Irak, no man's land journalistique?
Mis en ligne le 16.06.2005 à 00:00
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L'Hebdo;
2005-06-16 information à risques Irak, no man's land journalistique?
otages Florence Aubenas, la reporter de Libération, avait à peine posé le pied en France que le nouveau ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste- Blazy, invitait les patrons de presse à une «réflexion» sur la pratique du métier en zones dangereuses. En affirmant bien sûr que la liberté d'informer était «intangible». Et puis on est loin de la pingrerie du gouvernement hollandais qui a exigé que MSF rembourse la rançon d'un million d'euros versée pour libérer Arjan Erkel dans le Caucase. Il n'empêche: la France n'a aucune envie de devoir mobiliser de nouveau ses services secrets pour un journaliste enlevé à Bagdad.
Alors quoi, on n'y va plus? L'ennui, c'est que les journalistes américains, eux, y sont. Faut-il leur laisser le monopole de la couverture d'une guerre américaine elle aussi? Le New York Times maintient deux à trois correspondants à Bagdad, assistés par près de 70 Irakiens: gardes du corps, chauffeurs, traducteurs, informateurs, etc. C'est la naissance du «journalisme par télécommande». Scott Johnson, responsable du bureau de Newsweek dans la zone verte de Bagdad, confesse ne plus sortir de chez lui. Il espère faire un tour en ville avant la fin de l'année. Mais se fait livrer des informations qui font de bons articles. Robert Ménard, fondateur de Reporters sans Frontières, estime qu'il faut continuer d'aller à Bagdad, quitte à payer des escortes. «C'est seulement la fin du journalisme de débrouillardise et d'improvisation que pratiquent souvent les francophones», dit-il.
Certaines rédactions brandissent des considérations déontologiques (jamais d'escorte!) mais sont surtout effrayées par les coûts d'un bureau ou d'un envoyé spécial en Irak. On se partage alors les courageux volontaires, comme Roger Auque qui vient de quitter définitivement Bagdad après avoir travaillé pour TF1, TV5, RMC, les radios canadiennes, suisses et belges. Avec des ambitions limitées: «Mon job à moi, disait-il, ce n'est pas de faire des reportages, mais simplement des directs pour les télés et radios afin d'expliquer la situation.» |Serge Michel
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