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Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 11.07.2012 à 12:38 |
Les politiciens le savent, les pires coups ne proviennent pas des adversaires mais de son propre camp. On ne s’explique pas autrement la curieuse décision prise par le Gouvernement fribourgeois. Il a décidé de confier dès 2014 la gestion de ses quatre hautes écoles spécialisées (HES) au Département de l’économie plutôt qu’à celui de l’Instruction publique. Entre Beat Vonlanthen et Isabelle Chassot, il a privilégié le premier alors que la seconde est la présidente de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP), une figure à l’aura nationale, très respectée pour tout ce qui concerne les questions de formation. Elle est même tellement appréciée que beaucoup imaginaient ce printemps que le Conseil fédéral allait la choisir comme secrétaire d’Etat à la Formation, à l’Education et à la Recherche. Jusqu’ici, la gestion des HES était pour des raisons historiques assumée par les deux départements: l’école d’ingénieurs et d’architectes de même que celle de gestion répondaient à l’Economie, celles de la santé et du travail social à l’Instruction publique. Compte tenu du cadre fédéral poussant à l’unité, de précédentes discussions au sein du gouvernement avaient toujours quittancé la même option: regrouper à terme toutes les HES à l’Instruction. Présidente du Conseil suisse des HES, la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon (PS/VD) souligne: «Sans vouloir interférer dans les affaires fribourgeoises, je relève que ce choix va à l’encontre de toutes les décisions prises dans les autres cantons.»
«LA COHÉRENCE VERTICALE A ÉTÉ PRIVILÉGIÉE PAR RAPPORT À LA COHÉRENCE NATIONALE.»Georges Godel, président du Gouvernement fribourgeois
Pourquoi dès lors faire le contraire de ce que l’on s’était promis et l’inverse des autres cantons? L’argument qui a permis à Beat Vonlanthen de l’emporter est celui de la taille des départements: le sien étant plus petit que celui d’Isabelle Chassot. «La cohérence verticale a été privilégiée par rapport à la cohérence nationale», explique le président du Gouvernement fribourgeois, Georges Godel, qui confirme à L’Hebdo que la discussion a été «large, la décision pas simple à prendre, mais assumée collégialement». Dans les autres cantons et les milieux académiques, le choix vexatoire du collège fribourgeois à l’égard de la ministre PDC, qui appartient, en plus, à la majorité, crée la stupeur et l’incompréhension. Isabelle Chassot ne souhaite pas s’exprimer. Beat Vonlanthen, pour sa part, refuse d’en faire une polémique de personne et argumente sur la nécessité de renforcer «la proximité des HES avec les milieux économiques», et de «développer une identité propre aux HES». Position affaiblie. Au moment où Genève tente de rompre avec les «Genferei», voilà qu’un Conseil d’Etat, que l’on croyait serein et exemplaire, invente la «fribourgeoiserie». A moins que le Parlement n’y mette bon ordre – mais il a peu de latitude sur l’organisation du collège – Fribourg enverra bientôt deux conseillers d’Etat à certaines conférences intercantonales, la présidente de la CDIP et le chargé des HES. Mais il y a pire que ce gaspillage de moyens: ce diktat mesquin pourrait affaiblir la position des HES fribourgeoises dans les nouvelles instances prévues par la LEHE (la loi fédérale sur l’encouragement des hautes écoles et la coordination dans le domaine suisse des hautes écoles). Dans la future Conférence suisse des hautes écoles, les cantons n’auront en effet qu’un seul représentant: Isabelle Chassot pourra donc défendre les intérêts de l’Université de Fribourg, mais pas ceux des HES, délégitimée par ses propres collègues. |









