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Ioannis Akkizidis: "En situation extrême, tout repose in fine sur la confiance"

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 03.03.2010 à 15:21

Evaluation détaillée. Les gestionnaires du risque tentent désormais d’apprécier la valeur d’une contrepartie en fonction de son rating, mais aussi de son collatéral.

Ioannis Akkizidis vient d’être nommé au comité directeur de Zurich de la PRMIA (Professional Risk Managers’ International Association). La métropole alémanique est l’une des 65 représentations régionales de cette association internationale de gestionnaires du risque, qui fédère 65 135 membres dans 195 pays. Afin de favoriser l’échange d’idées et d’expériences, la PRMIA organise des évènements dans les pays où elle est présente. L’association est partie prenante à la certification des risk managers, en partenariat avec plusieurs universités délivrant des formations spécialisées. Elle participe aussi aux réflexions sur une meilleure prévention des risques dans les établissements financiers.

Quelles sont les idées à l’étude pour améliorer la gestion des risques dans les banques?

Un risk manager doit relever plusieurs défis. Le premier consiste à bien faire comprendre aux autres professionnels de la banque – tels les asset managers (gestionnaires d’actifs) ou les traders – que la profitabilité est toujours liée au risque. Mais les responsables de la gestion du risque doivent aussi être attentifs au fait que la surveillance des risques ne doit pas être trop onéreuse pour leur entreprise: il s’agit de minimiser les pertes potentielles en maximisant le profit. Avec cette crise financière, les méthodes de travail ont évolué.

En quoi?

On constate, tant dans les banques que les assurances, que les risk managers collaborent plus étroitement avec les asset managers qu’avant le déclenchement de la crise: ils travaillent désormais souvent côte à côte, dans les mêmes espaces.

Peut-on dire que les banques supportent maintenant moins de risques qu’en 2008?

Il n’est pas aisé de prédire ce qui peut arriver. Car si nous sommes maintenant sortis de la période la plus dangereuse pour les banques – celle où les gouvernements sont venus à leur secours – nous ne savons pas si les Etats, qui sont nombreux à avoir d’énormes dettes, vont réussir à gérer leur endettement.

En raison des difficultés auxquelles sont confrontés les autres secteurs de l’économie, peut-on craindre une augmentation des défauts de crédits?

On s’attend à une nouvelle vague de défauts de paiements sur une série de crédits, tant d’entreprises que de particuliers. Les banques constituent des provisions adaptées pour y faire face. Mais en situation extrême, tout repose in fine sur la confiance. Si chacun réclamait son argent, le système se bloquerait. Dans le même temps, il ne peut pas y avoir de retour de la croissance économique sans crédit et innovations technologiques.

Quels sont les principaux risques pour les banques ces deux prochaines années?

A mes yeux, le risque principal – en termes de comportement – est que les dirigeants des banques oublient trop vite ce qui s’est passé et commettent les mêmes erreurs pour augmenter le profit en prenant trop de risques.

En ce qui concerne les produits, les risques de marchés sont bien quantifiés. Mais certains produits très sophistiqués sont difficiles à évaluer. En effet, on évalue une contrepartie en fonction de son rating (la note que lui attribuent les agences de notation, ndlr); mais on n’a pas de moyen de savoir si cette contrepartie aura vraiment la volonté de remplir ses engagements... Par ailleurs, avec les CDS (Credit Default Swaps) on lie le spread à la probabilité de défaut de l’emprunteur: on considère que si le spread augmente c’est que le risque de défaut est plus élevé. Or, l’alourdissement de la dette, à travers la hausse des taux d’intérêts exigés par les prêteurs lorsque le spread des CDS augmente, fragilise encore plus les emprunteurs. Le spread est toutefois aussi lié au collatéral, qui est censé couvrir la perte éventuelle. Si on a un bon collatéral, le spread peut diminuer. Il y a des discussions, parmi les risk managers, pour mieux déterminer la part du spread qui devrait être liée au rating et celle qui dépendrait plutôt de la qualité du collatéral.

Les banques doivent-elles désormais examiner plus de scénarios du pire dans leurs stress tests?

Une partie de mon travail de gestionnaire du risque consiste à choisir ce qui va être examiné dans les stress tests. Le risque de liquidité doit désormais être contrôlé avec soin: on a constaté qu’en situation de crise, le marché de certains produits, par exemple des CDO (Collateralized Debt Obligations), peut se bloquer totalement. Il s’agit aussi, pour chaque banque, de valoriser ce qu’elle a en portefeuille: si un marché est gelé, quelle valeur faut-il attribuer à des produits que l’on ne peut momentanément pas vendre ? Pour répondre à cette question, il faut avoir construit des hypothèses sur l’évolution future de ce marché. Prenons l’exemple de l’immobilier britannique: nous connaissons la valeur actuelle des biens, mais nous avons aussi à tenir compte de nos prévisions sur l’évolution de ce marché immobilier.

Comment une banque peut-elle gérer au mieux son risque de réputation?

Pour pouvoir réagir efficacement en cas de difficultés et pratiquer une bonne communication de crise, une banque doit avoir été auparavant régulièrement transparente et honnête avec tous ses partenaires. Les analystes financiers et les journalistes doivent avoir la certitude que le management ne ment pas: les dirigeants ne peuvent bénéficier de la confiance que s’ils l’ont déjà construite.


IOANNIS AKKIZIDIS

Membre du comité de Zurich de la PRMIA, l’association fédérant près de 66 000 professionnels de la gestion du risque dans 195 pays. Senior financial risk analyst chez FRSGlobal en Suisse.

Docteur en mathématiques appliquées de la University of Wales.

Chargé de cours à l’Université de Zurich. Auteur de plusieurs ouvrages, dont Unified financial analysis: the missing links of finance, 2009.




Tags: Ioannis Akkizidis, gestion des risques, rating,

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