Irak, le retour au Moyen Age
Par ANNE NIVAT - Mis en ligne le 19.05.2010 à 17:32
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DÉMOCRATIE. Deux mois après les élections parlementaires, le pays reste dans le flou. Qui les a emportées? La tension monte, et le prix des armes augmente. Le 10 mai, des attentats coordonnés ont fait plus de 100 morts.
«Pour éviter que la minorité sunnite revienne au pouvoir, on va nous voler notre victoire, voilà, c’est ça la politique…», soupire Ahmed, assis en tailleur dans sa maison de Fallouja, en plein centre de la ville-symbole de la résistance aux troupes américaines depuis la féroce bataille de fin 2004, lorsque moudjahidin et al-Qaida s’étaient unis contre les GI’s. Ahmed se souvient parce qu’il en était. Et même s’il en veut encore aux éléments les plus violents de l’internationale terroriste qui, au nom d’une soi-disant «pureté de l’islam» s’en étaient ensuite pris aux locaux comme lui, il ne regrette rien. Pas même qu’un certain Iyad Allawi, alors premier ministre par intérim, ait donné l’ordre de l’assaut sur sa ville. Ce même Allawi, qui, aujourd’hui, semble avoir la préférence de l’électorat sunnite en Irak sans toutefois parvenir à imposer son équipe aux manettes à Bagdad.
C’est que, plus de deux mois après des élections parlementaires, non seulement les résultats officiels ne sont pas encore connus (on recompte manuellement les bulletins dans la région-clé de Bagdad suite à une plainte du premier ministre sortant), mais les chances d’Iyad Allawi, le vainqueur des urnes, un chiite laïc qui s’était entouré de sunnites sur sa liste électorale semblent s’amenuiser de jour en jour face au front uni des grands partis religieux chiites désireux de conserver la haute main sur les affaires de l’Etat.
Retranché dans sa maison bunker non loin de la Zone Verte, en fin connaisseur de son pays, Allawi l’avait prévu: «j’accepterai de servir l’Irak même si on nous prive du droit constitutionnel de diriger la formation du gouvernement après notre victoire électorale», assurait-il peu après sa victoire, «mais à condition qu’on nous dise pourquoi, au cours de ces élections, la démocratie et la Constitution ont été bafouées!». Et d’accuser: «Maliki (le premier ministre sortant, ndlr) a tout misé sur la sécurité, mais de quelle sécurité parlons-nous?» tonne l’ancien chirurgien. «Nos structures de sécurité sont infiltrées par des éléments nuisibles issus des anciennes milices!» Car, pour Allawi comme pour la majorité de la population, les attentats terroristes qui font encore parler de l’Irak à l’étranger sont avant tout le fait de ces «infiltrés», preuve de la violente et permanente lutte intestine pour le pouvoir dans cette république détruite tant au niveau de ses infrastructures, que psychologiquement et socialement.
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