C’était un film culte en 1974: Le 3e cri. Une parabole sur les dangers du nucléaire tourné pour 65 000 francs suisses par un débutant de 36 ans. Ensuite, Igaal Niddam a signé un documentaire marquant, Nous sommes des Juifs arabes en Israël, puis des série de fiction au sein de la TSR (La vierge noire, Le rideau de feu...). On le retrouve aujourd’hui, retraité actif, avec Two Brothers, un film tourné en Israël, le pays où il a passé sa jeunesse et fait ses débuts de cameraman. Un pays dont l’avenir l’inquiète.
Dan vit en Israël, dans un kibboutz. Son frère, Aharon, qu’il n’a pas revu depuis vingt ans, débarque des Etats-Unis. Docteur en droit et en philosophie, il vient défendre des étudiants d’une yeshiva (école talmudique), traduits en justice pour refus de servir dans Tsahal. Entre l’Israélien laïc et l’Américain ultra-orthodoxe, la tension est extrême. Elle reflète la situation d’un pays au bord de la guerre civile. Par le biais d’une fiction sensible, intelligente, Two Brothers nous renseigne sur le grand danger que le conflit entre laïcité et religion fait courir à l’Etat hébreu.
Terre sainte? A travers les personnages de Dan et d’Aharon, le film oppose le concept de «Mère patrie» à celui de «Terre promise». Igaal Niddam interroge: «Ça veut dire quoi, “Terre sainte”? Israël est un Etat pour les Juifs, pas un Etat religieux.» La montée de l’intégrisme est un problème plus grave que la cohabitation avec les Palestiniens, estime le cinéaste, effaré de voir que le ministre de la Justice a récemment proposé à la Knesset de remplacer les lois civiles par des lois religieuses. Il évoque le problème crucial des yeshivot: «Tous les citoyens font du service militaire, travaillent, paient des impôts, risquent leur vie. A l’exception de ceux qui étudient la Torah. De combien de rabbins avons-nous besoin? Il en sort 65 000 par année des écoles. Ils font entre sept et dix enfants. On ne sait plus où construire des yeshivot.» Exaspérés, les jeunes laïcs tendent à suppléer une police débordée contre les manifestations violentes des jeunes religieux. Les extrêmes des deux bords s’affrontent actuellement à propos d’un immense parking à Jérusalem que les rabbins récusent car il est ouvert pendant le shabbat.
Igaal Niddam ne dissimule pas ses craintes: «Avec nos voisins, nous trouverons toujours des solutions politiques ou économiques. Le problème intérieur est beaucoup plus grave. La question religieuse remplace les controverses idéologiques. Quel avenir pour Israël? Allons-nous vers un régime théocratique, comme en Iran? La religion peut être belle, comme valeur culturelle, mais elle doit rester à sa place. Dès qu’elle se mêle de politique, la violence commence. La démocratie, la liberté et la laïcité n’intéressent pas du tout les religieux. Ces gens ont besoin de régimes dictatoriaux, théocratiques. Quand on se souvient de tous les désastres provoqués par les guerres de religion, et spécialement les guerres civiles juives, il y a de quoi avoir peur. Les Hébreux se détruisent par eux-mêmes et, à mon avis, il est déjà tard pour y remédier...»
Quels que soient les reproches que l’on puisse lui adresser, Israël reste une démocratie garantissant la liberté d’expression. Igaal Niddam rend hommage à cette ouverture: «Les films israéliens dénoncent systématiquement les erreurs du gouvernement et ne sont pas censurés. Le centre national du cinéma estime qu’Israël est un jeune pays qui commet des erreurs et que le cinéma doit dénoncer ces erreurs.» Tout espoir n’est pas perdu.
Two Brothers. D’Igaal Niddam. Avec Baruch Brener, Orna Fitoussi. Suisse, 1 h 56.
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