âme».
D’une certaine façon, «Inconquis» (Invictus) répond à «impardonné» (Unforgiven en v.o.). Mais à la vengeance impitoyable et la justice personnelle succède la magnanimité. «Le pardon est une arme puissante», dit Mandela.
Antoine Duplan
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