Pour Jacqueline Fehr, c’est comme une boucle qui se bouclera le 22 septembre prochain: ce jour-là, son parti offrira une majorité de femmes au Conseil fédéral.
Qu’elle soit élue ou non, la Zurichoise de 47 ans se réjouit d’y contribuer. Quelle belle revanche pour les femmes socialistes, dix-huit ans après la non-élection de Christiane Brunner!
En ce 3 mars 1993, il neige sur la place Fédérale, où près de 10 000 femmes sont venues soutenir la candidature de la Genevoise, victime d’une odieuse campagne de dénigrement dans les semaines qui ont précédé.
Mais l’Assemblée fédérale lui préfèra le Neuchâtelois Francis Matthey d’abord, puis Ruth Dreifuss une semaine plus tard. «Ce jour-là, j’ai senti la grande vulnérabilité des femmes en politique et la peur de certains hommes face à l’ambition d’une femme libre.»
Deux décennies plus tard, le bilan est mitigé pour les femmes, ainsi que L’Hebdo l’a montré la semaine dernière.
Si les femmes commencent à s’imposer en politique, elles sont presque absentes du pouvoir dans l’économie: «Je ne suis pas très surprise de ce constat. La démocratie a joué un rôle de correctif face aux jeux du pouvoir qui dominent le secteur privé.»
Désormais candidate officielle de son parti en compagnie de Simonetta Sommaruga, Jacqueline Fehr apparaît détendue deux semaines avant l’élection: «Je suis une sportive. J’aime la compétition», sourit-elle.
Dans sa prime jeunesse, elle a tâté de l’athlétisme et du volleyball, dans le rôle de passeuse. C’est d’ailleurs son entraîneur de volley qui l’a incitée à entrer au Parti socialiste.
Effet Brunner. Très vite, elle gravit les échelons, en partie aussi grâce à «l’effet Brunner». En huit ans seulement, elle passe du Parlement de Winterthour (1990) au Conseil national (1998), après un saut au Grand Conseil zurichois.
Elle y politise sur les thèmes qui la passionnent: la formation, la santé et les transports, avec un certain succès. L’an dernier, la SonntagsZeitung la sacre politicienne la plus influente du Parlement.
Bien que très ancrée à gauche, Jacqueline Fehr n’hésite pas à «réseauter» à tout va, en s’appuyant sur des contacts privilégiés qu’elle tisse avec des femmes d’autres partis, comme Thérèse Meyer-Kaelin (PDC/FR), Christine Egerszegi (PLR/AG) ou encore Ursula Haller (PBD/BE).
«Elle n’est pas trop idéologique, elle a envie d’avancer», salue Thérèse Meyer-Kaelin, qui a livré avec elle le combat pour une assurance maternité de quatorze semaines.
«Nous avons lutté ensemble pour le subventionnement des crèches, ce dont a aussi profité Thoune, où je suis conseillère communale en charge de la jeunesse», témoigne pour sa part Ursula Haller.
Jacqueline Fehr ne le cache pas. Un pays la fascine tout particulièrement: la Suède. «C’est un vrai laboratoire qui innove et est parvenu à marier avec bonheur un fort individualisme et la solidarité», constate-t-elle.
En Suisse, ces deux notions sont considérées comme contradictoires; pas en Suède. «La Suède a montré qu’une société peut être performante, tout en s’axant sur un Etat social fort et moderne.»
Polémique désamorcée. Que pourrait donc apprendre la Suisse de la Suède? «Sur le plan des infrastructures, la Suisse est probablement meilleure.
Mais, dans la formation et l’intégration des étrangers, la Suède est en avance sur nous», relève encore Jacqueline Fehr. Et, grâce à une politique très active dans l’aide au développement, elle jouit d’une bonne réputation au sein de l’Union européenne (UE) et dans le monde.
Il reste désormais deux semaines avant l’élection, qui promet d’être truffée d’intrigues et de critiques voilées dans les coulisses du pouvoir.
Jusqu’à présent, seule la Weltwoche a attaqué frontalement la Zurichoise sur sa vie privée, sa récente séparation d’avec son mari, Maurice Pedergnana et leur déclaration d’impôt.
Mais la polémique n’a pas pris. Jacqueline Fehr y a mis fin en jouant la transparence. En 2009, son couple a déclaré un revenu commun de 200 000 francs et une fortune de 700 000 francs.
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